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      "body": "\n## Un foyer juif d'antiquité\n\nLa présence juive à **Alger** et dans la région est attestée bien avant l'islam. Selon l'historien berbère **Ibn Khaldoun** (cité par le Pr Albert Bensoussan, *Les synagogues d'Algérie*, INSSEF), l'opposante la plus farouche à la pénétration arabe au VIIᵉ siècle aurait été la **Kahéna, reine des Aurès**, issue de la **tribu judaïsée des Djeraouas**. Cette antériorité du judaïsme algérien est un trait structurel rappelé dans toute l'historiographie maghrébine.\n\n## La capitale de la halakha post-1391\n\nAlger devient au tournant des XIVᵉ-XVᵉ siècles **le siège central de la halakha algérienne post-1391** avec l'arrivée des deux plus grandes autorités séfarades fuyant l'Espagne :\n\n- **Yitzhak ben Sheshet** (Ribash, 1326-1408), qui s'y installe à la fin de sa vie et y rédige ses grands responsa ;\n- **Shimon ben Tzemaḥ Duran** (Rashbatz, 1361-1444), auteur du *Tashbetz* et fondateur de la dynastie [Duran](/familles/duran).\n\nTrois générations Duran consécutives (Rashbatz → Rashbash → Tzemaḥ ben Shlomo) y organisent la vie religieuse et juridique de la communauté, en lien étroit avec **Tlemcen** où s'installent au même moment les [Aln'kaoua](/familles/alnkaoua) — alliance familiale précoce entre les deux dynasties par le mariage de Yehuda Aln'kaoua avec une descendante des Duran. Voir le récit [*Le Tashbetz — Alger après 1391*](/histoires/le-tashbetz-alger-apres-1391).\n\n## Synagogues d'Alger (XIXᵉ-XXᵉ siècles)\n\nLes principales synagogues d'Alger à l'époque coloniale (post-1830), documentées par le Pr **Albert Bensoussan** ([INSSEF](https://www.inssef.com/les-synagogues-dalgerie-par-le-professeur-albert-bensoussan/)) :\n\n- **Le Grand Temple**, place du grand-rabbin Abraham Bloch — en pleine Casbah, en forme de mosquée avec un vaste dôme. Lieu des cérémonies officielles.\n- **Temple Jaïs** (rue Scipion)\n- **Temple Ben Néoral** (rue Médée)\n- **Temple Serfati** (rue Sainte)\n- **Temple Chaloum Lebar** (rue de Dijon, fondé en **1894**, considéré comme le plus beau lieu de culte d'Alger, jusqu'à 500 personnes — synagogue des mariages, célébrés par Aaron Molina à la voix réputée)\n- **Temple Guggenheim** (impasse Boutin)\n- **Temple Hara** (rue Volland)\n- **Temple Kaoua** (allée des Mûriers)\n- **Temple du Consistoire** (rue Suffren)\n\nToutes ces synagogues ont **disparu ou été transformées en mosquées** après 1962.\n\n## Le cimetière de Saint-Eugène (Bologhine)\n\nLe **cimetière israélite de Saint-Eugène**, situé à **Bologhine** (ancien Saint-Eugène, à l'ouest d'Alger), est le **dernier cimetière des Juifs d'Alger**. Il abrite notamment le ***Mausolée des Rabbanim Ribash et Rashbatz*** — les deux fondateurs de la halakha algéroise du XVᵉ siècle (source : [INSSEF — Cimetières](https://www.inssef.com/cimetieres/) et [cimetiere-steugene.judaismealgerois.fr](http://www.cimetiere-steugene.judaismealgerois.fr/)).\n\nLa préservation et l'entretien du site sont aujourd'hui assurés par l'**Association des Amis des Cimetières de Saint-Eugène Bologhine (ACSE)**, créée fin 2018, en lien avec la **Commission des cimetières juifs d'Algérie** du Consistoire Central de France (instituée en décembre 2008, suite à l'engagement pris en 2003 par le Président Jacques Chirac).\n\n## La mémoire diasporique : Netanya\n\nUne **synagogue Ribach et Rachbats** existe à **Netanya** (Israël), maintenant vivante la mémoire des deux maîtres algérois post-1391. C'est l'un des principaux foyers liturgiques de la diaspora algéroise israélienne (source : Philippe Darmon, hazan officiant à Netanya, cité par le site cimetiere-steugene.judaismealgerois.fr).\n\n## La fin\n\nL'**indépendance de l'Algérie en 1962** marque la fin de la communauté juive d'Alger comme de l'ensemble du judaïsme algérien. En quelques mois, la quasi-totalité des Juifs d'Alger émigrent — principalement vers la France métropolitaine, accessoirement vers Israël et le Canada.\n\nAujourd'hui, il n'y a plus de communauté juive active à Alger. La mémoire algéroise reste cependant vive dans la diaspora — à Paris, Marseille, Strasbourg, Lyon, Montréal, Israël — et se cristallise autour de quelques lieux emblématiques : le **cimetière de Saint-Eugène** restauré par l'ACSE, la **synagogue Ribach et Rachbats de Netanya**, et la mémoire de la dynastie Duran transmise par les communautés algéroises de la diaspora.\n\n## Sources\n\n### Sources contemporaines et travaux modernes\n\n- Bensoussan, Albert (Pr). *Les synagogues d'Algérie*, [INSSEF](https://www.inssef.com/les-synagogues-dalgerie-par-le-professeur-albert-bensoussan/) (consulté mai 2026).\n- [INSSEF — Cimetières](https://www.inssef.com/cimetieres/) (consulté mai 2026) — Mausolée Ribash-Rashbatz.\n- [Cimetière israélite de Saint-Eugène](http://www.cimetiere-steugene.judaismealgerois.fr/) — site dédié.