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      "body": "\n## Vie\n\nNé à **Salé** (Maroc) en 1810, **Abraham ben Mordekhaï Ankawa** est, selon la *Jewish Encyclopedia* (1906), **descendant de la famille Alnaqua** — confirmation explicite du lien de filiation avec la lignée fondée à Tlemcen par Ephraïm Aln'kaoua au tournant des XIVᵉ-XVᵉ siècles. La famille, probablement d'origine castillane, s'était installée à Tlemcen et à Salé après l'exode séfarade.\n\nSon père, **Mordekhaï Ankawa** (1779-1840), était dayan à Salé et président de la communauté. Son grand-père, **Moshé Ankawa** (Alger 1758 – Salé 1820), avait été lui-même dayan à Salé — la famille était donc déjà solidement implantée dans le rabbinat marocain quand naît Abraham.\n\nAbraham reçoit dans cette ville sa formation talmudique et y exerce comme **dayan** (juge rabbinique). Il est par ailleurs **shoḥet** (sacrificateur rituel) — spécialité halakhique qui marquera plusieurs de ses œuvres écrites.\n\nSelon David Encaoua (*Généalo-J* n° 135, automne 2018), Abraham fait partie des **« quatre passeurs de pensée juive d'origine hispano-maghrébine »** de la lignée Encaoua, aux côtés d'Israël Aln'kaoua (XIVᵉ s.), Ephraïm Aln'kaoua (XIVᵉ-XVᵉ s.) et [Raphaël Encaoua](/personnes/raphael-encaoua) (XIXᵉ-XXᵉ s.).\n\n## Voyages et académie de Tlemcen\n\nSon parcours géographique témoigne de l'étendue du réseau séfarade-maghrébin au XIXᵉ siècle :\n\n- **Vers 1838**, voyage à **Livourne** pour superviser l'impression de ses premières œuvres. Il y publie *Zekhor le-Avraham*, exposé des lois alimentaires en vers avec son commentaire.\n- À son retour, il visite plusieurs villes du Maroc et de la région d'Oran, à la recherche de matériaux pour ses œuvres halakhiques.\n- **1834** : premier voyage en Algérie, à Oran — quatre ans après l'occupation française d'Alger (Marglin 2014).\n- **1843** : pèlerinage à **Jérusalem**, où il publie son second livre, ***Hukkat ha-Pesah*** (« La Loi de la Pâque ») — une *haggada* avec traduction et commentaire mystique en judéo-arabe.\n- **1846, incident au Maroc** : Abraham Ankawa convainc une jeune femme juive convertie à l'islam de revenir au judaïsme. L'intervention est dévoilée, il est brièvement emprisonné. **Il quitte le Maroc définitivement** pour s'installer en Algérie (Marglin 2014 corrige la datation « vers 1850 » des sources internes).\n- **Séjour de trois ans à Tlemcen** où il **fonde une académie talmudique** qui prolongeait, quatre siècles après, la tradition du Rab Ephraïm Aln'kaoua. Selon David Encaoua (*Généalo-J* 2018), il y constate la décrépitude de la communauté locale et y restaure un enseignement rabbinique structuré.\n- **Second voyage à Livourne en 1858** pour l'impression du *Zevaḥim Shelamim* et du *Yutsa la-Rabbim*. **Rencontre décisive avec [Elijah Benamozegh](/personnes/elijah-benamozegh)** (1823-1900) — imprimeur, rabbin, kabbaliste et philosophe livournais d'origine marocaine, qui deviendra l'éditeur de tous les livres ultérieurs d'Ankawa sauf un, et l'un de ses plus fermes soutiens.\n- **1858/59 : nomination officielle comme « rabbin indigène »** par le gouvernement français à **Mascara** (100 km au sud-est d'Oran), avec salaire modeste plus indemnité de logement de la communauté juive (Marglin 2014).\n- **1858-1859 : affaire du *Zevaḥim Shelamim*** — conflit avec le rabbin **Moshé Sebaoun** (ou Tsiv'on) d'Oran. La cause profonde, selon Ankawa lui-même : un cas de divorce d'un couple de **Figuig** à l'automne 1855 où Sebaoun et Ankawa s'étaient retrouvés sur des positions opposées. Sebaoun lance une campagne vitriolique contre le livre. Un sermon dans une synagogue d'Oran appelle à l'emprisonnement d'Ankawa. **Des pages du livre sont déchirées, utilisées comme éventails, pour emballer poisson et viande, et — insulte suprême — comme papier à cigarettes.**\n- **22 janvier 1859 : lecture publique** des lettres de soutien à Ankawa dans les synagogues d'Oran. Soutiens mobilisés : le grand-rabbin d'Alger **Michel Aron Weill** (Strasbourg, en poste Alger 1847-1863), les rabbins de **Tétouan** (notamment **Yitshak Bengualid**, une des plus grandes autorités halakhiques marocaines), de **Tunis** (trois *av beit din*), et de **Jérusalem** (qui prononcent même un *herem* — sorte d'excommunication — contre quiconque manquerait de respect au livre). Le préfet d'Oran apporte la force de police pour assurer la lecture.\n- **8 février 1859 : pétition des adversaires d'Ankawa** envoyée directement au **prince Jérôme Napoléon** (Napoléon-Jérôme Bonaparte), Ministre de l'Algérie et des colonies. Les pétitionnaires attaquent à la fois Ankawa personnellement et le caractère « étranger » des soutiens (« lettres de rabbins étrangers sans autorité légale en territoire français »). Le prince Jérôme demande une enquête, le préfet d'Oran soutient Ankawa, et le ministre conclut formellement qu'**« Ankawa méritait satisfaction pour la disgrâce injuste dont son livre et sa personne ont été l'objet »**.\n- **Soutiens clés** : son beau-frère **Hayim Benichou** (notable d'Oran, lien Palestine via Abraham Señor) mobilise les rabbins de Jérusalem. **Jacob Lasry**, juif marocain devenu l'un des plus riches d'Oran et président du Consistoire, soutient Ankawa. La réfutation publiée par **[Elijah Benamozegh](/personnes/elijah-benamozegh)** à Livourne inclut une lettre du chef-rabbin du Consistoire central de France, **Soloman Ulmann**.\n- **10 octobre 1876 (Shemini Atseret) : l'incident Benéli** — début de la chute. Lors de l'office du matin, **Shelomoh Benéli**, rabbin local de Mascara, objecte à la coutume de vendre aux enchères les honneurs synagogaux et déclare *« tous les rabbins, vivants et morts, qui ont permis la vente [des honneurs] sont des criminels ! »*. Ankawa, dans un moment de colère, excommunie publiquement quiconque oserait appeler Benéli rabbin. La foule sort Ankawa de la synagogue, le poursuit dans la rue, lui tire la barbe, lui crache au visage avec des insultes (« Chien ! Fils de pute ! Barbe de vache ! »). En une semaine, **150 signatures** demandent sa démission.\n- **1876-1878 : conflit « Marocains vs natifs »** — environ un quart de Mascara (immigrés marocains principalement de Tétouan) soutient Ankawa. Ses détracteurs se réinventent comme **« juifs natifs/français »** porteurs de la civilisation, opposés à des Marocains présentés comme arriérés et superstitieux. Ankawa est accusé d'avoir obtenu frauduleusement la citoyenneté française par sept faux témoignages prétendant qu'il était né à Tlemcen et non à Salé.\n- **1878 : démission forcée du poste de rabbin de Mascara** sous la pression du Consistoire d'Oran. Pension de **1 500 francs par an** jusqu'à la fin de sa vie (Chaumont et Lévy, *Dictionnaire biographique*, p. 282).\n\nIl meurt en **1890** — les sources divergent sur le lieu : Oran (PDF *Histoire famille Ankaoua*, tradition orale) ou Mascara (David Encaoua 2018). Selon la tradition familiale, **toute la branche Enkaoua/Encaoua d'Oran** descendrait d'un certain Ephraïm Enkaoua **né à Alger en 1761, fils de Samuel et époux de Simha Sultan, décédé à Oran le 11 mars 1855 à l'âge de 94 ans** — détail à recouper sur l'état civil oranais.\n\n## Doctrine — le passeur entre traditions et modernité\n\nSelon **Jessica Marglin** (*« Mediterranean Modernity through Jewish Eyes: The Transimperial Life of Abraham Ankawa »*, *Jewish Social Studies*, vol. 20 n° 2, hiver 2014) — étude académique de référence sur sa biographie —, la variété des questions traitées dans les ouvrages d'Ankawa **reflète les conséquences des changements culturels sur la jurisprudence juive** au XIXᵉ s. au Maghreb.\n\nSa position doctrinale, exemplifiée par sa pratique de Mascara, s'appuie sur le **principe halakhique « dina de-malkhuta dina »** (le droit de l'État dans lequel le Juif réside s'impose à lui). Il donne ainsi souvent **la priorité au droit civil français sur le droit halakhique** — par exemple pour adapter la législation rabbinique du divorce et de l'héritage à la loi française en vigueur en Algérie après le **décret Crémieux de 1870** (qui accorda la citoyenneté française aux Juifs algériens).\n\nCette souplesse — adaptation aux lois du pays d'accueil au service de la pérennité de la loi juive — est précisément ce qui fait d'Ankawa **un « passeur transimpérial »** au sens de Marglin : ses réseaux s'étendent du Maroc à l'Algérie, à Jérusalem (voyage en 1843), à Livourne et à la France. Mais cette même souplesse alimente aussi les controverses qui marqueront la dernière partie de sa carrière.\n\n## Œuvre\n\nSon corpus halakhique imprimé est exceptionnellement riche. Deux œuvres majeures encadrent sa carrière :\n\n- Le ***Zevaḥim Shelamim*** (Livourne, **1858**) — destiné aux *shoḥatim* d'Afrique du Nord, c'est un commentaire sur Maïmonide et ses commentateurs (Rambam avec Kessef Mishneh, Maggid Mishneh, plus le super-commentaire d'Ankawa). Important comme **source généalogique** : la préface évoque la lignée tlemcénienne et la descendance d'Ephraïm Aln'kaoua.\n- Le ***Kerem Ḥemer*** (Livourne, **1869-1871, 2 vol.**) — recueil des **takkanot des sages castillans et toledans** venus au Maroc après l'expulsion de 1492. Compilation sans équivalent dans la littérature rabbinique séfarade, c'est une source de référence pour la halakha communautaire post-1492.\n\nAutres œuvres imprimées : *Ḥukkat ha-Pesaḥ* (1843), *Kol Teḥinnah* (1843), *Ḥomer ha-Dat he-Attik* (1844), *Ḥesed le-Avraham* / *Sha'ar ha-Shamayim* (1845), *Yutsa la-Rabbim* (1858).\n\nŒuvres restées manuscrites (non publiées) : *Otsar Ḥokhmah*, *Afra de-Avraham*, *Millel le-Avraham*, *Seivat Avraham*, une **paraphrase arabe du Seder** liturgique, une traduction hébraïque d'une paraphrase arabe du Décalogue, et diverses **éditions et révisions de liturgies avec élégies personnelles**.\n\n## Sources\n\n**Études académiques de référence** :\n- **Marglin, Jessica**, « Mediterranean Modernity through Jewish Eyes: The Transimperial Life of Abraham Ankawa », *Jewish Social Studies*, vol. 20 n° 2, hiver 2014, p. 34-68 — **étude biographique majeure**.\n- **Encaoua, David**, « Des passeurs de pensée juive d'origine hispano-maghrébine : la lignée Encaoua », *Généalo-J*, n° 135, automne 2018, p. 4-17 — synthèse familiale par un descendant direct (économiste, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne).\n- Hirschberg, H. Z. *A History of the Jews in North Africa*, Brill, 1974-1981.\n- Schwarzfuchs, Simon, *Les Juifs d'Algérie et la France (1830-1855)*, Institut Ben Zvi, Jérusalem, 1981.\n- Allouche-Benayoun, Joëlle & Dermenjian, Geneviève, *Les Juifs d'Algérie, une histoire de ruptures*, Presses Universitaires de Provence, 2015.\n\n**Sources biographiques** :\n- **Encyclopedia.com — Ankawa, Abraham ben Mordecai** (consulté mai 2026).\n- **Jewish Encyclopedia (1906) — ANKAVA, ABRAHAM BEN MORDECAI** (consulté mai 2026).\n- Zedner, dans Steinschneider, *Hebr. Bibl.* vol. i, n° 327.\n- Chaumont et Lévy, *Dictionnaire biographique*, p. 282 — pension de 1 500 fr/an après 1878.\n\n**Sources mémorielles** :\n- Encaoua.org (mai 2026), Chapitre 9 « Abraham Ankawa, troisième passeur de pensée juive ».\n- Enkaoua, Ephraïm Alfred, *Les dimensions de l'héritage du Rab de Tlemcen*, [Morial.fr](https://morial.fr/index.php/rabbins/385-le-rab-ephraim-aln-kaoua) (consulté mai 2026) — séjour à Tlemcen vers 1850 et filiation Encaoua d'Oran.\n\n**Documentation interne** :\n- Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, [docs/encaoua-sources/](/) (2026) — *Histoire famille Ankaoua* (généalogie manuscrite dactylographiée, branches mondiales), traduction française de la **préface du livre *Paamon Verimone* de Rebbi Raphaël Encaoua** (Jérusalem 1977) par Marc Encaoua, et arbre généalogique étendu (~28 000 individus).\n"