\n- Ibn Khaldoun (via Bensoussan) — Kahéna et la tribu des Djeraouas.\n- Hirschberg, H. Z. *A History of the Jews in North Africa*, Brill, 1974-1981.\n\n### Sources primaires européennes sur l'Alger pré-1830\n\nPlusieurs sources contemporaines de l'Alger ottoman puis post-ottoman sont accessibles en téléchargement libre sur la bibliothèque numérique [algerieancienne.com](https://algerieancienne.com/livres/livres.html) :\n\n- **Diego de HAËDO** (1612), *Topographie et histoire générale d'Alger* + *Histoire des Rois d'Alger* + *De la captivité à Alger* — récits de première main sur l'Alger des Barbaresques au XVIᵉ-XVIIᵉ s.\n- **Père Pierre DAN** (1646), *Histoire de Barbarie et de ses corsaires*.\n- **Jean-Baptiste TAVERNIER** (1675), *Relation de l'intérieur du sérail*.\n- **Jacques Philippe LAUGIER DE TASSY** (1725), *Histoire du Royaume d'Alger*.\n- **Chevalier Laurent d'ARVIEUX** (1735), *Mémoires*, tome V.\n- **VENTURE DE PARADIS** (1779, éd. 1879), *Alger au XVIIIᵉ siècle*.\n- **Henri-Delmas DE GRAMMONT** (1879), *Relations entre la France et Alger au XVIIᵉ siècle* + (1887) *Histoire d'Alger sous la domination turque*.\n- **Henri GARROT** (1898), *Les Juifs algériens, leurs origines* — première synthèse savante sur les juifs d'Algérie.\n- **Fernand GREGOIRE** (1888), *La Juiverie algérienne* — essai contemporain.\n"
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      "body": "\n## La ville-mère\n\nFès est l'une des plus anciennes communautés juives du Maghreb. La présence juive y est attestée dès la fondation de la ville par Idris II en **808-809**. La cité abrite, depuis lors, une population juive ininterrompue pendant plus d'onze siècles — l'une des continuités les plus longues du judaïsme maghrébin.\n\nLe quartier juif, appelé **Mellah** (du nom du sel qu'on y commerçait, ou du marais salant à proximité), est créé en 1438 — c'est l'un des premiers ghettos officiels du monde musulman, mais aussi, paradoxalement, un espace protégé qui a permis la survie de la communauté à travers les vicissitudes politiques.\n\n## Centre d'érudition\n\nAu Moyen Âge, Fès est un foyer intellectuel majeur. Le grand grammairien **Yehuda Ḥayyuj** (vers 945-1000) y a vécu une partie de sa vie. Le **Rif** — Yitzhak Alfasi (1013-1103) — y a enseigné avant d'émigrer en Espagne. Maïmonide lui-même y a séjourné entre 1166 et 1168 environ, durant son exil maghrébin avant l'Égypte.\n\nAprès les pogroms castillans de 1391 puis l'expulsion de 1492, Fès reçoit un afflux massif de juifs sépharades. La synthèse séfarade-maghrébine y produit certains des sommets de la halakha post-médiévale : **Hayim Gagin**, **Yaakov ibn Tzur** (1673-1753) avec son *Mishpat u-Tzedakah be-Yaakov*, plus tard les **Berdugo** voisins de Meknès. Le tribunal rabbinique de Fès est, pendant trois siècles, l'une des plus grandes autorités halakhiques du judaïsme méditerranéen.\n\n## Megorashim et toshabim\n\nL'arrivée des séfarades à Fès, par vagues successives **dès avant le terrible édit de 1492**, structure durablement la société juive marocaine selon deux groupes ethniques distincts (Haïm Zafrani, *Deux mille ans de vie juive au Maroc*, Maisonneuve et Larose 1983, Retnani 2010, p. 123) :\n\n- les ***megorashim*** (מגורשים, « les expulsés »), Européens issus de la péninsule ibérique, porteurs « de leur vieille langue castillane, leur science, leurs institutions, leurs usages, leurs coutumes, leur esprit d'entreprise » ;\n- les ***toshabim*** (תושבים, « les autochtones »), juifs marocains indigènes installés depuis l'Antiquité.\n\nLes deux groupes « vivent d'abord côte à côte, avec des institutions communautaires distinctes (…) deux groupes fort différents que distinguent l'origine, la langue, le niveau de culture, des différences de rite et plus encore de conceptions sociales et de mœurs » (Zafrani, p. 123). Progressivement, ils auront des échanges, se mêleront, voire fusionneront. Cette **dualité megorashim / toshabim** est l'une des grilles de lecture les plus fécondes du judaïsme marocain — Fès en est, avec Salé et Tétouan, l'un des laboratoires majeurs.\n\n## Saba à Fès, ou la réécriture de mémoire (1498-1500)\n\nL'arrivée à Fès, à l'été 1498, du kabbaliste castillan **Abraham ben Jacob Saba** (1440-1508) — évadé de Lisbonne après la conversion forcée portugaise de 1497, sa bibliothèque pillée à Porto, ses six œuvres autographes enterrées sous un olivier près de Lisbonne — donne lieu à l'une des pages les plus saisissantes de l'histoire intellectuelle juive : la **réécriture de mémoire** de deux œuvres majeures. C'est à Fès, sans aucun manuscrit-source, que Saba refait son commentaire kabbalistique du Pentateuque, le ***Tzeror ha-Mor*** (imprimé à Venise en 1522), et ses commentaires sur Esther et Ruth, l'***Eshkol ha-Kofer***. Il poursuivra ensuite vers Tlemcen, où il rédigera son *Perush Eser Sefirot*. Voir la fiche [Abraham Saba](/personnes/abraham-saba) et la fiche [famille Saba](/familles/saba).\n\n## Le minhag de Fès\n\nFès développe son propre minhag liturgique, distinct mais proche de celui de Tlemcen et d'Oran. Ce minhag est en grande partie conservé par tradition orale, par les imprimés livournais des XVIIIᵉ-XIXᵉ siècles, et par des **manuscrits encore très partiellement identifiés**. Le *Maḥzor de Fès* mentionné au numéro 50 du catalogue Joseph Luzzatto 1868, en attente de localisation, en est l'un des témoins matériels les plus précieux.\n\n## Le XXᵉ siècle\n\nAu début du XXᵉ siècle, la communauté juive de Fès compte environ 12 000 personnes — c'est l'une des plus grandes du Maroc. Sous le protectorat français (1912-1956), la communauté connaît une période de modernisation : écoles AIU, professions libérales, intégration progressive à l'économie marocaine moderne.\n\nL'indépendance du Maroc en 1956, puis surtout les **guerres de 1967 et 1973**, déclenchent l'émigration massive. Vers 1970, il ne reste qu'une poignée de familles. Aujourd'hui, la communauté juive du Maroc est concentrée presque entièrement à Casablanca ; Fès n'a plus de communauté active.\n\n## Patrimoine\n\nLe mellah de Fès, avec ses synagogues et son cimetière, est aujourd'hui un site patrimonial reconnu. Le **musée du judaïsme marocain** de Casablanca et la **Fondation du patrimoine culturel judéo-marocain** travaillent à la préservation et à la transmission. Le projet MMJMM s'inscrit en complément de cet effort, en focalisant sur le corpus manuscrit médiéval et pré-moderne."
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      "body": "\n## Le port-refuge\n\nLivourne est un port de Toscane, fondé tardivement à la fin du XVIᵉ siècle par les grands-ducs de Médicis comme alternative à Pise, dont le port s'envasait. La ville devient en quelques décennies l'un des plus grands ports francs de Méditerranée.\n\n## La « Livornina »\n\nL'événement fondateur, pour le judaïsme, est la publication par **Ferdinand Iᵉʳ de Médicis** en 1593 des privilèges connus sous le nom de ***Livornina***. Ce document garantit aux juifs sépharades — y compris aux *anusim*, les convertis forcés revenant au judaïsme — une protection contre l'Inquisition, la liberté de culte, le droit de pratiquer le commerce, et un statut légal stable. À une époque où ces garanties n'existent presque nulle part en Europe catholique, c'est une révolution.\n\nLe résultat est immédiat : des juifs sépharades d'Espagne, du Portugal, du Maroc, de l'Empire ottoman et plus tard du Maghreb entier convergent vers Livourne. La communauté passe de quelques familles en 1593 à plusieurs milliers de personnes au XVIIIᵉ siècle.\n\n## Le hub maghrébin\n\nPour le judaïsme maghrébin spécifiquement, Livourne joue un rôle de **plaque tournante** :\n\n- **1669** : les juifs expulsés d'Oran (Cansino, Sasportas et autres) y trouvent refuge et y reconstituent leur communauté. C'est à Livourne que la copie du *Maḥzor d'Oran* est continuée.\n- **XVIIIᵉ siècle** : Livourne devient le **centre d'imprimerie hébraïque** pour tout le Maghreb. Les œuvres rabbiniques d'Alger, de Fès, de Meknès, de Tlemcen, de Tunis sont imprimées à Livourne et expédiées en Afrique du Nord. Le *Sha'ar Kevod Hashem* d'Ephraïm Aln'kaoua, par exemple, est imprimé à Livourne en 1820.\n- **XVIIIᵉ-XIXᵉ siècles** : les grands émissaires de la Terre d'Israël — au premier rang desquels le **Ḥida** (Ḥayyim Yosef David Azoulai) — s'installent à Livourne, faisant de la ville une articulation entre Jérusalem, l'Italie et le Maghreb.\n\nPendant deux siècles, Livourne est le pivot du « **commonwealth sépharade-maghrébin** » : un réseau communautaire, commercial, intellectuel et religieux qui relie Jérusalem à Salé en passant par Tunis, Alger, Tlemcen et Casablanca, avec Livourne comme nœud central.\n\n## Le XXᵉ siècle\n\nAu début du XXᵉ siècle, la communauté juive de Livourne compte environ 2 500 personnes, dotée d'institutions prestigieuses (yeshiva, synagogue monumentale du XVIIᵉ s.).\n\nLa Seconde Guerre mondiale brise cette continuité. Les bombardements alliés détruisent la grande synagogue. La déportation tue environ 600 juifs livournais — soit le quart de la communauté.\n\n## Aujourd'hui\n\nUne petite communauté juive vit encore à Livourne. Une nouvelle synagogue a été construite dans les années 1950. Mais le rôle historique de plaque tournante a disparu : l'imprimerie hébraïque livournaise s'est éteinte, le commerce méditerranéen a changé de visage, et les liens avec le Maghreb se sont d'abord transformés (XIXᵉ-XXᵉ siècles) puis quasiment rompus (après 1962).\n\nPour le projet MMJMM, Livourne reste **incontournable** : tout patrimoine manuscrit maghrébin transitant vers l'Europe entre 1669 et 1850 est, à un moment ou un autre, passé par Livourne. Étudier le corpus, c'est aussi étudier cette ville et ses archives."