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      "body": "\n## Vie\n\nNé en 1440 à **Zamora**, en Castille, Abraham ben Jacob Saba est l'un des grands kabbalistes et commentateurs de la génération de l'expulsion. Disciple à Castille de **Rabbi Isaac de Leon**, il est rabbin reconnu de la communauté de Zamora lorsque survient le décret d'expulsion de 1492.\n\nComme une partie importante de la judéité castillane, il choisit le Portugal voisin. La halte sera brève et tragique. En 1497, sous Manuel Iᵉʳ, le Portugal exige à son tour la conversion ou le départ. C'est à **Porto** que sa bibliothèque est pillée, puis à **Lisbonne** qu'il enterre lui-même, sous un olivier, six de ses œuvres autographes — l'« arbre des larmes » de la tradition Saba — qui ne seront jamais retrouvées. Deux de ses fils, séparés de lui de force, sont baptisés.\n\nÀ l'été 1498, il parvient à s'évader de Lisbonne. Il gagne **Fès** au Maroc, où il entreprend une œuvre de **réécriture de mémoire** : il refait, sans manuscrit, son commentaire kabbalistique du Pentateuque (*Tzeror ha-Mor*) et ses commentaires sur Esther et Ruth (*Eshkol ha-Kofer*). C'est l'une des pages les plus saisissantes de l'histoire intellectuelle juive : un homme qui reconstitue de tête une œuvre qu'il avait dû enterrer.\n\nIl poursuit son chemin vers **Tlemcen** au début du XVIᵉ siècle. C'est là qu'il rédige son traité sur les *sefirot*, le *Perush Eser Sefirot*. Il meurt en mer le **9 tichri 5269** (1508), à bord d'un bateau entre Adrianople (aujourd'hui Edirne) et l'Italie. Il est enterré au cimetière juif de **Vérone**.\n\n## Œuvre\n\nLe ***Tzeror ha-Mor*** — « Le bouquet de myrrhe » — est un commentaire kabbalistique du Pentateuque qui combine pshat, midrash et lecture sodique. Imprimé pour la première fois à Venise chez **Daniel Bomberg en 1522**, soit quatorze ans après la mort de l'auteur, il connaîtra une diffusion considérable et reste un classique de l'exégèse séfarade.\n\nL'***Eshkol ha-Kofer*** — « La grappe de henné » — rassemble deux commentaires sur Esther et Ruth, deux livres particulièrement signifiants dans le contexte d'exil et de conversion forcée que Saba a traversé personnellement.\n\nLe ***Perush Eser Sefirot***, écrit à Tlemcen, est l'un des textes de kabbale spéculative produits dans le sillage de l'expulsion et de l'arrivée des sépharades au Maghreb.\n\n## Postérité familiale\n\nAbraham Saba est, par son premier mariage avec la fille d'**Isaac Saba**, le **beau-père de Joseph Karo** (1488-1575) — l'auteur du *Shulḥan Arukh*. Cette alliance fait de la lignée Saba l'une des charnières discrètes mais décisives entre le judaïsme séfarade pré-1492 et la grande codification halakhique séfarade du XVIᵉ siècle.\n\n## Témoins manuscrits et éditions modernes\n\nL'identification systématique des témoins manuscrits Saba est l'un des chantiers ouverts du projet MMJMM. À ce jour :\n\n- ***Tzeror ha-Mor*** — édition princeps Venise (Daniel Bomberg) 1522, multiples réimpressions depuis. Manuscrits anciens à recenser systématiquement (Bodleian, JTS, BL, NLI Jérusalem, Parma).\n- ***Tzeror ha-Hayyim*** + ***Introduction aux Sefirot*** — édition Betzalel Wicholder, Bnei Brak, **2015** (à partir de témoins manuscrits identifiés par l'éditeur, à préciser).\n- ***Eshkol ha-Kofer*** — fragments (Ecclésiaste, Lamentations, Cantique) publiés par Wicholder, Bnei Brak, **2012**.\n- ***Tzeror ha-Kesef*** — référencé dans la *Monatsschrift* 1853, pp. 246-247, et dans le **Catalogue de Leyde**, pp. 94, 96. Localisation actuelle à reconfirmer auprès de la Bibliothèque universitaire de Leyde.\n- **[Commentaire sur le Livre de Job](/corpus/catalogue/lost-saba-job-commentary)** — manuscrit présent dans la **bibliothèque d'Adolf Jellinek** (Vienne, XIXᵉ s.), **perdu** après dispersion.\n- Référencé par Steinschneider, *Catalogus Librorum Hebraeorum in Bibliotheca Bodleiana*, n° 4301 (à recouper).\n\n## Sources\n\n- **Jewish Encyclopedia (1906)**, art. « Saba, Abraham ben Jacob ».\n- **Wikipédia anglophone**, art. « Abraham Saba ».\n- *Tzeror ha-Mor*, éd. princeps, Venise, Daniel Bomberg, 1522.\n- Gross, Abraham. *Iberian Jewry from Twilight to Dawn: The World of Rabbi Abraham Saba*. Brill, 1995 (monographie de référence).\n- gmpl26.org, section « La rencontre Saba / Aln'kaoua à Tlemcen » (mars 2026) — chronologie, sort des manuscrits, lien Karo.\n- Hirschberg, H. Z. *A History of the Jews in North Africa*, Brill, 1974-1981.\n- Michael, *Or ha-Ḥayyim*, n° 199.\n- Tradition familiale Saba (à recouper systématiquement).\n"
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      "body": "\n## Vie\n\n**Charles Touati** (Tunis, 1925 – Paris, 2003) est un **rabbin et historien français de la philosophie juive médiévale**, l'un des grands spécialistes du XXᵉ siècle de la pensée maïmonidienne et de Gersonide (Lévi ben Gershom, 1288-1344).\n\nSelon Colette Sirat (*La pensée philosophique d'Ephraïm al-Naqawa*, DAAT n° 5, été 1980), Charles Touati est le **petit-fils d'Abraham Baliah** — Grand Rabbin de Tlemcen au début du XXᵉ siècle, qui aurait commenté le *Sha'ar Kevod Hashem* d'Ephraïm Aln'kaoua dans le cadre de l'édition de Tunis 1902 (voir la fiche [Hayim Bliah](/personnes/hayim-bliah) pour la question de l'éventuelle identité Bliah/Baliah).\n\nCette ascendance tlemcénienne directe ancre Touati dans la **lignée intellectuelle des héritiers du Rab** — le philosophe rationaliste reconnu par l'académie française moderne est descendant de la communauté qui avait conservé pendant cinq siècles la mémoire d'Ephraïm Aln'kaoua.\n\nFormé à la **Yeshiva des Étudiants à Paris** puis à l'**École Pratique des Hautes Études** (Section des sciences religieuses), Touati y devient **directeur d'études** et l'une des figures de la chaire d'études juives parisiennes. Il est aussi rabbin, ce qui le distingue de nombreux universitaires de sa génération : sa double appartenance synagogue / université donne à son œuvre une **autorité particulière** dans le monde juif français.\n\n## Œuvre — l'éditeur de Gersonide\n\nL'œuvre maîtresse de Touati est sa thèse, *La pensée philosophique et théologique de Gersonide* (Minuit, 1973), qui établit pour deux générations la référence francophone sur ce philosophe juif provençal du XIVᵉ siècle. Touati est aussi l'éditeur et traducteur de plusieurs textes médiévaux fondamentaux :\n\n- *Le livre des guerres du Seigneur* de Gersonide (édition et traduction française).\n- Études sur Maïmonide, Jehuda Halevi, Abravanel, Ibn Tibbon.\n- *Prophètes, talmudistes, philosophes* (Cerf, 1990) — recueil d'études.\n- Direction de la *Revue des Études Juives* (REJ) à plusieurs reprises.\n\n## Importance pour MMJMM — un passeur intellectuel\n\nCharles Touati n'appartient pas au scope chronologique strict du corpus MMJMM (1391-1750) : il est un homme du XXᵉ siècle. Mais sa fiche est utile pour MMJMM à **trois titres** :\n\n1. **Continuité généalogique de la lignée tlemcénienne** : descendant direct de la communauté qui a conservé Ephraïm Aln'kaoua dans sa mémoire vivante, son existence montre la **continuité physique** entre le Tlemcen médiéval et la diaspora maghrébine moderne.\n\n2. **Témoin de la réception académique du corpus médiéval** : par ses travaux sur Gersonide (philosophe juif provençal contemporain et précurseur intellectuel d'Ephraïm Aln'kaoua dans la tradition maïmonidienne) et sur Maïmonide lui-même, Touati a contribué à **rendre intelligible aux lecteurs francophones du XXᵉ siècle** le contexte philosophique dans lequel s'inscrit le *Sha'ar Kevod Hashem*. C'est précisément la lignée intellectuelle qu'Aln'kaoua défendait contre Naḥmanide.\n\n3. **Modèle institutionnel** : Touati incarne le **modèle universitaire-rabbinique** que MMJMM cherche à mobiliser pour la pérennisation de son projet (chaire universitaire, transmission académique et synagogale, double appartenance). Sa trajectoire est ainsi un précédent inspirant pour la **pérennisation institutionnelle** envisagée par MMJMM à l'horizon 2028.\n\n## Liens avec le corpus MMJMM\n\n- Petit-fils d'**Abraham Baliah**, Grand Rabbin de Tlemcen au début du XXᵉ s. — figure tlemcénienne directe en lien avec l'édition de Tunis 1902 du *Sha'ar Kevod Hashem*.\n- Spécialiste de **Gersonide** (1288-1344), philosophe juif provençal dont [Ephraïm Aln'kaoua](/personnes/ephraim-alnkaoua) invoque les opinions dans l'**anecdote de Marrakech 1393** (le Rav cite « Maïmonide et Gersonide » comme défenseurs de la lecture intérieure des visions prophétiques).\n- Spécialiste de Maïmonide — la tradition philosophique défendue par Aln'kaoua dans son *Sha'ar Kevod Hashem* contre Naḥmanide.\n\n## Sources\n\n- Touati, Charles, *La pensée philosophique et théologique de Gersonide*, Minuit, 1973.\n- Touati, Charles, *Prophètes, talmudistes, philosophes*, Cerf, 1990.\n- Sirat, Colette, *La pensée philosophique d'Ephraïm al-Naqawa*, DAAT n° 5, été 1980, p. 8 et note 6 — atteste la filiation Baliah → Touati.\n- Notice de l'École Pratique des Hautes Études et de la Société des Études Juives.\n- Wikipédia français, art. « Charles Touati » (consulté mai 2026).\n"
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      "body": "\n## Vie\n\nElijah (Eliyahu) Benamozegh (Livourne, 1823 – Livourne, 1900) est un **rabbin, imprimeur, kabbaliste et philosophe** italien d'origine marocaine, l'une des grandes figures de la pensée juive méditerranéenne du XIXᵉ siècle. Sa double appartenance — culturellement marocain, géographiquement italien — fait de lui un **pont vivant** entre le judaïsme maghrébin médiéval que MMJMM cherche à reconstituer et l'érudition italienne moderne.\n\n**Filiation** :\n- Père : **Abraham Benamozegh**, d'une famille « très probablement indigène du Maghreb » (Marglin 2014).\n- Mère : **Clara Koriat**, d'une famille séfarade.\n- **Tous deux natifs du Maroc**, installés à Livourne avant la naissance d'Elijah.\n- Éducation par son **oncle maternel Yehudah Koriat**, qui lui enseigne tout — y compris l'**écriture hébraïque nord-africaine** (la même qu'utilise [Abraham Ankawa](/personnes/abraham-ankawa)) et la **tradition marocaine de mysticisme juif**.\n\n## Œuvre — imprimeur, philosophe, kabbaliste\n\nBenamozegh est l'une des figures les plus singulières du XIXᵉ siècle juif méditerranéen. Il combine **trois identités intellectuelles** :\n\n1. **Imprimeur** — il dirige à Livourne l'**imprimerie hébraïque** héritée des Benamozegh, qui était au XIXᵉ siècle le **principal centre d'impression hébraïque pour le Maghreb**. Les presses livournaises fournissent les rabbins nord-africains qui n'avaient pas de presse continue dans leur région avant la fin du XIXᵉ siècle.\n\n2. **Philosophe** — auteur d'une œuvre métaphysique majeure, ***Israël et l'Humanité*** (publiée en français à titre posthume en 1914), il tente de penser le judaïsme comme **noyau universel** de la révélation, ouvert aux nations dans le cadre des sept lois noachides. Sa pensée s'inscrit dans le sillage de Maïmonide et du Ramḥal.\n\n3. **Kabbaliste** — il défend la légitimité kabbalistique avec une rigueur philologique inhabituelle, opposant la kabbale séfarade-maghrébine (intellectualisée) à certaines dérives lourianiques.\n\n## Lien avec MMJMM — l'éditeur d'Abraham Ankawa\n\nPour le corpus MMJMM, le rôle décisif de Benamozegh est celui d'**éditeur attitré d'[Abraham Ankawa](/personnes/abraham-ankawa)** (Salé 1810 – Mascara 1890). Selon Jessica Marglin (*Mediterranean Modernity through Jewish Eyes*, *Jewish Social Studies* 2014, p. 42-43), c'est lors du **second voyage d'Ankawa à Livourne en 1858** que les deux hommes se rencontrent — rencontre qui se révèle « fatidique » pour Ankawa :\n\n> *« Benamozegh a publié tous les livres ultérieurs d'Ankawa sauf un, et a compté parmi ses plus fermes soutiens. Comme Ankawa, Benamozegh a maintenu des liens étroits avec ses racines marocaines tout en menant sa vie et sa carrière ailleurs. […] Au-delà de leur héritage marocain commun et de leur langue native (judéo-arabe), Ankawa et Benamozegh partageaient un intérêt pour le mysticisme et la tradition kabbalistique. »*\n\nConcrètement, Benamozegh imprime à Livourne tous les ouvrages majeurs d'Ankawa post-1858, dont :\n- *Zevaḥim Shelamim* (Livourne, 1858) — destiné aux *shoḥatim*.