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      "body": "\n## Notice\n\nMeknès est l'une des grandes communautés juives du Maroc, particulièrement développée à partir du XVIIᵉ siècle quand la ville devient capitale impériale sous Moulay Ismaïl. Le mellah de Meknès est l'un des plus grands du Maroc, et la communauté abrite plusieurs lignées rabbiniques majeures, notamment les **Berdugo** et les **Toledano**.\n\nLe décret d'expulsion d'Espagne (1492) avait conduit beaucoup de séfarades à Meknès, qui développa une culture rabbinique riche pendant le XVIIᵉ-XVIIIᵉ s. La communauté décline au XXᵉ siècle comme l'ensemble du judaïsme marocain. Aujourd'hui, il ne reste presque plus de juifs à Meknès ; la diaspora meknassi est principalement en Israël, en France et au Canada.\n\nNotice à étoffer dans le cadre du travail du projet MMJMM."
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      "body": "\n## Le port atypique\n\nOran est un port de la côte ouest-algérienne, fondé au Xᵉ siècle par les Andalous. La présence juive y est attestée dès cette époque ; elle s'intensifie au XIVᵉ siècle avec l'arrivée des réfugiés castillans post-1391. Mais l'histoire d'Oran prend un tour radical en **1509**, quand le cardinal Cisneros conquiert la ville pour le compte de la couronne de Castille.\n\n## Une enclave espagnole en terre algérienne\n\nPendant un siècle et demi (1509-1669), Oran est un **présidio** — une enclave catholique espagnole sur la côte algérienne, place forte d'où l'on contrôle le trafic méditerranéen. La règle est claire : pas de juifs, pas de musulmans, ville exclusivement chrétienne sous l'œil de l'Inquisition.\n\nUne exception, cependant. **Vingt-huit familles juives** sont officiellement autorisées à résider — selon Jean-Frédéric Schaub, *Les Juifs du roi d'Espagne : Oran 1509-1669* (Hachette, 1999), compte rendu par Jean-Pierre Dedieu dans la *RHMC* (2000, n° 47-3, p. 622-624). L'« autorisation officielle » est en pratique flexible : les autorités ferment les yeux sur les présences illégales, et les chefs de la communauté présentent les données de façon à n'exhiber qu'**une trentaine de chefs de famille**. La communauté compte cependant un **demi-millier de personnes** à la fin du XVIᵉ siècle.\n\nDeux clans dominent : les [**Cansino**](/familles/cansino) et les [**Sasportas**](/familles/sasportas). Pourquoi ? Parce que les autorités espagnoles ont besoin d'interprètes capables de négocier avec les puissances musulmanes voisines — Tlemcen, Alger, le Maroc — et que ces familles, à la fois lettrées et bilingues arabes-espagnol, sont irremplaçables. La communauté joue en réalité un rôle qui **dépasse de loin la simple intermédiation linguistique** : elle entretient des relations familiales, commerciales et politiques avec les villes du Maroc oriental ; elle assure une part notable du ravitaillement de la place (6 000 habitants) ; elle prend les armes quand il le faut sur cette frontière turbulente. « On est à mille lieues de l'image traditionnelle du Juif soumis » (Dedieu/Schaub).\n\nPendant cette période, les Cansino édifient une vie communautaire — synagogue, école, scribe — et compilent leurs propres recueils liturgiques, dont le ***Maḥzor d'Oran*** en cinq volumes, témoin presque unique de leur minhag.\n\n## La rivalité Cansino — Sasportas (à partir de 1639)\n\nPendant plus d'un siècle, les Cansino monopolisent à la fois le **poste officiel de traducteur** et la **direction de la communauté** qui lui est attachée. À partir de **1639**, leur position est contestée par l'ascension de la famille **Sasportas**. « Les deux clans font preuve à la fois d'une grande habileté manœuvrière, et d'une parfaite assimilation des mécanismes de don, de contre-don, ainsi que de la conception patrimoniale de l'office, qui régissent les relations politiques dans le royaume d'Espagne » (Schaub). Relations de mérites et mémoires au Conseil de la guerre — l'organisme qui a juridiction sur la place — sont leur quotidien. La rivalité dure jusqu'à l'expulsion de 1669.\n\n## 1669 — l'expulsion\n\nEn 1669, la régente Marie-Anne d'Autriche, gouvernant l'Espagne au nom de son fils mineur Charles II, décide d'en finir avec l'anomalie : les juifs d'Oran sont expulsés. En quelques semaines, plusieurs centaines de personnes doivent embarquer. Les Cansino vont à **Livourne**, où ils continuent leur vie communautaire et où le Maḥzor d'Oran continue d'être copié. D'autres familles vont à Nice, à Tétouan, à Amsterdam.\n\n## Oran après 1792\n\nL'Espagne abandonne définitivement Oran en 1792, sous la pression ottomane et après plusieurs tremblements de terre dévastateurs. Une communauté juive renaît progressivement, par retour des familles dispersées et par arrivée de juifs venus de Tétouan, du Maroc et de Livourne.\n\nAu XIXᵉ siècle, sous occupation française (à partir de 1831), la communauté juive d'Oran devient l'une des plus importantes d'Algérie — la deuxième après celle d'Alger. Plusieurs milliers de personnes y vivent au tournant du XXᵉ siècle. Le décret Crémieux de 1870 leur accorde la citoyenneté française.\n\n## La rupture de 1962\n\nComme partout en Algérie, l'indépendance de 1962 met fin à la présence juive. La quasi-totalité de la communauté part en France, principalement à **Marseille, Aix-en-Provence et Paris** — où la mémoire oranaise reste particulièrement vive.\n\n## Aujourd'hui\n\nIl n'y a plus de juifs à Oran. Mais les cinq volumes du Maḥzor compilés par les Cansino, dans une ville que les Cansino eux-mêmes n'ont pas habitée depuis trois siècles et demi, dorment toujours à la Bodleian Library d'Oxford — sous les cotes Opp. Add. 4° 84 à 88. Le projet MMJMM travaille à leur étude, à leur traduction et à leur retour symbolique vers la diaspora oranaise.\n\n## Sources primaires et bibliographie\n\nPlusieurs ouvrages de référence sur Oran à l'époque du présidio espagnol sont accessibles en téléchargement libre sur la bibliothèque numérique [algerieancienne.com](https://algerieancienne.com/livres/livres.html) :\n\n- **Diego de HAËDO** (1612), *Topographie et histoire générale d'Alger*, *Histoire des Rois d'Alger*, *De la captivité à Alger* — témoignage direct de l'Alger ottoman du XVIᵉ siècle, fréquemment cité pour le contexte oranais des Cansino-Sasportas.\n- **Henri-Léon FEY** (1858), *Histoire d'Oran (avant 1830)* — synthèse coloniale du XIXᵉ siècle.\n- **F. Élie de la PRIMAUDAIE** (1875), *Occupation espagnole en Afrique de 1506 à 1574* — étude historique sur la période du présidio.\n- **Schaub, Jean-Frédéric** (1999), *Les Juifs du roi d'Espagne : Oran, 1509-1669*, Hachette — synthèse moderne de référence.\n- **Hirschberg, H. Z.** (1974-1981), *A History of the Jews in North Africa*, Brill."
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      "body": "\n## Notice\n\nPadoue est l'une des plus anciennes communautés juives d'Italie, attestée dès l'époque romaine. La ville accueille au Moyen Âge des juifs venus d'Allemagne, de France et d'Espagne, formant une synthèse culturelle remarquable.\n\nAu XIXᵉ siècle, Padoue devient le siège du **Collegio Rabbinico** — premier séminaire rabbinique moderne d'Europe, fondé en 1829. C'est là qu'enseignent **Samuel David Luzzatto (Shadal)** et **Isacco Samuele Reggio**. C'est là que se constitue le « cercle padouan » des grands collectionneurs et philologues juifs européens du XIXᵉ siècle : Shadal, Reggio, Almanzi.\n\nC'est de Padoue que part, en 1869, la dispersion du Fonds Luzzatto vers Oxford, Paris, Londres, New York. Padoue est ainsi, pour le projet MMJMM, le **lieu d'origine moderne** du corpus de référence — la « bibliothèque-mère » dont la reconstitution intellectuelle est l'horizon du collectif.\n\nVoir le récit : *Le Fonds Luzzatto, une bibliothèque éclatée*."