\n- *Yutsa la-Rabbim* (1858).\n- *Kerem Ḥemer* (Livourne, 1869-1871, 2 vol.) — recueil des *takkanot* castillanes de Fès.\n- La **réfutation publiée par Ankawa** après l'affaire Sebaoun (1858-1859) — Benamozegh non seulement imprime le volume, mais l'introduit avec une **lettre vigoureuse en soutien à l'œuvre d'Ankawa**, qui inclut aussi une lettre du chef-rabbin du Consistoire central de France **Soloman Ulmann**.\n\n## Importance pour MMJMM\n\nBenamozegh illustre concrètement :\n\n1. **Livourne comme nœud méditerranéen** d'impression hébraïque pour le Maghreb (cf. Francesca Bregoli, *Mediterranean Enlightenment: Livornese Jews, Tuscan Culture, and Eighteenth-Century Reform*, Stanford 2014, sur les réseaux d'impression Livourne-Afrique du Nord 1740-1789).\n2. **La continuité maghrébine à Livourne** — par le maintien de l'**écriture nord-africaine**, de la **langue judéo-arabe** et de la **tradition kabbalistique maghrébine** dans la diaspora italienne, par-delà la rupture géographique.\n3. **Le modèle d'une pensée juive ouverte** — sa métaphysique d'*Israël et l'Humanité* est l'une des très rares tentatives modernes de penser le judaïsme dans une perspective véritablement universelle, sans dilution identitaire.\n4. **Le passeur transimpérial** — comme Ankawa, comme Shalom Bekache (Mumbai-Safed-Alger) — Benamozegh incarne le réseau qui rend possible la diffusion publique du corpus maghrébin médiéval à l'ère moderne.\n\n## Sources\n\n- **Marglin, Jessica**, « Mediterranean Modernity through Jewish Eyes: The Transimperial Life of Abraham Ankawa », *Jewish Social Studies*, vol. 20 n° 2, hiver 2014, p. 42-43 et p. 60 note 55 — atteste le rôle d'éditeur attitré.\n- Benamozegh, Elijah, *Israël et l'Humanité*, éd. française Albin Michel 1914 (posthume) ; rééd. 1995 (préface Émile Touati).\n- Bregoli, Francesca, *Mediterranean Enlightenment: Livornese Jews, Tuscan Culture, and Eighteenth-Century Reform*, Stanford University Press, 2014 — contexte des presses livournaises.\n- *Encyclopaedia Judaica*, art. « Benamozegh, Elijah ben Abraham ».\n- Wikipédia français/anglais, art. « Elijah Benamozegh » (consulté mai 2026).\n- Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, [docs/encaoua-sources/](/) (2026) — texte intégral de Marglin 2015.\n"
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      "body": "\n## Vie\n\nFils d'Israël ben Joseph Aln'kaoua, il a environ trente ans lors des pogroms de 1391. Survivant, il fuit la Castille en emportant l'œuvre inachevée de son père et son propre projet d'écriture.\n\n## Formation et premiers temps espagnols\n\nOutre sa formation rabbinique (probablement auprès de son père à Tolède, et selon l'hypothèse de l'historien Simcha Assaf, auprès de **Rabbi Yoḥanan Treves** — hypothèse fondée sur l'identification d'Aln'kaoua comme l'auteur du commentaire biblique dit *de Rabbenu Ephraïm*), Ephraïm Aln'kaoua **étudie la médecine à l'Université de Palencia** (Nouvelle Castille). Selon le rabbin Hadas-Lebel (notice 1954 sur le Rab de Tlemcen, conservée par Morial.fr), cette université aurait été **fondée au XIIIᵉ siècle par un certain Samuel Elnkaoua, ministre d'Alphonse IX** — ce qui inscrirait la lignée Aln'kaoua dans l'élite politico-intellectuelle castillane médiévale. Cette assertion mérite d'être confirmée sur sources primaires (la fondation de l'Université de Palencia, par Alphonse VIII vers 1208-1212, est attribuée à ce dernier dans l'historiographie standard).\n\nMédecin à la cour, le jeune Ephraïm est, toujours selon Hadas-Lebel, nommé adjoint à **Don Primo, médecin en chef du Roi** ; il épouse la fille de ce dernier, **Bongoda**. Cette dimension médicale jouera plus tard un rôle décisif dans son installation à Tlemcen — voir ci-dessous.\n\n## Trajectoire de l'exil (1391-1393)\n\nLe récit transmis par le rabbin Hadas-Lebel et corroboré par la tradition familiale (témoignage d'Ephraïm Alfred Enkaoua, descendant direct, publié sur Morial.fr) précise la trajectoire suivante :\n\n1. **1391** : fuite d'Espagne par voie maritime. **Marrakech**, où il est accueilli chaleureusement et devient **Grand-Rabbin de la communauté pendant plusieurs mois**.\n2. **Vers 1392** : il quitte Marrakech avec l'intention de gagner la **Terre d'Israël**.\n3. **Honine** (port algérien sur la route Soudan-Tlemcen-Espagne) : étape sur le chemin.\n4. **1393** : à quelques lieues de Tlemcen, il refuse de continuer le voyage pour ne pas enfreindre le Shabbat — la caravane qu'il accompagne le quitte. La tradition rapporte alors le miracle du lion : la nuit venue, vêtu de son talith, le Rab récite le verset du Psaume « Sur le lion et la vipère tu marcheras » et l'animal devient docile.\n\nÀ **Tlemcen**, alors capitale du royaume zayyanide, il fonde une yeshiva et y devient un maître spirituel reconnu de tout le Maghreb central.\n\nLa tradition rapporte qu'à son arrivée à Tlemcen, il aurait guéri la fille unique du sultan zayyanide avec un remède simple, refusant tout salaire monétaire mais demandant que les juifs, vivant jusque-là dans les localités voisines de Honein et Agadir, soient autorisés à résider dans la ville de Tlemcen elle-même. Ce dernier point est partiellement corroboré par des archives d'époque : c'est avec l'autorisation du sultan que le Rab fait construire en 1393 le premier lieu de culte juif à Tlemcen — sur le site sur lequel sera plus tard édifiée la Grande Synagogue.\n\n## La date de sa mort, le surnom de Rab el-Kebir\n\nEphraïm meurt en 1442, **en l'année Rab (ר״ב) du calendrier hébraïque** — soit 5202 du comput juif. C'est de ce jeu sur la valeur numérique des lettres (ר = 200, ב = 2) que vient probablement son surnom de *Rab el-Kebir* (« le Grand Maître ») : à la fois titre honorifique de Rav et marqueur calendaire de l'année de son décès.\n\nSa tombe, à la sortie de Tlemcen, devient un **lieu de pèlerinage** majeur. La *hiloula* est historiquement célébrée à Tlemcen le **33ᵉ jour de l'Omer (Lag BaOmer)**, conjointement avec celle de Rabbi Shimon Bar Yoḥaï — elle attire jusqu'à l'exode juif d'Algérie en 1962 des juifs de toute l'Algérie, du Maroc et même de Tunisie. La diaspora algérienne (UNAT) commémore aujourd'hui la **Haskara du Rab à la veille de Rosh Ḥodesh Kislev**, à la date anniversaire attestée de sa mort — **1er Kislev 5203 (13 novembre 1442)**. Sources : Morial (mémoire de la diaspora algérienne) ; Wikipédia français.\n\n## Œuvre — *Sha'ar Kevod Hashem*\n\nSon œuvre principale est le ***Sha'ar Kevod Hashem*** — « La Porte de la Gloire du Nom » — traité de philosophie juive rédigé à l'intention de son fils aîné Israël, où il **répond aux critiques de Naḥmanide contre le *Guide des Égarés* de Maïmonide**.\n\nL'œuvre, **résolument rationaliste-aristotélicienne**, s'articule en deux parties :\n\n1. **Le problème de la paraphrase araméenne de la Bible** — Aln'kaoua défend la thèse de Maïmonide sur l'anthropomorphisme : les expressions corporelles attribuées à Dieu (« Dieu a vu », « Dieu a entendu », « la main de Dieu »…) ne sont que des homonymes destinés à permettre aux hommes de concevoir les actions divines. Il classe systématiquement et réfute les **quatorze objections** de Naḥmanide (ms Opp. 241, fol. 21v-23v) en démontrant que toutes les apparentes incohérences d'Onqelos s'expliquent par la cohérence sémantique de l'araméen et par le contexte.\n\n2. **La théorie des visions prophétiques** — Aln'kaoua défend la conception maïmonidienne selon laquelle la vision prophétique est un **phénomène purement intérieur** (influx de l'Intellect Agent sur la faculté imaginative du prophète), contre l'interprétation littérale ou kabbalistique de Naḥmanide.\n\nSelon **Colette Sirat** (*La pensée philosophique d'Ephraïm al-Naqawa*, DAAT n°5, été 1980), Aln'kaoua « *était sans aucun doute un rationaliste fervent, dans la grande lignée des philosophes aristotéliciens espagnols et provençaux qui aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles illustrèrent brillamment la science juive* ». Et de conclure : « *Le philosophe rationaliste fut oublié par les Tlemcéniens et Ephraïm al-Naqawa entra dans la légende sous les traits d'un personnage qui ne lui ressemblait guère : celui d'un rabbin miraculeux.* »\n\n### L'anecdote de Marrakech (1393) — preuve maïmonidienne par expérience personnelle\n\nLe *Sha'ar Kevod Hashem* contient une **anecdote autobiographique remarquable**, racontée par le Rab lui-même comme **preuve expérimentale** de la vérité de la thèse maïmonidienne sur les visions prophétiques. Rapportée par Sirat (1980) à partir du ms Opp. 241 :\n\n> En **5153/1393, se trouvant à Marrakech**, le Rab est invité un shabbat à prononcer la *derasha*. La communauté entière vient le chercher chez lui pour l'accompagner à la synagogue. Sur son chemin, le groupe passe devant le portail du palais du Prince. **Un portier noir musulman**, choqué par l'honneur rendu au Rab juif, voulut s'élancer sur lui avec un grand bâton — les compagnons s'interposèrent. Le Rab fit sa derasha, fut acclamé, puis, en signe de deuil pour les persécutions espagnoles, refusa de partager le repas et se retira pour se reposer. **Il s'endormit et fit un cauchemar : le portier noir le frappait et lui brisait le bras**. Se réveillant, il revint dans la pièce où dînaient les convives en se plaignant de la cassure de son bras, qu'il montrait flasque et tenait avec l'autre main. En vain on essaya de lui démontrer qu'il ne s'était rien passé. Quand les Anciens se levèrent pour aller au Palais demander justice et lui ouvrirent la porte, **son bras redevint vivant et fut guéri**. Le Rab se tourna alors vers eux et déclara : « *Maintenant je sais que Maïmonide et Gersonide avaient raison lorsqu'ils interprétèrent la lutte de Jacob avec l'ange comme étant une vision nocturne !* »\n\nL'anecdote sert à Aln'kaoua à démontrer trois choses contre Naḥmanide : (1) l'intensité de la faculté imaginative peut produire des effets corporels (le bras douloureux à l'éveil) ; (2) une vision intérieure peut laisser une trace physique (comme la hanche démise de Jacob après sa lutte avec l'ange) ; (3) la prophétie est un phénomène intérieur, non un événement physique extérieur.\n\nC'est **l'un des très rares textes de philosophie juive médiévale où l'auteur invoque une expérience personnelle comme preuve d'une thèse philosophique abstraite** — un trait remarquable de l'esprit aristotélicien d'Aln'kaoua.\n\n### Tradition manuscrite\n\nLe texte a été imprimé pour la première fois à Livourne en 1820 ; **trois copies manuscrites anciennes** sont aujourd'hui identifiées :\n\n- **MS. Opp. 241** (= Neubauer 939,2) — Bodleian, exemplaire intégral de 77 feuillets, copié sans doute en Afrique du Nord au XVIᵉ siècle (Sirat 1980) ; contient aussi la **seule copie connue du *Sefer Pé'a* de Moïse b. Samuel Ibn Tibbon** ; entré par Oppenheim, 1829. **Base de l'édition Bliah 1902**.\n- **MS. Hunt. 559** (= Neubauer 1258,2) — Bodleian, copie séfarade du XVᵉ s. avec la fin manquante ; entrée par Huntington, 1693 ; trajectoire probable Espagne → diaspora ottomane → Alep.\n- **MS. JTSA 969** — Jewish Theological Seminary of America, New York ; écriture cursive ; provenance à préciser (catalogue Marx). Vraisemblablement le témoin de l'édition de Tunis 1902.\n\nUn **quatrième témoin hypothétique**, dit « manuscrit de Shadal » — ayant appartenu à Samuel David Luzzatto (1800-1865) —, est évoqué par Yves Bentura (*Rapport d'étude*, avril 2026) sur la base d'indices indirects ; sa localisation actuelle reste inconnue.