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      "body": "\n## La ville-port\n\nSalé est un port atlantique du Maroc, jumeau de Rabat sur la rive opposée de l'oued Bou Regreg. La communauté juive y est attestée depuis le XIIIᵉ siècle au moins. Elle joue un rôle de premier plan dans le **judaïsme atlantique** des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, en lien avec Amsterdam, Londres et la côte est américaine — c'est dans ce milieu que **[Khalifa ben Malka](/personnes/khalifa-ben-malka)** (vers 1670-1750) déploie sa carrière de rabbin-négociant.\n\n## La dynastie des dayanim Encaoua\n\nSalé est par ailleurs le siège, du XVIIᵉ au XXᵉ siècle, de l'une des **lignées de juges rabbiniques (dayanim) les plus continues** du judaïsme marocain : la **dynastie des [Encaoua / Ankawa](/familles/alnkaoua)**, descendants de la branche marocaine de la lignée Alnaqua. Cette filiation est explicitement attestée par la *Jewish Encyclopedia* (1906), qui présente Abraham ben Mordekhaï Ankawa comme « descendant de la famille Alnaqua ».\n\nDeux figures dominent cette lignée saléenne :\n\n- **[Abraham ben Mordekhaï Ankawa](/personnes/abraham-ankawa)** (Salé 1810 – Oran 1890) — dayan à Salé, fondateur d'une académie talmudique à Tlemcen pour un séjour de trois ans, auteur du ***Zevaḥim Shelamim*** (Livourne, 1858) — destiné aux *shoḥatim* du Maghreb — et du ***Kerem Ḥemer*** (Livourne, 1869-1871, 2 vol.), recueil des **takkanot des sages castillans et toledans** venus au Maroc après 1492. Le *Kerem Ḥemer* est sans équivalent dans la littérature rabbinique séfarade et constitue une source majeure pour la halakha communautaire post-1492.\n- **[Raphaël ben Mordekhaï Encaoua](/personnes/raphael-encaoua)** (Salé 1848 – Salé 1935) — nommé dayan à Salé en 1880, puis **premier président du Haut Tribunal Rabbinique de Rabat** institué par dahir de mai 1918 sous le maréchal Lyautey. Il occupe cette fonction jusqu'à sa mort en 1935, soit dix-sept années à la tête de la juridiction rabbinique marocaine. Surnommé « l'Ange Raphaël » et le « Ner Hamaarav » (Lumière de l'Occident), fait Chevalier de la Légion d'honneur en 1929. Sa tombe au cimetière juif de Salé est aujourd'hui encore un sanctuaire pour les pèlerins juifs marocains.\n\n## Un mellah-charnière\n\nLa présence simultanée, à Salé, de la dynastie Ankawa/Encaoua et des **réseaux marchands atlantiques** (dont les ben Malka sont l'expression la plus visible) fait du **mellah de Salé** l'un des **carrefours discrets** du judaïsme marocain : il articule la mémoire séfarade post-1492 — par la filiation Alnaqua —, l'élite halakhique (Abraham puis Raphaël), et l'ouverture commerciale et intellectuelle vers l'Europe (Livourne pour les éditions Ankawa, Amsterdam pour les ben Malka).\n\n## Le XXᵉ siècle et la diaspora\n\nAu XXᵉ siècle, la communauté juive de Salé connaît une période de relative stabilité sous le protectorat français (1912-1956). L'indépendance du Maroc en 1956 puis les départs massifs des décennies 1960-1970, accentués par les **guerres de 1967 et 1973**, vident progressivement le mellah. Aujourd'hui, il n'y a plus de communauté juive active à Salé, mais la **tombe de Raphaël Encaoua** continue d'attirer des pèlerins de la diaspora marocaine.\n\n## Sources\n\n- **Encyclopedia.com — Ankawa, Abraham ben Mordecai** et **Ankawa, Raphael ben Mordecai**.\n- **Jewish Encyclopedia (1906) — ANKAVA, ABRAHAM BEN MORDECAI** — attestation de la filiation Alnaqua → Ankawa.\n- Encaoua.org (mai 2026), chapitre 15 « Le Mellah de Salé ».\n- Hirschberg, H. Z. *A History of the Jews in North Africa*, Brill, 1974-1981.\n"
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      "body": "\n## Notice\n\nSefrou, ville du Moyen Atlas marocain, abritait jusqu'au milieu du XXᵉ siècle l'une des plus anciennes et plus densément juives communautés du Maroc — au moment de l'indépendance (1956), près du tiers de la population de la ville était juif. La communauté a essaimé principalement vers la France et Israël après 1956.\n\nNotice à étoffer dans le cadre du projet MMJMM."