\n\n## L'édition princeps moderne — Tunis 1902\n\nÀ la fin du XIXᵉ siècle, l'édition livournaise de 1820 étant devenue rare, **[Rabbi Hayim Bliah](/personnes/hayim-bliah)** (1832-1919), *dayan* de Tlemcen, entreprend de redonner accès à l'œuvre.\n\nLe mécanisme précis a été révélé par la réédition jérusalémite de 1986 (citée par Y. Bentura, *Rapport d'étude*, avril 2026). Bliah envoie ses disciples **R. Abraham ben Samon et R. Samuel Tsoultan** consulter le grand bibliographe galicien **[Shlomo (Salomon) Buber](/personnes/shlomo-buber)** (1827-1906, grand-père du philosophe Martin Buber) « *qui connaissait les trésors de nombreuses bibliothèques dans le monde* ». Buber identifie le ms à Oxford, et Bliah obtient du responsable de la Bodleian une **copie photographique** (« *car il n'était pas possible de la copier à la main* »). L'édition paraît à **Tunis en 1902**, sous l'égide éditoriale de **[Shalom Bekache](/personnes/shalom-bekache)** (1848-1927, originaire de Mumbai, formé à Safed, voix majeure de la Haskalah maghrébine), enrichie d'un commentaire savant intitulé ***Petah ha-Sha'ar*** (« L'Ouverture de la porte »).\n\nC'est probablement **MS. Opp. 241** (exemplaire complet) qui a servi de base à la copie photographique — plutôt que MS. Hunt. 559 dont la fin est manquante. L'identification précise du témoin utilisé par Bliah pourra être confirmée par consultation directe de la préface de l'édition 1902.\n\nUne **édition critique moderne** du *Sha'ar Kevod Hashem*, fondée sur le collationnement systématique des trois témoins connus (Opp. 241, Hunt. 559, JTSA 969), est l'un des **livrables-pilotes du projet MMJMM** — elle s'inscrira dans la lignée Livourne 1820 → Tunis 1902.\n\n## Postérité familiale\n\nEphraïm a au moins **deux fils attestés** — Israël (l'aîné, à qui le *Sha'ar Kevod Hashem* est dédié) et **Yehuda**. Certaines sources généalogiques tlemcéniennes — notamment celles transmises par Abraham Encaoua, fils de Mardochée d'Oran (1812-1890), auteur du *Zevaḥim Shelemim* — évoquent également un troisième fils prénommé Salomon, voire un quatrième.\n\n**Alliance majeure** : à la **troisième génération maghrébine**, la fille de [Yehouda Aln'kaoua](/personnes/yehuda-alnkaoua) épouse [Tzemaḥ ben Shlomo Duran](/personnes/tzemah-ben-shlomo-duran) — petit-fils du [Rashbatz](/personnes/shimon-bar-tzemah-duran) et fils du [Rashbash](/personnes/shlomo-duran). Cette union scelle **l'alliance entre les deux dynasties fondatrices** du judaïsme post-1391 : les Aln'kaoua de Tlemcen et les Duran d'Alger. Le réseau familial qui en résulte structurera la halakha maghrébine pendant plus d'un siècle (correction généalogique mai 2026 : le gendre n'est pas « fils du Rivash » comme parfois rapporté — le Ribash et le Rashbatz n'ont aucun lien Duran ; voir notice [Yehouda Aln'kaoua](/personnes/yehuda-alnkaoua)).\n\nLa famille reste influente à Tlemcen pendant plusieurs siècles ; jusqu'à la fin du XVIIIᵉ siècle, ses descendants jouent un rôle prédominant comme rabbins et dirigeants de la communauté d'Alger. Certaines branches émigrent ultérieurement à Livourne, puis à Oran et dans toute l'Afrique du Nord, et enfin, après 1962, à Paris, Marseille, Strasbourg, Montréal et Jérusalem.\n\n## Sources et bibliographie\n\n**Sources primaires** :\n- *Sha'ar Kevod Hashem*, manuscrit MS. Opp. 241 (Bodleian) — base de l'édition Bliah 1902.\n- Édition imprimée du *Sha'ar Kevod Hashem*, Livourne, 1820.\n- Édition princeps moderne : Tunis, 1902 (Hayim Bliah / Shalom Bekache, avec commentaire *Petah ha-Sha'ar*).\n- Réédition Jérusalem 1986 — révèle le mécanisme Bliah → Buber → Bodleian.\n\n**Études académiques de référence** :\n- **Colette Sirat**, *La pensée philosophique d'Ephraïm al-Naqawa*, DAAT n° 5, été 1980 — **étude philosophique majeure** : aristotelisme du Rab, réfutation des 14 objections de Naḥmanide, anecdote autobiographique de Marrakech 1393.\n- Colette Sirat, *Les théories des visions surnaturelles dans la pensée juive du Moyen-Âge*, Leyde, 1969.\n- **[Charles Touati](/personnes/charles-touati)**, Grand Rabbin et historien de la philosophie juive — petit-fils d'Abraham Baliah (Grand Rabbin de Tlemcen au début du XXᵉ s.).\n- H. Z. Hirschberg, *A History of the Jews in North Africa*, 2 vol., Brill, 1974-1981.\n- Hadas-Lebel, Achel (rabbin), *Rebi Ephraim Elnkaoua — Rab de Tlemcen (1359-1442)*, livret de huit pages, Tlemcen, 1954 (numérisé par Morial.fr).\n- Assaf, Simcha — hypothèse sur la formation auprès de Yoḥanan Treves.\n- Attal, R., *Les Juifs d'Afrique du Nord, bibliographie*, Jérusalem 1973 — recense 21 livres et articles sur Ephraïm al-Naqawa et le pèlerinage sur sa tombe.\n- Bentura, Yves, *Rapport d'étude du manuscrit Sha'ar Kevod Hashem*, avril 2026 (dossier interne GMPL) — synthèse de la trajectoire éditoriale Bliah-Buber-Bekache.\n\n**Sources mémorielles** :\n- Enkaoua, Ephraïm Alfred (descendant), *Le Rab Ephraïm Aln'Kaoua* et *Les dimensions de l'héritage*, témoignages publiés sur [Morial.fr](https://morial.fr/index.php/rabbins/385-le-rab-ephraim-aln-kaoua) (consultés mai 2026).\n- Site Morial (descendants oranais), notice biographique du Rab de Tlemcen.\n- Wikipédia français, « Ephraim Al-Naqawa » (consulté mai 2026).\n\n**Documentation interne** :\n- Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, [docs/encaoua-sources/](/) (2026) — *Rapport d'étude Bentura* (avril 2026), *Goitein_Menorat_Hamaor_traduction_et_historiographie* (avril 2026), *La pensée philosophique d'Ephraim al-Naqawa par Colette Sirat* (1980).\n"
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Le rapport entre Hayim Bliah (dayan, mort 1919) et Abraham Baliah (Grand Rabbin, début XXᵉ s., grand-père de [Charles Touati](https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Touati)) — même personne sous deux orthographes, ou deux figures distinctes de la même famille tlemcénienne — reste à clarifier sur archives.\n\n## L'odyssée du Sha'ar Kevod Hashem (Tunis 1902)\n\nÀ la fin du XIXᵉ siècle, le *Sha'ar Kevod Hashem* — traité maïmonidien d'Ephraïm Aln'kaoua, *Rab el-Kebir* de Tlemcen (1359-1442) — n'avait été imprimé qu'une seule fois, à **Livourne en 1820**, par les soins des descendants tlemcéniens installés dans cette ville. L'édition livournaise était devenue rare.\n\n### Le mécanisme — Bliah → Buber → Bodleian\n\nLa mécanique précise a été révélée par la **réédition jérusalémite de 1986**, qui reproduit en préface une lettre de Bliah explicitant la chaîne d'acquisition (cité par Y. Bentura, *Rapport d'étude*, avril 2026) :\n\n> « *Rabbi Hayim Bliah envoya ses chers disciples, R. Abraham ben Samon et R. Samuel Tsoultan, consulter le grand chercheur Rabbi Shlomo Buber, qui connaissait les trésors de nombreuses bibliothèques dans le monde, pour qu'il leur indique si un manuscrit du Sha'ar Kevod Hashem du Rav al-Naqawa existait. La réponse fut que le Sha'ar Kevod Hashem se trouvait à la bibliothèque de la ville d'Oxford. Rabbi Hayim Bliah envoya [des gens] au responsable des livres là-bas, et il en fit faire une copie photographique, car il n'était pas possible de la copier à la main.* »\n\n**[Shlomo (Salomon) Buber](/personnes/shlomo-buber)** (1827-1906), bibliographe galicien, **grand-père du philosophe Martin Buber**, est l'intermédiaire savant décisif. C'est lui qui identifie le manuscrit à la Bodleian. Bliah obtient alors du responsable de la Bodleian une **copie photographique** — vraisemblablement [MS. Opp. 241](/corpus/catalogue/bodleian-neubauer-939-2) (exemplaire complet, 77 feuillets), plutôt que [MS. 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Bekache n'est pas l'éditeur direct du *Sha'ar Kevod Hashem*, mais son influence sur le milieu du livre algéro-tunisien a vraisemblablement facilité la publication.\n\n### Trajectoire éditoriale complète\n\n```\nManuscrit Bodleian (Opp. 241, XVIᵉ s., Afrique du Nord)\n   ↓ identification\nShlomo Buber (Galicie, ~1900)\n   ↓ copie photographique commandée par Bliah via ses disciples\nHayim Bliah (Tlemcen, ~1900-1902) — commentaire Petah ha-Sha'ar\n   ↓\nShalom Bekache (Alger/Tunis, 1902) — impression\n   ↓\nÉdition Tunis 1902 — editio princeps moderne\n   ↓\nIsraël post-1948 — rééditions multiples (notamment Jérusalem 1986)\n```\n\n## Importance pour le corpus MMJMM\n\nL'épisode Bliah-Sultan-Buber-Tunis 1902 documente concrètement comment, **à la veille du XXᵉ siècle, la chaîne de transmission du *Sha'ar Kevod Hashem* a été reconstituée par voyage** depuis Tlemcen jusqu'à Oxford. Il préfigure exactement ce que le projet MJMM cherche à mettre en place à l'ère numérique : ramener à la diaspora les copies de ses propres manuscrits dispersés.\n\nL'édition de Tunis 1902 est, à ce jour, la **dernière édition imprimée du *Sha'ar Kevod Hashem*** — une **édition critique moderne** est l'un des livrables-pilotes du projet MMJMM.\n\n## Sources\n\n- *Sha'ar Kevod Hashem d'Ephraïm Aln'kaoua, avec commentaire Petah ha-Sha'ar de Hayim Bliah*, **Tunis, 1902** — *editio princeps moderne* (sous l'égide de Shalom Bekache). Édition antérieure : Livourne, 1820.\n- **Réédition Jérusalem 1986** — préface révélant le mécanisme Bliah → Buber → Bodleian par citation directe de la lettre de Bliah.\n- **Bentura, Yves**, *Rapport d'étude du manuscrit Sha'ar Kevod Hashem du Rab de Tlemcen Ephraim Al-Nakawah*, avril 2026 (dossier interne GMPL, [docs/encaoua-sources/](/)) — synthèse de la trajectoire éditoriale Bliah-Buber-Bekache.\n- Sirat, Colette, *La pensée philosophique d'Ephraïm al-Naqawa*, DAAT n° 5, été 1980, p. 8 et notes — mention d'Abraham Baliah, Grand Rabbin de Tlemcen au début du siècle, grand-père de Charles Touati.\n- gmpl26.org (mars 2026), section sur le canal d'acquisition oxonien.\n- Encaoua.org (mai 2026), chapitre 22 « Les apports documentaires essentiels ».\n- Didier Nebot, *Le Manuscrit Sacré*, 2026.\n- Wikipédia français, articles « Hayim Bliah » et « Shalom Bekache » (consultés mai 2026).\n- Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, [docs/encaoua-sources/](/) (2026).\n"