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      "body": "\n## La ville des « Megorashim »\n\nTétouan est une ville du nord du Maroc, sur le versant méditerranéen, à courte distance de Ceuta. Elle est refondée à la fin du XVᵉ siècle, autour de **1492**, par les juifs et musulmans expulsés d'Espagne — particulièrement de Grenade et d'Andalousie. Pour le judaïsme, c'est l'une des fondations sépharades les plus pures : presque toute la communauté descend directement des *Megorashim*, les « expulsés » d'Espagne.\n\n## Une langue particulière\n\nCette filiation directe explique une particularité majeure : à Tétouan, on parle pendant cinq siècles le **Ḥaketía**, dialecte judéo-espagnol unique au Maghreb, distinct du *Ladino* des Sépharades orientaux. C'est un castillan ancien, conservé par insularité culturelle, enrichi d'arabe et d'hébreu. Au moment de l'indépendance du Maroc, le Ḥaketía est encore parlé par plusieurs milliers de personnes ; aujourd'hui il est en voie d'extinction, transmis par une poignée d'érudits et passionnés.\n\n## La judería et son minhag\n\nLa judería de Tétouan se développe à partir du XVIᵉ siècle. La communauté établit ses propres synagogues, son tribunal rabbinique, son cimetière (qui existe toujours et fait l'objet d'efforts patrimoniaux). Elle dialogue régulièrement avec Fès — la grande métropole rabbinique marocaine — mais conserve une identité propre, plus directement sépharade.\n\nLe **minhag de Tétouan** est particulièrement riche en piyyutim. Le manuscrit mentionné au numéro 52 du catalogue Joseph Luzzatto 1868 décrit **231 piyyutim de 70 auteurs différents** — un corpus liturgique exceptionnel par son ampleur, dont la localisation actuelle reste à déterminer.\n\n## XIXᵉ siècle\n\nLa guerre hispano-marocaine de 1859-1860 marque un tournant. L'armée espagnole occupe Tétouan pendant deux ans (1860-1862). C'est lors de cet épisode que l'Alliance Israélite Universelle, fondée en 1860, intervient pour la première fois en faveur de la communauté juive du Maroc — l'**école AIU de Tétouan** est créée en 1862, c'est la première école AIU au monde après celle de Paris.\n\nCette intervention marque le début d'une modernisation rapide de la communauté, qui adopte progressivement le français et l'espagnol comme langues de culture parallèles à l'hébreu et au Ḥaketía.\n\n## Le XXᵉ siècle et la diaspora\n\nSous protectorat espagnol (1912-1956), Tétouan reste un centre culturel sépharade actif. Les juifs y prospèrent — commerçants, professions libérales, écrivains.\n\nL'indépendance du Maroc en 1956, suivie des tensions des décennies 1960-1970, déclenche une **émigration massive et particulière** : contrairement aux autres communautés marocaines qui se dirigent vers la France ou Israël, beaucoup de Tétouanais partent vers le **Venezuela**, l'**Argentine** et l'**Espagne**, en raison de la langue commune. La diaspora tétouanaise contemporaine est ainsi disséminée entre Caracas, Buenos Aires, Madrid, Tel-Aviv, et plus marginalement Paris et Montréal.\n\n## Aujourd'hui\n\nQuelques dizaines de juifs vivent encore à Tétouan. Le cimetière, les synagogues principales et le mellah sont en partie restaurés. Les associations de Tétouanais à travers le monde travaillent activement à la transmission de la mémoire et de la langue. Le projet MMJMM voit dans cette diaspora bilingue et culturellement très consciente d'elle-même un partenaire naturel pour la documentation du patrimoine manuscrit de la ville."
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      "body": "\n## La capitale zayyanide qui devint sanctuaire\n\nTlemcen est une ville du nord-ouest de l'Algérie, située à une cinquantaine de kilomètres de la frontière marocaine actuelle. Capitale du royaume zayyanide à partir du XIIIᵉ siècle, c'est une cité-carrefour entre le Maghreb central, le Maroc et l'Andalousie. Lorsque les pogroms castillans de 1391 jettent sur les routes des milliers de réfugiés juifs, Tlemcen est l'une des destinations principales — la cour zayyanide accueille les fugitifs, qui apportent avec eux la culture séfarade et l'enrichissent au contact des juifs maghrébins déjà présents.\n\n## Ephraïm Aln'kaoua, le fondateur\n\nParmi ces fugitifs : Ephraïm Aln'kaoua, fils du martyr Israël ben Joseph Aln'kaoua de Tolède. Il s'installe à Tlemcen au tournant des XIVᵉ et XVᵉ siècles, y fonde une yeshiva, y rédige son œuvre principale — le *Sha'ar Kevod Hashem* — et y devient l'autorité spirituelle de tout le Maghreb central. La tradition tlemcénienne lui donne le titre de *Rab el-Kebir*, le Grand Maître.\n\nÀ sa mort, le **1er Kislev 5203 (13 novembre 1442)**, il est enterré à la sortie de la ville. Sa tombe devient progressivement un **lieu de pèlerinage** majeur : la *hiloula* de Rab el-Kebir est historiquement célébrée à Tlemcen le **33ᵉ jour de l'Omer (Lag BaOmer, 18 Iyar)**, conjointement avec celle de Rabbi Shimon Bar Yoḥaï à Méron — c'est l'un des grands rassemblements rituels du judaïsme algérien jusqu'au milieu du XXᵉ siècle. La diaspora algérienne (UNAT) commémore aujourd'hui la **Haskara du Rab à la veille de Rosh Ḥodesh Kislev**, à la date anniversaire de sa mort (source : [Morial](https://morial.fr)).