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À 29 ans, il est désigné comme *shadar* — émissaire des communautés de Jérusalem et d'Hébron — pour parcourir les communautés juives du monde afin d'y collecter des fonds.\n\n## Deux grands voyages\n\nContrairement à ce que rapportent parfois les notices populaires (qui évoquent trois voyages), les sources scientifiques actuelles établissent **deux grandes missions** :\n\n- **Première mission, 1753-1757** : Italie, terres allemandes, Europe occidentale, jusqu'à Londres et Amsterdam.\n- **Seconde mission, 1772-1778** : Tunisie, Italie, France (où il est reçu à Versailles par Louis XVI), Hollande.\n\nLors de la seconde mission, le Ḥida est retenu **huit mois à Tunis entre 1773 et 1774**, contre son gré, dans la maison du Qaïd Tanuji (représentant juif officiel auprès du gouvernement musulman). Pendant ce séjour forcé, il devient témoin et arbitre d'un grave conflit interne entre l'élite locale conservatrice — les **Tuansa** — et la minorité d'influence européenne — les **Livournais** (Grana). Il y rencontre les principaux rabbins tunisois, parmi lesquels Tzemaḥ Tzarfati, Avraham Cohen (Baba Rebbi), Avraham Taïeb (Baba Sidi), Yitzḥak Lumbroso et Messaoud Elfassi — tous ultérieurement mentionnés dans le *Shem ha-Gedolim*. Il distingue particulièrement, parmi les jeunes étudiants, le futur **Rabbi Ḥaï Taïeb** (1760-1837), dont il dit : *« Des trois jeunes étudiants que j'ai remarqués, celui du milieu est entier, parfait. »*\n\nLe Ḥida **n'a pas franchi la frontière algérienne** et n'a donc pas visité Tlemcen, Alger ou Oran. Ses contacts avec le judaïsme algérien et marocain ont donc dû passer par **correspondance**, par les **rabbins maghrébins de passage** à Tunis ou Livourne, et par les **livres** des bibliothèques qu'il consultait partout où il passait.\n\n## Après les voyages — Livourne, 1778-1806\n\nÀ partir de 1778, le Ḥida ne retourne plus à Jérusalem. Il s'installe à **Livourne**, où il vivra ses vingt-huit dernières années. Il y épouse Rachel en seconde noce à Pise le 28 octobre 1778. Il y publie l'essentiel de son œuvre. Il y meurt le 11 Adar 5566 (1ᵉʳ mars 1806), un vendredi soir, Shabbat Zakhor.\n\nPourquoi Livourne ? Parce que la ville est alors le pivot du commonwealth sépharade-maghrébin. C'est là qu'arrive l'imprimerie hébraïque destinée au Maghreb. C'est là qu'on accède aux correspondances de Fès, Alger, Tunis, Salé. C'est là, en somme, qu'un savant peut continuer à *tout savoir* sans s'épuiser à voyager. Livourne est aussi, et ce n'est pas un hasard, le port d'arrivée des manuscrits du Maghreb vers l'Europe — c'est par Livourne qu'arriveront chez Shadal, trente ans plus tard, le Maḥzor d'Oran et plusieurs autres pièces maghrébines majeures.\n\n## Œuvre\n\nLe Ḥida est, avec environ **71 ouvrages**, l'un des auteurs les plus prolifiques de l'histoire rabbinique sépharade.\n\nSon œuvre majeure est le ***Shem ha-Gedolim*** (« Le Nom des Grands »), publié pour la première fois à Livourne en 1774 et augmenté plusieurs éditions. C'est la **première bibliographie raisonnée de toute la littérature rabbinique** depuis ses origines. L'ouvrage est organisé en deux volumes :\n\n- *Shem ha-Gedolim* proprement dit : dictionnaire des auteurs, par ordre alphabétique du prénom hébraïque (environ 1 500 noms).\n- *Va'ad la-Ḥakhamim* : dictionnaire des œuvres rabbiniques, par ordre alphabétique des titres.\n\nAutres œuvres principales : ***Birkei Yosef*** (commentaire du *Shulḥan Aroukh*), ***Ḥayim Sha'al*** (responsa), ***Maagal Tov*** (journal de voyages, demeuré inédit de son vivant, publié à Berlin en 1921 par Aron Freimann).\n\n## Rapport au judaïsme maghrébin et place dans le projet MJMM\n\nLe Ḥida est, dans la généalogie intellectuelle du projet MJMM, un **ancêtre direct** à plusieurs titres.\n\n**Bibliographique** : son *Shem ha-Gedolim* contient les premières notices imprimées rassemblant des informations sur les grands rabbins maghrébins médiévaux et pré-modernes — y compris **les Aln'kaoua de Tlemcen** (dont la notice mérite un dépouillement précis dans le cadre du projet). C'est, dans bien des cas, le premier témoignage extérieur fiable sur ces auteurs.\n\n**Méthodologique** : il est le premier à avoir eu l'idée qu'on pouvait — et qu'on devait — *tout cataloguer*. Toutes les grandes bibliographies postérieures (Steinschneider, Neubauer, Benjacob, Beit-Arié, Ktiv) sont des prolongements partiels de cette intuition.\n\n**Géographique** : sa trajectoire personnelle (origines marocaines, naissance à Jérusalem, séjour forcé à Tunis, installation à Livourne) incarne le **continuum Jérusalem-Maghreb-Italie** qui structure le judaïsme méditerranéen pré-moderne. Sa correspondance et ses recueils de responsa contiennent presque certainement des traces de **questions envoyées par des rabbins algériens et marocains** — y compris potentiellement par des descendants Aln'kaoua de Tlemcen ou d'Alger, qui auraient été ses contemporains à la quatrième ou cinquième génération après le Rab fondateur.\n\nLe dépouillement systématique du *Shem ha-Gedolim*, du *Maagal Tov* et des responsa du Ḥida pour identifier toutes les **mentions explicites des familles maghrébines médiévales** (Aln'kaoua, Duran, Berdugo, ibn Tzur, Toledano, Cansino, ben Malka) est l'une des tâches prioritaires de l'année 1 du projet MJMM.\n\n## Sources et bibliographie\n\n- *Maagal Tov ha-Shalem*, édition Aron Freimann, Berlin, 1921 (réédition CreateSpace, 2016).\n- *Shem ha-Gedolim*, Livourne, 1774 ; rééditions successives.\n- Lehmann, Matthias B. *Emissaries from the Holy Land : The Sephardic Diaspora and the Practice of Pan-Judaism in the Eighteenth Century*. Stanford University Press, 2014.\n- Cohen, Oded. « The Freedom of Editing : Isaac Benjacob's Re-Editing of Hida's Shem Ha-Gedolim. » *Zutot*, vol. 10, n° 1, 2013, p. 71-86.\n- Étude récente (2025) sur le séjour forcé du Ḥida à Tunis, *Et-Mol*, n° 294, p. 22-25 (en hébreu).\n- Notice bibliothèque AIU : https://www.bibliotheque-numerique-aiu.org/records/item/15989\n"
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      "body": "\n## Vie\n\n**Ḥayyim ben Moshe ibn Attar** (1696-1743), né à **Salé** (Maroc atlantique) dans une lignée rabbinique séfarade. Formé dans les yeshivot marocaines, il enseigne et écrit à **Meknès** puis à **Fès** pendant les années 1720-1730. Confronté à la précarité du judaïsme marocain sous Moulay Ismaïl puis sous ses successeurs, il décide en 1739 d'émigrer en Italie.\n\nÀ **Livourne** (1739-1741), il rejoint la communauté sépharade et bénéficie du soutien de mécènes pour publier ses œuvres et organiser un voyage vers la Terre sainte. Il quitte Livourne en 1741 à la tête d'un petit groupe de disciples, atteint **Jérusalem** en 1742, y fonde une yeshiva (la **Knesset Yisrael**), et y meurt l'année suivante. Sa tombe au mont des Oliviers est l'un des lieux de pèlerinage importants pour la diaspora marocaine et au-delà.\n\n## Œuvre\n\nTrois œuvres imprimées du vivant de l'auteur ou juste après :\n\n- ***Ḥefetz Hashem*** (Amsterdam, 1732) — novellae talmudiques rédigées à Salé.\n- ***Or ha-Ḥayim*** (Venise, 1742) — commentaire sur la Torah, son œuvre majeure, devenue l'un des commentaires les plus étudiés du judaïsme post-médiéval.\n- ***Pri To'ar*** (Amsterdam, 1742) — commentaire halakhique sur la section *Yoreh De'ah* du *Shulḥan Arukh*.\n\nL'***Or ha-Ḥayim*** combine *peshat*, exégèse rabbinique, philosophie médiévale et kabbale lurianique — fusion caractéristique de l'école rabbinique marocaine du XVIIIᵉ siècle. Le hassidisme baalshemtovien, contemporain, l'a adopté comme texte canonique de référence.\n\n## Postérité\n\nLe titre **Or ha-Ḥayim ha-Kadosh** (« le saint Or ha-Ḥayim ») par lequel la tradition désigne l'œuvre et son auteur traduit le statut **quasi-sacré** que cette tradition lui accorde. Le **centre Or HaḤayyim** (Jérusalem), institution dédiée au judaïsme marocain et à la collecte de manuscrits rabbiniques nord-africains, porte précisément ce nom.\n\n## Sources\n\n- Encyclopaedia Judaica, article « Attar, Hayyim ben Moses ibn ».\n- Bashan, E. *Études sur Ḥayyim ibn Attar et le rabbinat marocain du XVIIIᵉ siècle*.\n- Hirschberg, H. Z. *A History of the Jews in North Africa*, Brill, 1974-1981.\n"
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      "body": "\n## Notice\n\nIsaac Saba est attesté dans la documentation séfarade comme le **père de la première épouse d'Abraham ben Jacob Saba** (1440-1508). Par cette alliance, il est aussi le **grand-père maternel de Joseph Karo** (1488-1575), futur auteur du *Shulḥan Arukh*.\n\nSa biographie propre reste peu documentée. Sa fiche figure ici comme **nœud généalogique** : elle matérialise dans le corpus MMJMM le chaînon par lequel passe la connexion entre la lignée Saba post-1492 et la grande codification halakhique séfarade du XVIᵉ siècle.\n\n## Sources\n\n- Tradition familiale Saba — à recouper systématiquement avec les sources rabbiniques classiques sur Joseph Karo.\n- gmpl26.org, section « La rencontre Saba / Aln'kaoua à Tlemcen » (mars 2026).\n"
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      "body": "\n## Vie\n\nNé à **Gorizia** en 1784, **Isaac Samuel Reggio** — connu sous l'acronyme **Yashar** (יש״ר, formé sur Yitzhak Shmuel Reggio) — est l'une des figures majeures de la *Wissenschaft des Judentums* italienne et l'un des fondateurs du **Collegio Rabbinico de Padoue** (1829), premier séminaire rabbinique moderne d'Europe — institution où enseignera son ami et collaborateur **Samuel David Luzzatto** (Shadal). Il meurt à Gorizia en 1855.\n\nPadouano-goricien de culture (le Frioul autrichien étant alors une charnière entre judéité italienne et empire austro-hongrois), il est rabbin, philosophe juif, philologue, traducteur du Pentateuque en italien, et collectionneur reconnu de manuscrits hébreux.\n\n## Œuvre\n\nReggio publie en 1827 ***Ha-Torah veha-Filosofiyah*** — « La Torah et la philosophie » —, traité qui défend la compatibilité entre tradition juive et raison moderne. Il édite le Pentateuque avec traduction italienne (Vienne, 1821), participe à la fondation du Collegio Rabbinico de Padoue, et entretient avec Shadal et toute l'élite érudite italienne et allemande une correspondance suivie.\n\n## Le collectionneur\n\nÀ côté de l'œuvre publiée, Reggio rassemble en cinquante ans une **bibliothèque hébraïque considérable**, riche en pièces du **cercle padouan** — autographes du Ramhal (Moshe Ḥayyim Luzzatto, 1707-1747), copies anciennes de ses œuvres kabbalistiques, manuscrits transmis par Shadal lui-même par don ou échange.\n\nÀ sa mort en 1855, sa collection — **environ 78 cotes** — est **acquise par la Bodleian Library d'Oxford en 1853** (deux ans avant son décès, par négociation préalable). Elle constitue à Oxford la série **MS. Reggio 1 à ~78**.\n\n## L'autre canal d'entrée du Fonds Luzzatto\n\nLa collection Reggio est le **premier canal documenté** reliant Oxford au cercle padouan dans lequel Shadal a évolué. **16 ans avant la vente Isaia Luzzatto de 1869-1870**, elle apportait déjà à la Bodleian une concentration unique de matériaux liés au milieu intellectuel padouan.\n\nLe travail du collectif GMPL a identifié à ce jour, dans la collection Reggio, **10 cotes avec lien Luzzatto direct ou indirect** — sur les ~60 cotes restant à explorer systématiquement. Voir la page [Les canaux du Fonds Luzzatto](/corpus/fonds-luzzatto-canaux).\n\n## Sources\n\n- Neubauer, A. *Catalogue of the Hebrew Manuscripts in the Bodleian Library*, vol. I, Oxford, 1886 — section MS. Reggio.\n- gmpl26.org (mars 2026), section « Les manuscrits à Oxford — Canal A : collection Reggio (1853) ».\n- Hirschberg, H. Z. *A History of the Jews in North Africa* (références ponctuelles à Reggio).\n"
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      "body": "\n## Vie\n\nNé à Gorizia en 1784, Isacco Samuele Reggio — acronyme **Yashar** (יש\"ר) — est l'un des fondateurs du Collegio Rabbinico de Padoue (1829) où Shadal enseignera. Il est rabbin, philosophe rationaliste, éditeur érudit du Ramḥal (Moshe Ḥayyim Luzzatto), et grand collectionneur de manuscrits.\n\nSa collection est acquise par la Bodleian Library dès **1853**, soit douze ans avant la mort de Shadal et seize ans avant la vente du Fonds Luzzatto principal. Plusieurs manuscrits sur lesquels Shadal a travaillé — en particulier des autographes du Ramḥal — sont entrés à Oxford par ce canal antérieur.\n\n## Importance pour le GMPL\n\nReggio est l'un des « canaux » d'entrée du patrimoine du cercle padouan à la Bodleian, distinct de celui d'Isaia Luzzatto en 1869. Le projet MMJMM doit, pour l'inventaire complet, distinguer soigneusement les pièces entrées par le canal Reggio 1853 et celles entrées par le canal Isaia 1869-1870."
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      "body": "\n## Notice\n\nPetit-fils d'Ephraïm Aln'kaoua, actif à Tlemcen à la fin du XVᵉ siècle ou au début du XVIᵉ. Il porte le prénom de son arrière-grand-père — ce qui correspond à la coutume séfarade de nommer un descendant en mémoire d'un ancêtre martyr.\n\nSelon la tradition tlemcénienne, il aurait recopié de sa main le *Menorat ha-Ma'or* d'Israël Aln'kaoua, assurant ainsi la transmission de l'œuvre. La localisation et l'identification de cette copie restent à établir.\n\nCette notice est partielle. Elle illustre l'importance de la **généalogie des copistes** dans la transmission du patrimoine maghrébin — l'un des axes structurants du projet MMJMM."
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      "body": "\n## Vie\n\nNé probablement vers 1310 dans une famille rabbinique de Castille, Israël ben Joseph Aln'kaoua est l'un des grands maîtres de la communauté juive ibérique au XIVᵉ siècle. Selon la notice du rabbin **Achel Hadas-Lebel** (Tlemcen, 1954, conservée par [Morial.fr](https://morial.fr/index.php/rabbins/385-le-rab-ephraim-aln-kaoua)), il portait le titre de **Grand Rabbin de Tolède** — cohérent avec son rang d'auteur du *Menorat ha-Ma'or*.\n\nLa même notice évoque un **ancêtre prestigieux, Samuel Elnkaoua**, ministre à la cour d'**Alphonse IX de Castille** au XIIIᵉ siècle, et fondateur prétendu de l'**Université de Palencia**. La fondation de cette université étant traditionnellement attribuée à Alphonse VIII (vers 1208-1212), l'attribution à Samuel Elnkaoua doit être confirmée sur sources primaires — elle reflète probablement une mémoire familiale plus diffuse de l'intégration ancienne des Aln'kaoua dans l'élite politico-intellectuelle castillane.\n\n**Frères attestés** : selon la même tradition transmise par Ephraïm Alfred Enkaoua (Morial.fr), Israël avait au moins deux frères : **Salomon**, exécuté en martyr peu après lui dans la même vague de persécutions, et **Samuel**, décédé antérieurement en **1345**.\n\nIl meurt **martyr en 1391**, victime des pogroms qui ravagent les communautés juives ibériques. La même tradition rapporte que la persécution fit **plus de 4 000 victimes à Séville** en trois mois et qu'**environ 70 communautés furent anéanties** durant cette vague de violence.\n\n## Tradition retenue : Écija, 6 juin 1391\n\nSelon la tradition la plus circonstanciée — rapportée par **Didier Nebot** dans *Le Manuscrit Sacré* (2026) et adoptée par le projet MMJMM —, **Israël ben Joseph Aln'kaoua est brûlé vif le 6 juin 1391 dans la synagogue d'Écija** (près de Séville), alors qu'il était en train de prier. Il périt en tenant un *Sefer Torah* à la main, et fait partie des **tout premiers martyrs des massacres de l'été 1391**. La cause directe de son martyre aurait été étroitement liée à son œuvre : il venait d'achever le *Menorat ha-Ma'or*, livre destiné à **rendre la Torah accessible à tous** — ce qui constituait, aux yeux de ses persécuteurs, une subversion dangereuse.\n\n## Traditions concurrentes\n\nTrois traditions historiographiques cohabitent :\n\n- **Écija, 6 juin 1391, synagogue (en pleine prière)** — tradition Nebot, *Le Manuscrit Sacré* (2026), retenue par MMJMM ;\n- **Tolède, 5 août 1391, sur le bûcher avec le Grand Rabbin Juda ben Asher** — tradition gmpl26.org (mars 2026) ;\n- **Tolède** sans date précise — Encyclopaedia Judaica.\n\nLes trois témoignent de la **brutalité extrême** des pogroms castillans de l'été 1391, qui détruisent en quelques semaines l'essentiel de la judéité urbaine d'Andalousie et de Castille. Le débat sur le lieu (Écija ou Tolède) est ancien dans l'historiographie : il reflète probablement la circulation, après 1391, d'une mémoire orale partagée entre les communautés survivantes.\n\n## Œuvre\n\nSon œuvre maîtresse est le *Menorat ha-Ma'or* — « Le Chandelier de la Lumière » —, recueil moral encyclopédique rassemblant des enseignements éthiques tirés du Talmud, du midrash et des écrits des Geonim. À distinguer de l'œuvre homonyme d'Isaac Aboab (fin XIVᵉ s.), avec laquelle elle est parfois confondue.\n\nL'édition critique de référence est due au rabbin **Hillel Hyman Gerson Enelow** (Bloch Publishing, New York, 1929-1932, 4 volumes), établie sur l'**unique manuscrit complet connu au monde** : [**MS. Hunt. 161**](/corpus/catalogue/bodleian-ms-hunt-161) de la Bodleian Library d'Oxford (entré par la collection Huntington en **1693**, soit 176 ans avant le Fonds Luzzatto).\n\nL'identification du MS. Hunt. 161 comme témoin unique repose sur la concordance Steinschneider n° 5447 (1852) = Neubauer n° 1485 (1886, Tableau I p. xiv) — voir la fiche manuscrit pour les détails de la chaîne de validation (Schechter 1885, Enelow 1929-32, Beit-Arié & May 1994, Lasri 2010s).\n\n## Innovation linguistique\n\nSelon les travaux de **Ron Lasri** (Université Ben-Gourion du Néguev, années 2010), le *Menorat ha-Ma'or* d'Israël Aln'kaoua constitue **la première anthologie hébraïque à traduire systématiquement de larges portions de l'aggadah talmudique de l'araméen vers l'hébreu** — geste éditorial révolutionnaire visant un public capable de lire l'hébreu mais non l'araméen. C'est une véritable politique linguistique de transmission de la tradition orale, qui fait d'Aln'kaoua un précurseur non seulement de l'éthique sépharade mais d'un mouvement plus large de littérature religieuse non-élitiste en Castille au XIVᵉ siècle.\n\n## Historiographie — d'Aboab à Sefaria\n\nPendant cinq siècles après 1391, l'œuvre d'Aln'kaoua a été éclipsée par son adaptation populaire — le *Menorat ha-Ma'or* d'**Isaac Aboab** (fin XIVᵉ s.) —, qui en reprend des matières identiques sous une forme plus brève et plus pédagogique (division en sept *ner*, *kelalim*, *halakim*). L'œuvre d'Aboab fut imprimée dès Constantinople 1514 et devint l'un des livres juifs les plus lus.\n\nCe n'est qu'en **1885** que **Solomon Schechter** — futur découvreur de la Gueniza du Caire — publie, à partir du manuscrit transmis par Neubauer, la première étude savante moderne (« Über Israel Alnaqua's *Menorat ha-Maor* », *Monatsschrift für Geschichte und Wissenschaft des Judentums*, vol. 34). C'est l'acte de naissance de la recherche moderne sur l'œuvre.\n\nL'**édition Enelow 1929-1932** démontrera ensuite, **contre Zunz** (qui croyait Aboab antérieur), que c'est bien Aln'kaoua l'auteur premier — Aboab n'étant qu'une adaptation tardive.\n\n**S. D. Goitein** (orientaliste, 1900-1985), dans *Davar* (Tel-Aviv, 1932-1933), inscrit Aln'kaoua dans une chaîne littéraire « d'Al-Naqaoua à Agnon » — du martyr de Tolède au prix Nobel hébreu 1966 — et souligne sa portée dans l'histoire du Drash. Il cite notamment la kina hébraïque sur les martyrs de Tolède :\n\n> « Et le Rab Israël, le poète, sur lui je clame une lamentation,\n> Devant tous les fils d'Israël il fut élevé sur le bûcher, l'oppresseur cruel ;\n> Émissaire fidèle de la communauté, il s'immola lui-même de ses propres mains,\n> De cela je crierai en hurlant, vers le Sheol et vers la Maison d'Israël. »\n\nCette kina (publiée par **Cecil Roth**, « A Hebrew Elegy of the Martyrs of Toledo, 1391 », *JQR* 1948) atteste qu'Israël Aln'kaoua fut **hazzan et baal tefilla** (officiant) — ce qui éclaire le chapitre *Tefillah* (440 pages) qui occupe le centre de son livre.\n\nL'œuvre est aujourd'hui intégrée à la bibliothèque numérique **Sefaria** (*sefaria.org/Menorat_HaMaor*), définitivement reconnue comme l'un des classiques de l'éthique juive — aux côtés du *Shenei Luchot ha-Brit* du Shelah et du *Rema*, qui la citaient déjà au XVIᵉ siècle.\n\n## Sources fragmentaires antérieures\n\nAvant Enelow, des fragments substantiels du *Menorat ha-Ma'or* d'Aln'kaoua avaient continué de circuler par des canaux indirects :\n\n- **Élie ben Moïse de Vidas**, *Reshit Hokhmah* (Venise, 1579) — cinq chapitres entiers d'Aln'kaoua intégrés ; circuleront séparément sous le titre *Menorat Zahav* (Cracovie 1593, Jérusalem 1864).\n- **Jacob Emden** (Yaavetz), *Migdal Oz* (Altona, 1748) — dernier chapitre d'Aln'kaoua sur le *Derekh Eretz*.\n- **Isaac ben Eliakim de Posen** (Prague, 1620) — traduction judéo-allemande de ce même chapitre.\n\nCitée comme autorité par le **Rema** (Moïse Isserles, c. 1520-1572) et le **Shenei Luchot ha-Brit** (Shelah, Isaïe Horowitz, c. 1565-1630).\n\n## Sources\n\n**Sources primaires** :\n- **Salomon Ibn Verga**, *Shevet Yehuda* (Andrinople, c. 1550) — première source narrative étendue sur la lignée Aln'kaoua : datation des pogroms au Rosh Hodesh Tamouz 5151 (6 juin 1391), récits sur les martyrs toledans du XIIIᵉ s. (Yehouda et Shmuel Aln'kaoua) et leurs descendants du XIVᵉ s. (Abraham, Yossef, Shlomo Aln'kaoua, dont Abraham notaire d'Alphonse XI, exécuté à Tolède le 30 sept. 1341).\n- **Kina hébraïque sur les martyrs de Tolède** (éditée par Cecil Roth, *JQR* 1948) — atteste qu'Israël Aln'kaoua fut hazzan/baal tefilla.\n\n**Sources secondaires** :\n- **Didier Nebot**, *Le Manuscrit Sacré* (Erick Bonnier, 2026) — tradition Écija / 6 juin 1391 / synagogue, retenue par MMJMM.\n- **Hadas-Lebel, Achel** (rabbin). *Rebi Ephraim Elnkaoua — Rab de Tlemcen (1359-1442)*, livret de huit pages, Tlemcen, **1954** (numérisé par Morial.fr) — titre de « Grand Rabbin de Tolède », ancêtre Samuel Elnkaoua, fratrie Salomon/Samuel.\n- **Enkaoua, Ephraïm Alfred** — *Les dimensions de l'héritage du Rab de Tlemcen* (Morial.fr, consulté mai 2026) — tradition familiale sur la fratrie et le martyre.\n- gmpl26.org (mars 2026) — tradition Tolède / 5 août 1391 / bûcher avec Juda ben Asher.\n- Encyclopaedia Judaica, 2e éd., vol. 20, p. 517, art. « Al-Nakawa, Israel ben Joseph ».\n- Encaoua.org (mai 2026), chapitre 7 « Israël ben Yossef Al-Naqua (†1391) » et chapitre 22.\n\n**Édition critique et historiographie** :\n- **Enelow, Hillel H. G.** (éd.), *Menorat Ha-Maor by R. Israel Ibn Al-Nakawa. From a Unique Manuscript in the Bodleian Library*, 4 vol., New York, Bloch Publishing, 1929-1932 — édition princeps intégrale, sur le manuscrit unique [MS. Hunt. 161](/corpus/catalogue/bodleian-ms-hunt-161).\n- **Schechter, Solomon**, « Über Israel Alnaqua's *Menorat ha-Maor* », *MGWJ* vol. 34, 1885, p. 114-126 et 234-240 — première étude savante moderne.\n- **Goitein, S. D.**, articles dans *Davar* (Tel-Aviv), 1932 et 1933 (« d'Al-Naqaoua à Agnon »).\n- **Lasri, Ron**, thèse Université Ben-Gourion (années 2010) et articles JQR — innovation linguistique araméen→hébreu, littérature non-élitiste castillane.\n- **Yerushalmi, Yosef Hayim**, *Sefardica*, Chandeigne, 1998 — contexte sur le Shevet Yehuda comme première analyse socio-politique de la condition juive en exil.\n\n**Sources documentaires internes** :\n- Dossier de recherche Encaoua (Bernard Bensaïd, [docs/encaoua-sources/](/), 2026) — notamment la *Notice Shevet Yehuda Al-Naqua*, la traduction française de Goitein 1932, et l'étude bodléienne *Les manuscrits Al-Naqawa et leurs trajectoires possibles jusqu'à Oxford*.\n\n## Postérité\n\nSon fils Ephraïm, qui survit aux pogroms, emporte avec lui le manuscrit du *Menorat ha-Ma'or* et fuit vers l'Algérie, où il fondera la communauté juive de Tlemcen. La transmission du *Menorat* a donc été assurée par la fuite et l'exil — ce qui en fait l'un des documents les plus emblématiques du basculement de 1391.\n\nVoir le récit : *De Tolède à Tlemcen, 1391*."
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      "body": "\n## Vie\n\nNé à **Padoue** en 1707, **Moshe Ḥayyim Luzzatto** — connu sous l'acronyme **Ramhal** (רמח״ל) — est l'un des plus grands kabbalistes et écrivains éthiques du judaïsme moderne. Il étudie à Padoue, où il anime un cercle d'études kabbalistiques qui suscitera la controverse rabbinique de son temps — accusé de revendications messianiques et contraint d'arrêter d'écrire sur la kabbale par les rabbins italiens et vénitiens.\n\nIl s'installe ensuite à **Amsterdam** (1735), où il publie certaines de ses œuvres majeures, puis émigre en **terre d'Israël** vers 1743. Il meurt à **Akko** (Saint-Jean-d'Acre) en 1747, lors d'une épidémie, à l'âge de 40 ans.\n\n## Œuvre\n\nLe Ramhal est l'auteur d'un corpus considérable couvrant la **kabbale spéculative** (les ***138 Pitḥei Ḥokhmah***, *Daat Tevunot*), l'**éthique** (***Mesillat Yesharim***, « La Voie des Justes », Amsterdam 1740, devenu un classique mondial de la spiritualité juive), la **logique**, la **rhétorique**, et la **poésie liturgique** (piyyutim, épithalames).\n\nSon influence sur le mussar, le hassidisme, et la kabbale lithuanienne (par le canal du Gaon de Vilna et de ses disciples) est immense. *Mesillat Yesharim* est aujourd'hui encore l'un des textes éthiques juifs les plus lus dans le monde.\n\n## L'homonymie avec Shadal — un point à dissiper\n\nLe Ramhal est **un Luzzatto différent** de **Samuel David Luzzatto (Shadal, 1800-1865)**, le philologue padouan dont le projet MMJMM documente le fonds dispersé en 1869-1870. Les deux sont padouans, séparés d'un siècle exactement, et la proximité onomastique a alimenté plusieurs **confusions historiques** :\n\n- des manuscrits du Ramhal entrés à la Bodleian par la **collection Reggio (1853)** sont parfois rattachés au « Fonds Luzzatto » au sens large, alors qu'ils relèvent strictement de la mouvance Ramhal — Reggio les ayant rassemblés dans le cadre du cercle padouan kabbalistique ;\n- les récits familiaux ou les mémoires communautaires évoquant « les manuscrits Luzzatto » désignent parfois l'un, parfois l'autre, sans toujours être conscients de la distinction.\n\nLe travail du collectif GMPL s'attache à **maintenir la distinction Ramhal / Shadal** dans la description des cotes oxoniennes.\n\n## Manuscrits du Ramhal dans le corpus MJMM\n\nÀ ce jour, le corpus documente trois cotes Bodleian de la collection Reggio explicitement liées au Ramhal :\n\n- [MS. Reggio 11 (= Neubauer 1306)](/corpus/catalogue/bodleian-ms-reggio-11) — Jagel, Avicenne, Levi b. Gershom + matière kabbalistique du Ramhal (étude Benayahu) ;\n- [MS. Reggio 31 (= Neubauer 1901)](/corpus/catalogue/bodleian-ms-reggio-31) — ***Tikkunim ḥadashim***, **autographe Ramhal** au folio 123 (1734), copié par Jacob Shalom à Padoue ca. 1730 ;\n- [MS. Reggio 52 (= Neubauer 2307)](/corpus/catalogue/bodleian-ms-reggio-52) — recueil entièrement luzzattien (au sens Ramhal), Padoue ca. 1725.\n\n## Sources\n\n- *Mesillat Yesharim*, Amsterdam, 1740.\n- Neubauer, A. *Catalogue of the Hebrew Manuscripts in the Bodleian Library*, vol. I, Oxford, 1886.\n- Benayahu, M. — études sur la matière kabbalistique du Ramhal (référencé par gmpl26.org).\n- gmpl26.org (mars 2026), section « Les manuscrits à Oxford — Canal A : collection Reggio ».\n"