\n\n## La convergence des trois lignées post-exode\n\nAu tournant des XVᵉ-XVIᵉ siècles, Tlemcen devient le point de **convergence de trois lignées rabbiniques** issues des deux grands traumatismes séfarades :\n\n- les **Aln'kaoua**, présents depuis 1391 — fondateurs du nouveau foyer ;\n- les **Duran**, alliés des Aln'kaoua par mariage dès la deuxième génération maghrébine — Yehuda Aln'kaoua, fils d'Ephraïm, épouse une fille de la branche algéroise des Duran. Cette union scelle un réseau familial qui structurera la halakha maghrébine pendant plus d'un siècle ;\n- les **Saba**, arrivés après l'expulsion de 1492 et la conversion forcée portugaise de 1497. **Abraham ben Jacob Saba** (1440-1508) y rédige son *Perush Eser Sefirot* après être passé par Fès, où il avait réécrit de mémoire son *Tzeror ha-Mor*.\n\nLa rencontre directe entre Ephraïm Aln'kaoua (mort en 1442) et Abraham Saba (arrivé vers le début du XVIᵉ s.) est chronologiquement impossible. Mais la convergence à Tlemcen, à la même génération, des **descendants** de ces trois lignées — combinée à l'alliance précoce Aln'kaoua / Duran — fait de la ville l'un des **carrefours discrets** mais décisifs du judaïsme post-1492. Voir le récit [*La rencontre Saba / Aln'kaoua à Tlemcen*](/histoires/rencontre-saba-alnkaoua-tlemcen).\n\n## Cinq siècles de continuité\n\nLa communauté juive de Tlemcen prospère ensuite pendant plus de cinq siècles. Elle développe son propre **minhag** liturgique, ses propres piyyutim, sa propre tradition de copie et de transmission textuelle. Elle accueille à son tour les expulsés de 1492 et s'enrichit de nouvelles influences. Pendant les XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, elle entretient des liens étroits avec les autres centres maghrébins (Fès, Oran après 1669, Alger) et avec Livourne.\n\nSous la domination ottomane (à partir du XVIᵉ siècle), puis dans le cadre du royaume d'Alger, la communauté connaît des hauts et des bas mais ne disparaît jamais. La conquête française de l'Algérie (1830) puis l'**occupation française de Tlemcen** (1842) modifient durablement le statut juridique des juifs : le décret Crémieux de 1870 accorde la citoyenneté française collective aux juifs d'Algérie.\n\n## La fin\n\nAu XXᵉ siècle, la communauté tlemcénienne compte encore plusieurs milliers de personnes. Elle dispose de plusieurs synagogues, d'écoles de l'AIU, d'un tribunal rabbinique. Elle continue de vénérer Rab el-Kebir et de transmettre ses traditions liturgiques.\n\nL'**indépendance de l'Algérie en 1962** marque la fin. En quelques mois, la quasi-totalité des juifs de Tlemcen, comme ceux de toute l'Algérie, émigrent — principalement vers la France métropolitaine, accessoirement vers Israël et le Canada. Les synagogues ferment, le tribunal rabbinique disparaît, le pèlerinage cesse sur place.\n\n## La synagogue du Rab et sa mémoire diasporique\n\nLa **synagogue du Rab Ephraïm Aln'kaoua à Tlemcen** est construite au XIVᵉ siècle, **rue du Rab**, à proximité immédiate du tombeau. Pendant près de six siècles — de 1393 à 1962 —, c'est là que la hillula est célébrée chaque année (témoignage d'Ephraïm Alfred Enkaoua, descendant direct, [Morial.fr](https://morial.fr)).\n\nAprès l'exode de 1962, la mémoire liturgique du Rab continue dans la diaspora dans deux synagogues qui portent son nom :\n\n- **Paris 10ᵉ, synagogue des Tlemcéniens, rue des Petites Écuries** — où la hillula est célébrée chaque 1er Kislev depuis 1962 ;\n- **Jérusalem, Centre Mondial du Judaïsme Nord-Africain, 13 rue Ha-Ma'aravim** — où une synagogue du Rab Ephraïm Enkaoua existe également, et accueille la hillula depuis environ 2010 sous la direction du **Grand Rabbin Georges Haïk**, originaire de Tlemcen.\n\nEn décembre 2012, le président **François Hollande** rendit hommage au Rab lors d'une visite officielle à Tlemcen.\n\n## Aujourd'hui\n\nIl n'y a plus de communauté juive à Tlemcen. Mais la mémoire tlemcénienne reste vive dans la diaspora : à Paris, Marseille, Strasbourg, Lyon, Montréal, Ashdod, Jérusalem. Les associations de Tlemcéniens organisent des rencontres, transmettent des chants liturgiques, préservent les recettes. La tombe de Rab el-Kebir continue d'attirer quelques pèlerins occasionnels — diaspora qui revient pour quelques heures.\n\nLe projet MMJMM voit dans le patrimoine manuscrit tlemcénien — au premier rang duquel le *Sha'ar Kevod Hashem* d'Ephraïm Aln'kaoua, aujourd'hui à Oxford — l'occasion de redonner à la diaspora un accès intelligible à ses propres racines écrites."
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      "body": "\n## Notice\n\nTolède est, au Moyen Âge, l'une des plus grandes communautés juives d'Espagne — la ville où ont vécu les Halevi, les Abulafia, les ibn Caspi, et tant d'autres. Pendant l'époque andalouse puis sous les rois chrétiens, c'est un centre intellectuel de premier ordre, foyer du « renouveau séfarade » qui rayonne sur toute l'Espagne et au-delà.\n\nLes **pogroms de 1391** anéantissent une grande partie de la communauté ; **Israël ben Joseph Aln'kaoua** y meurt martyr. Son fils Ephraïm fuit et fonde la communauté de Tlemcen, ouvrant ainsi le chapitre maghrébin de la mémoire toledane.\n\nL'expulsion de 1492 met fin à toute présence juive officielle en Espagne. La communauté tolédane disparaît en tant que telle ; sa mémoire continue dans la diaspora séfarade-maghrébine, en particulier à travers les Aln'kaoua de Tlemcen et tous ceux qui se nomment encore aujourd'hui Toledano — « celui de Tolède »."
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