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      "body": "\n## Vie\n\nNé à **Salé** (Maroc) le **9 décembre 1848** et mort dans la même ville le **2 août 1935** à l'âge de 88 ans, **Raphaël ben Mordekhaï Encaoua** — souvent translittéré **Ankawa** — est descendant d'une « illustre famille séfarade » (*Encyclopedia.com*), rattachée à la lignée des Alnaqua par la branche marocaine installée à Salé après l'exode séfarade.\n\n**Filiation** :\n- Père : **Mordekhaï Encaoua** (1827-1880), *dayan* à Salé.\n- Grand-père : **Amram Encaoua** (Gibraltar 1804 – Salé 1874), lui-même *dayan* à Gibraltar.\n- Mère : **Vida Bibas**, fille du rabbin **Raphaël Bibas** (ancêtres remontant à la Castille).\n- **Neveu d'[Abraham ben Mordekhaï Ankawa](/personnes/abraham-ankawa)** (Salé 1810 – Oran/Mascara 1890), figure rabbinique majeure de la génération précédente — Amram (grand-père de Raphaël) et Abraham étant frères.\n\n**Formation** :\n- Éducation rabbinique jusqu'à 20 ans auprès du rabbin **Issachar Asseraf**, grand-rabbin de Salé, dont il épouse la fille **Saadia**.\n- Activité commerciale parallèle (boutique de tissus, rue des Consuls à Rabat), avec voyages en Algérie et en Espagne.\n\nSelon David Encaoua (*Généalo-J* n° 135, automne 2018), Raphaël fait partie des **« quatre passeurs de pensée juive d'origine hispano-maghrébine »** de la lignée Encaoua, aux côtés d'Israël Aln'kaoua (XIVᵉ s.), Ephraïm Aln'kaoua (XIVᵉ-XVᵉ s.) et [Abraham Ankawa](/personnes/abraham-ankawa) (XIXᵉ s.).\n\n## Carrière rabbinique\n\n- **1870** (à 22 ans) : nommé **rabbin à Salé** aux côtés de son beau-père Issachar Asseraf.\n- **1880** : Asseraf, en partance pour la Palestine (où il sera nommé grand-rabbin de Jérusalem), confie le tribunal rabbinique de Salé à **trois membres** : Isaac Amzallag, **Messod Encaoua** (Salé 1826-1886, oncle de Raphaël), et **Raphaël Encaoua**. Quelque temps après, Raphaël succède à son oncle Messod et devient le **chef spirituel de la communauté juive de Salé**. À 33 ans, il abandonne totalement le commerce pour se consacrer à ses activités de juriste et d'écrivain.\n- **1912** : nommé **Grand Rabbin du Maroc**.\n- **1918** : devient **président du Haut Tribunal Rabbinique de Rabat** (Supreme Rabbinical Court), cour suprême du judaïsme marocain — institution créée **par dahir de mai 1918** dans le cadre de la **réorganisation des communautés juives par le Protectorat français**. Selon la tradition familiale et plusieurs témoignages contemporains, c'est le **maréchal Hubert Lyautey** lui-même qui le sollicite ; Raphaël accepte malgré une grande réticence initiale due à son humilité.\n- Il **maintient ce poste jusqu'à sa mort en 1935** — soit dix-sept années à la tête de la juridiction rabbinique marocaine.\n\n**Yeshiva et disciples** : Raphaël Encaoua forme à Salé plusieurs élèves qui deviennent eux-mêmes juges de tribunaux rabbiniques marocains :\n- **Abraham Revah** — rabbin et *dayan* à Settat, auteur du *Léabraham Lemekné*.\n- **Mikhaël Issakhar Encaoua** (1895-1972) — son propre fils, qui lui succédera comme Président du Haut Tribunal Rabbinique de Rabat (1966), magistrat à la Cour suprême après l'indépendance du Maroc, puis Grand Rabbin du Maroc jusqu'à son décès le 16 février 1972.\n- **Ephraïm Encaoua** — son petit-fils, Président du Tribunal Rabbinique de Marrakech puis de Tanger.\n- **Mordéchai Encaoua** (autre petit-fils) — Président du Tribunal Rabbinique de Tanger.\n\n## Distinction et postérité\n\n- **1929** : fait **Chevalier de la Légion d'honneur** par le Résident général Lucien Saint.\n- De son vivant, il est désigné comme **« l'Ange Raphaël » (המלאך רפאל)** en raison de sa douceur, de sa compassion et de son empathie envers Juifs et Musulmans. Sa popularité dépasse largement le cadre communautaire — autorités marocaines et chefs religieux musulmans le consultent régulièrement. Lors de la *mimouna* (veille de la fin de Pessah), tous les habitants de Salé et Rabat — Juifs et Musulmans — viennent à son domicile recevoir sa bénédiction, dans un défilé qui dure jusqu'au petit matin.\n- **Maladie et mort** : le vendredi soir 25 Tamouz 5695 (**26 juillet 1935**), il subit une **congestion cérébrale**. Selon la tradition rapportée par son fils Mikhaël, citant le verset *« heureux l'homme qui meurt sous la tente »* (qu'il traduisait par *« heureux l'homme qui a la chance de mourir dans la synagogue »*), son décès intervient une semaine plus tard, le vendredi soir **4 AB 5695 = 2 août 1935**. Les radios du monde entier annoncent son décès.\n- **Funérailles** : environ **40 000 personnes** venues de tout le Maroc assistent aux obsèques. Le cortège, suivi par les hautes autorités françaises et marocaines, traverse Salé à pied depuis le domicile jusqu'au cimetière. Le grand rabbin **Yéhouchoua Berdugo** entonne en pleurant le verset *« Et Moïse s'éleva vers Dieu, je vous ai transporté sur les ailes des aigles… »*. Il est pleuré comme le **« Ner Hamaarav »** (נר המערב) — la Lumière de l'Occident.\n- **Mausolée** : sa tombe au cimetière juif de Salé devient un sanctuaire pour les pèlerins juifs marocains. Un mausolée est érigé autour de la tombe. La **hiloula**, autrefois célébrée à Ouezzen sur la tombe de Rabbi Amram Bendiouane, est désormais fêtée à Salé — environ 50 000 personnes y viennent chaque année, certaines campant pendant une semaine.\n\n## Œuvre — sept livres signés « REM »\n\nL'acronyme **REM** (רא\"ם) sous lequel signait Raphaël Encaoua a un double sens : c'est à la fois le nom hébreu de l'aurochs/buffle (créature dotée d'une force puissante) et l'**acronyme de sa propre identité — Raphaël Encaoua fils de Mordekhaï** (Raphaël = ר, Ankaoua = א, Mordekhaï = ם).\n\nOuvrages identifiés (édité aux frais de l'auteur et distribués gratuitement) :\n\n1. ***Karné Rem* (קרני רא\"ם), tome I** — *Choulhan Aroukh* avec commentaires, **Jérusalem, 1910**.\n2. ***Paamoni Zahab* (פעמוני זהב)** — commentaires sur *Hossen Mishpat*, 4ᵉ section de l'*Arbaa Tourim*, **Jérusalem, 1912**.\n3. ***Toafot Reem*** — traité sur les 4 volumes du *Choulhan Aroukh*, **Casablanca, 1930**.\n4. ***Hadad Vetima* (חדד ותימה)** — commentaires sur les 12 traités du Talmud, **Jérusalem, 1977** (édition posthume).\n5. ***Likouté Massechtott* (ליקוטי מסכתות)** — encore en manuscrit en 1977.\n6. ***Paamon Vérimon* (פעמון ורמון), tome II** de *Paamoni Zahab*, **Jérusalem, 1977** (édition posthume, préface de Hanania Dahan / Marc Encaoua).\n7. ***Karné Rem*, tome II** — encore en manuscrit en 1977.\n\nDe nombreux **écrits restent détenus par des rabbins du Maroc, d'Israël et d'ailleurs** qui le consultaient sur des points juridiques.\n\n## Sources\n\n**Études académiques** :\n- **Encaoua, David**, « Des passeurs de pensée juive d'origine hispano-maghrébine : la lignée Encaoua », *Généalo-J*, n° 135, automne 2018, p. 4-17 — synthèse familiale par un descendant direct (économiste, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne), avec dates précises et bibliographie complète.\n- Hirschberg, H. Z. *A History of the Jews in North Africa*, Brill, 1974-1981.\n\n**Sources primaires et biographiques** :\n- **Encyclopedia.com — Ankawa, Raphael ben Mordecai** (consulté mai 2026).\n- *Le Petit Marocain*, n° 7359, samedi 3 août 1935, p. 1 — « Mort du Grand Rabbin Raphael Encaoua ».\n- *Le Journal du Maroc*, 3 août 1935 — récit des funérailles à Salé.\n- **Dahan, Hanania**, « Harab Raphael Encaoua », revue *Orot*, Brit Yotzé Marocco Béisrael, avril 1979 (en hébreu) — bio détaillée avec photos.\n- **Dahan, Hanania**, préface du livre *Paamon Verimon* de Rebbi Raphaël Encaoua, **Jérusalem 1977** — biographie officielle de la famille, traduite en français par Marc Encaoua (fils du Grand Rabbin Mikhaël Encaoua, petit-fils de Raphaël).\n\n**Sources mémorielles** :\n- Encaoua.org (mai 2026), Chapitre 10 « Raphaël Encaoua, quatrième passeur de pensée juive » et Chapitre 15 « Le Mellah de Salé ».\n- Brown, Kenneth, « Une ville et son mellah : Salé (1880-1930) », in *Juifs du Maroc, Identité et Dialogue*, La Pensée sauvage, 1980, p. 187-201 — description du mellah de Salé et de l'« Impasse du Grand Rabbin ».\n- Schroeter, Daniel & Chetrit, Joseph, « Emancipation and Its Discontents : Jews at the Formative Period of Colonial Rule in Morocco », *Jewish Social Studies*, vol. 13 n° 1, automne 2006 — contexte du protectorat et création du HTR.\n\n**Documentation interne** :\n- Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, [docs/encaoua-sources/](/) (2026) — incluant *Histoire famille Ankaoua* (généalogie complète des branches), photographies de la tombe et du mausolée, scans du *Petit Marocain* du 3 août 1935.\n- Tradition familiale Encaoua transmise par David Encaoua et Bernard Bensaïd (arbre généalogique étendu, ~28 000 individus).\n"
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      "body": "\n## Vie\n\nSalomon Ibn Verga (c. 1460-1554) est médecin, philosophe et historien séfarade né en Espagne. Sa biographie est marquée par la **triple épreuve** de l'expulsion d'Espagne (**1492**), de la conversion forcée au baptême au Portugal (**1497**) et du témoignage direct du **massacre de Lisbonne en 1506**.\n\nRéfugié à **Andrinople** (Edirne, dans l'Empire ottoman) après sa fuite du Portugal, il y compose l'œuvre qui fait sa célébrité, le ***Shevet Yehuda***. La rédaction procède donc d'un **témoin de l'intérieur de la catastrophe ibérique**, et non d'un historien à distance des faits.\n\nŒuvre commencée par son cousin Yehouda Ibn Verga, poursuivie et essentiellement rédigée par Salomon, achevée et éditée par son fils **Joseph Ibn Verga**. Édition princeps : Andrinople, c. 1550 ; deuxième édition 1554.\n\n## Le *Shevet Yehuda* — structure et apport\n\nLe *Shevet Yehuda* (שֵׁבֶט יְהוּדָה — « Le Sceptre de Juda ») rassemble environ **75 récits de persécutions** du peuple juif, depuis la destruction du Second Temple (70 ap. J.-C.) jusqu'à l'époque de l'auteur. Sa singularité littéraire tient à sa forme : Ibn Verga **entrelace les récits historiques avec des dialogues fictifs** où s'expriment rois, philosophes, conseillers de cour et théologiens chrétiens, transformant l'historiographie en méditation politico-philosophique sur la condition juive en exil.\n\nL'ouvrage couvre principalement :\n\n- les **accusations de meurtre rituel** (libelles de sang) — il s'agit du **premier traité juif spécifiquement consacré à leur réfutation** ;\n- les **disputations religieuses judéo-chrétiennes** ;\n- les **décrets d'expulsion et conversions forcées** ;\n- les **massacres contemporains** de l'auteur en Espagne et au Portugal ;\n- une description finale du Temple de Jérusalem et des offices de Pessah et Yom Kippour, comme **contrepoint d'espérance liturgique** au catalogue des malheurs.\n\nSelon **Yosef Hayim Yerushalmi**, le *Shevet Yehuda* constitue « la première, et précoce, tentative d'analyse socio-politique de la condition juive en exil ». Sa thèse politique paradoxale — selon laquelle les rois, plus respectueux de la loi que leurs peuples, sont les meilleurs garants de la sécurité juive, tandis que la malveillance procède du « bas peuple » et de l'exaltation de certains prêtres — préfigure le débat sur les « alliances verticales » que le sionisme politique de Theodor Herzl viendra contester quatre siècles plus tard.\n\nL'œuvre est considérée comme un **ouvrage de transition** entre l'historiographie juive médiévale, dominée par la chronique de martyrs (*memorbücher*), et l'historiographie moderne, marquée par la recherche causale et la mise en perspective comparative.\n\n## Importance pour MMJMM — source primaire de la lignée Aln'kaoua\n\nLe *Shevet Yehuda* constitue, pour la lignée **[Aln'kaoua](/familles/alnkaoua)**, l'une des sources narratives les plus anciennes mentionnant nommément des membres de la famille. **Trois niveaux de mention** sont identifiables, échelonnés sur près de deux siècles :\n\n### 1. Les martyrs toledans du XIIIᵉ siècle\n\nIbn Verga rapporte le récit de **Yehouda et Shmuel Aln'kaoua**, notables à la cour castillane (vraisemblablement sous le règne d'Alphonse IX, 1171-1230), faussement accusés du vol d'objets en or massif au palais. **Torturés, ils furent contraints d'avouer un crime qu'ils n'avaient pas commis, puis pendus à Tolède.** Trois jours après leur exécution, les objets prétendument dérobés furent retrouvés entre les mains d'un serviteur du roi, établissant *a posteriori* leur innocence. Le souverain prit alors l'engagement de ne plus tenir compte des aveux juifs obtenus sous la torture.\n\nCe récit fonctionne comme **exemplum de la calomnie antijuive** et comme plaidoyer juridique implicite. La datation de l'exécution diverge selon les sources : vers 1200 selon Ibn Verga, vers 1300 selon Léopold Zunz (*Zur Geschichte und Literatur*, 1845). Ce point chronologique reste ouvert dans la lignée et mériterait croisement avec les inscriptions hébraïques de Tolède relevées par Moïse Schwab et Cantera-Millas.\n\n### 2. Les descendants du XIVᵉ siècle\n\nL'article ALNAQUA de la *Jewish Encyclopedia* — dont l'autorité est centrale pour l'établissement de la lignée médiévale — cite explicitement Ibn Verga comme source pour **trois descendants** :\n\n- **Abraham Aln'kaoua**, notaire d'**Alphonse XI** (dit le Juste), exécuté à Tolède le **30 septembre 1341, jour de Yom Kippour** ;\n- **Yossef Aln'kaoua** ;\n- **Shlomo Aln'kaoua**.\n\nL'apport d'Ibn Verga sur ces trois figures est médiat — relayé par l'encyclopédisme juif du XXᵉ siècle — mais il participe de la chaîne documentaire qui fonde la lignée.\n\n### 3. Le cadre des massacres de 1391\n\nCompilant environ un siècle après les faits une synthèse des pogroms qui ravagèrent l'Espagne au début de l'été 1391, Ibn Verga **date précisément l'événement au Rosh Hodesh Tamouz 5151 (correspondant au 6 juin 1391)** et décrit sa propagation depuis l'Andalousie vers Séville, Cordoue et Tolède.\n\nC'est exactement le cadre historique dans lequel **[Israël ben Yossef Aln'kaoua](/personnes/israel-alnkaoua)**, grand rabbin de Castille et auteur du *Menorat ha-Ma'or*, périt en martyr — selon la tradition à **Écija**, où il aurait été brûlé vif dans la synagogue en tenant un *Sefer Torah* à la main, le même jour qu'un autre rabbin, Yehuda ben Haroche.\n\nIbn Verga ne nomme pas explicitement Israël Aln'kaoua dans les passages connus de son ouvrage, mais il fournit la **matrice chronologique et géographique de référence** à laquelle viennent se greffer les autres témoignages (élégie de Tolède publiée par Cecil Roth en 1948, Crónica anónima de Enrique III, inscriptions épigraphiques).\n\n## Statut de source pour MMJMM\n\nLe *Shevet Yehuda* représente, avec la *Jewish Encyclopedia* (rubrique « Alnaqua ») et les inscriptions épigraphiques relevées par Moïse Schwab, l'une des **trois sources fondatrices** qui établissent la traçabilité documentaire de la lignée Aln'kaoua au Moyen Âge.\n\nSa valeur tient moins à la précision factuelle qu'à la **mémoire collective** qu'il préserve : il atteste que, dès le XVIᵉ siècle, le nom Aln'kaoua circulait dans la mémoire séfarade comme celui d'une famille de **victimes de la calomnie antijuive** et de **martyrs de la sanctification du Nom**.\n\n## Réserves critiques\n\nDès 1892, **Isidore Loeb** a mis en doute la fiabilité historique d'une partie des données rapportées par Ibn Verga, considérant qu'une fraction du matériau relève davantage de la légende que de la chronique stricte. Cette réserve, constamment rappelée par l'historiographie moderne, invite à manier la source avec discernement : précieuse pour ce qu'elle révèle de la mémoire collective séfarade et du regard porté par un témoin sur sa propre catastrophe, elle l'est moins pour l'établissement de datations précises ou de chaînes factuelles strictes.\n\n## Diffusion\n\nLe *Shevet Yehuda* fut l'un des livres hébraïques les plus diffusés du XVIᵉ siècle. Il fut traduit :\n\n- en **espagnol** par Meir de Leon (Amsterdam, 1640) ;\n- en **latin** par Gentius (Amsterdam, 1651) ;\n- en **allemand** par Meïr Wiener (Hanovre, 1856 ; Leipzig, 1858).\n\nDe nombreuses rééditions hébraïques jalonnent les XVIIIᵉ, XIXᵉ et XXᵉ siècles, parmi lesquelles l'**édition critique de référence d'Azriel Shochat** (Jérusalem, Mossad Bialik, 1947).\n\n## Sources\n\n- IBN VERGA, Salomon, *Shevet Yehuda* (« Le Sceptre de Juda »), composé à Andrinople, édition princeps c. 1550, deuxième édition 1554.\n- SHOCHAT, Azriel (éd.), Jérusalem, Mossad Bialik, **1947** — édition critique hébraïque de référence.\n- COHEN, Jeremy, *A Historian in Exile: Solomon ibn Verga, Shevet Yehudah, and the Jewish-Christian Encounter*, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2017 — étude moderne approfondie.\n- YERUSHALMI, Yosef Hayim, *Sefardica*, trad. C. Aslanoff *et al.*, Paris, Chandeigne, 1998.\n- *Jewish Encyclopedia* (1906), art. « Alnaqua » — pour les descendants du XIVᵉ siècle.\n- Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, [docs/encaoua-sources/](/) (2026) — *Notice Shevet Yehuda Al-Naqua*.\n"
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      "body": "\n## Vie\n\nNé à Trieste en 1800 dans une famille juive italienne, Samuel David Luzzatto — connu sous l'acronyme **Shadal** — est l'un des plus grands philologues juifs du XIXᵉ siècle et l'un des fondateurs italiens de la *Wissenschaft des Judentums*. Il est professeur au **Collegio Rabbinico de Padoue** à partir de 1829 — premier séminaire rabbinique moderne d'Europe. Il y enseigne jusqu'à sa mort en 1865.\n\n## Œuvre\n\nShadal est à la fois exégète, grammairien, historien de la langue hébraïque, éditeur de textes médiévaux, traducteur (de l'italien et du latin vers l'hébreu et inversement), poète et théoricien. Son œuvre publiée est immense ; son œuvre manuscrite (correspondance, brouillons, copies de travail) l'est plus encore.\n\nIl entretient des correspondances suivies avec Zunz, Steinschneider, Rapoport, Krochmal, Geiger, Frankel — soit l'essentiel de l'élite érudite juive européenne de son temps.\n\n## Le collectionneur\n\nAu-delà de l'œuvre, Shadal est l'un des plus grands collectionneurs de manuscrits hébreux de son siècle. Il rassemble en cinquante ans une bibliothèque considérable — le catalogue dressé par son fils Isaia en 1868 contient **1 877 entrées catalographiques**, dont environ **121 manuscrits hébreux** datés du XIIᵉ au XIXᵉ siècle (recoupement gmpl26.org). Il collectionne en philologue : il acquiert ce qui a une valeur philologique (témoins uniques, autographes, manuscrits de minhagim disparus) et non par bibliophilie de prestige.\n\nCette collection, vendue par lots **entre 1869 et 1870** après sa mort, est ce que le collectif GMPL appelle aujourd'hui le **Fonds Luzzatto** — dispersé entre la Bodleian (Oxford), l'AIU (Paris), la British Library, le JTS (New York), Columbia, Parme, Berkeley, etc.\n\n## Les deux canaux d'entrée à la Bodleian\n\nÀ Oxford, les matériaux liés au cercle padouan de Shadal sont entrés par **deux canaux successifs** :\n\n- **Canal A — collection [Isaac Samuel Reggio](/personnes/isaac-samuel-reggio) (1853)** : ~78 cotes `MS. Reggio`, comprenant notamment des autographes et copies du Ramhal (Moshe Ḥayyim Luzzatto, 1707-1747, **à distinguer de Shadal**) du cercle padouan kabbalistique. **16 ans avant** la vente Isaia.\n- **Canal B — vente Isaia Luzzatto (1869-1870)** : la pièce emblématique est le *Maḥzor d'Oran* en 5 volumes (MS. Opp. Add. 4° 84-88), mais 14 autres cotes Neubauer vol. I sont identifiées comme issues du même lot.\n\nAu total, **29 cotes sont identifiées à ce jour sur les 77** comptées par le Groupe Oxford comme appartenant au périmètre Fonds Luzzatto élargi à la Bodleian. Voir la page [Les canaux du Fonds Luzzatto](/corpus/fonds-luzzatto-canaux).\n\nVoir aussi les récits : *Le Fonds Luzzatto, une bibliothèque éclatée* et *Le Maḥzor d'Oran, cinq volumes pour une communauté*."
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      "body": "\n## Vie — une trajectoire transimpériale\n\nShalom Bekache (1848-1927) est l'une des figures **les plus singulières du judaïsme méditerranéen du tournant des XIXᵉ-XXᵉ siècles**. Sa trajectoire le mène de **Mumbai (Bombay)** — où il naît dans la communauté juive bagdadi indienne — à **Safed** (où il se forme dans la tradition rabbinique séfarade-galiléenne), puis à **Alger**, où il s'installe en **1878** et où il devient l'une des **voix majeures de la Haskalah maghrébine**.\n\nSon itinéraire — Mumbai → Safed → Alger — incarne à lui seul la **dimension transimpériale du judaïsme séfarade au XIXᵉ siècle**, sur trois empires successifs (britannique en Inde, ottoman en Galilée, français en Algérie après 1830).\n\n## Œuvre — la Haskalah maghrébine\n\nÀ Alger puis à Tunis, Bekache devient une **figure éditoriale décisive** : il publie **journaux et livres en hébreu et en judéo-arabe**, créant un espace public lettré qui n'existait pas auparavant dans le judaïsme maghrébin. Sa contribution est de **moderniser, sans déraciner**, la culture rabbinique nord-africaine — alphabétiser, imprimer, diffuser, traduire — tout en conservant le lien avec les sources médiévales.\n\nCette stratégie éditoriale fait écho à celle de la **Wissenschaft des Judentums** européenne du même siècle (Zunz, Steinschneider, Reggio, Luzzatto), mais transposée dans le contexte maghrébin et adaptée aux publics locaux. Bekache est, en ce sens, le **passeur méditerranéen** entre la Haskalah ashkénaze-italienne et le judaïsme nord-africain.\n\n## Rôle pour MMJMM — l'égide éditoriale de Tunis 1902\n\nLe rôle central de Bekache pour le corpus MMJMM est son **soutien éditorial à la publication à Tunis en 1902** du *Sha'ar Kevod Hashem* d'[Ephraïm Aln'kaoua](/personnes/ephraim-alnkaoua), édité par [Hayim Bliah](/personnes/hayim-bliah), dayan de Tlemcen.\n\nSelon le rapport de Yves Bentura (avril 2026), bien qu'il ne soit pas l'éditeur direct du *Sha'ar Kevod Hashem*, **l'influence de Bekache sur le milieu du livre à Alger et à Tunis a vraisemblablement facilité la publication**. Sans cet écosystème éditorial qu'il avait contribué à structurer pendant trois décennies, l'édition Bliah de 1902 n'aurait probablement pas trouvé son canal d'impression.\n\nLa trajectoire éditoriale complète est :\n\n```\nManuscrit Bodleian (Opp. 241, XVIᵉ s.)\n   ↓ identification\nShlomo Buber (Galicie, ~1900)\n   ↓ copie photographique commandée par Bliah\nHayim Bliah (Tlemcen) — rédige le commentaire Petah ha-Sha'ar\n   ↓\nShalom Bekache (Alger/Tunis, 1902) — milieu éditorial\n   ↓\nÉdition Tunis 1902 — editio princeps moderne\n```\n\n## Importance pour MMJMM\n\nBekache illustre concrètement le rôle de **Livourne/Alger/Tunis comme nœuds d'impression hébraïque** au tournant du XXᵉ siècle, et la manière dont les **éditeurs séfarades de la Haskalah maghrébine** ont rendu possible la diffusion publique des textes médiévaux maghrébins jusqu'alors confinés aux manuscrits ou aux éditions livournaises rares.\n\nSa trajectoire Mumbai → Safed → Alger est aussi un rappel précieux que **le judaïsme séfarade-méditerranéen du XIXᵉ siècle n'est pas un monde fermé** : c'est un réseau transimpérial qui mobilise des acteurs venus de communautés très éloignées géographiquement (Inde britannique, Galilée ottomane, Maghreb français) au service d'un patrimoine commun.\n\n## Sources\n\n- Édition Tunis 1902 du *Sha'ar Kevod Hashem* — sous l'égide éditoriale de Bekache, édité par Hayim Bliah.\n- Bentura, Yves, *Rapport d'étude du manuscrit Sha'ar Kevod Hashem*, avril 2026 (dossier interne GMPL, [docs/encaoua-sources/](/)) — atteste explicitement le rôle de Bekache.\n- Wikipédia français, art. « Shalom Bekache » (consulté mai 2026).\n- Études sur la Haskalah maghrébine et les réseaux d'impression hébraïque entre Livourne et l'Afrique du Nord (Francesca Bregoli, 2007-2008).\n"
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      "body": "\n## Vie\n\nNé à Palma de Majorque en 1361, Shimon ben Tzemaḥ Duran — acronyme **Rashbatz** — fuit les pogroms de 1391 vers Alger, dont il devient le grand rabbin. C'est lui qui réorganise la communauté juive d'Algérie au lendemain de la catastrophe castillane, dans le cadre des *taqqanot* (ordonnances) avec son contemporain Yitzhak ben Sheshet (Rivash).\n\nSon œuvre principale, le ***Tashbetz*** (acronyme de *Teshuvot Shimon ben Tzemaḥ*), est un vaste recueil de responsa qui devient la référence du judaïsme maghrébin. Il rédige également le *Magen Avot*, traité philosophique et exégétique.\n\n## Note sur la succession à Alger\n\nLe Rashbatz **succède** à [Yitzhak ben Sheshet Perfet (Ribash)](/personnes/yitzhak-ben-sheshet) (1326-1408) à la tête du tribunal rabbinique d'Alger, sans qu'il existe entre eux **aucun lien de parenté** : les deux rabbins, tous deux exilés ibériques après 1391, se sont succédé au poste d'Av Beit Din par cooptation communautaire — non par filiation. Cette précision lève une confusion fréquente dans les sources généalogiques internes (la succession à Alger ne crée pas un lien Duran-Perfet).\n\n## Postérité\n\nSon fils **[Shlomo (Rashbash)](/personnes/shlomo-duran)** (~1400-1467) lui succède à Alger en 1444. Ses petits-fils **[Tzemaḥ ben Shlomo](/personnes/tzemah-ben-shlomo-duran)** et **[Shimon ben Shlomo ha-Sheni](/personnes/shimon-ben-shlomo-duran-ha-sheni)** (1438 – post-1510) co-signeront le recueil *Yakhin u-Voaz* (Livourne, 1782), dont la seconde partie inclut **51 responsa du Rashbatz** lui-même.\n\nTrois générations consécutives, donc, à la tête de la halakha algéroise — auxquelles s'ajoute, à la génération III, **l'alliance matrimoniale avec les Aln'kaoua de Tlemcen** : la fille de [Yehouda ben Ephraïm Aln'kaoua](/personnes/yehuda-alnkaoua) épouse Tzemaḥ ben Shlomo Duran (petit-fils du Rashbatz). Cette union scelle l'entrelacement des deux dynasties rabbiniques fondatrices du judaïsme algérien post-1391 (Alger pour la halakha, Tlemcen pour la spiritualité).\n\n## Mausolée et mémoire\n\nLa tombe du Rashbatz se trouve, avec celle de son contemporain et collègue [Yitzhak ben Sheshet (Rivash)](/personnes/yitzhak-ben-sheshet), au **cimetière israélite de Saint-Eugène** (aujourd'hui Bologhine, à l'ouest d'Alger). Le **Mausolée des Rabbanim Ribash et Rashbats** est documenté par l'[INSSEF](https://www.inssef.com/cimetieres/) et entretenu par l'[Association des Amis des Cimetières de Saint-Eugène Bologhine (ACSE)](http://www.cimetiere-steugene.judaismealgerois.fr/), créée fin 2018.\n\nDans la diaspora algéroise post-1962, une **synagogue Ribach et Rachbats** existe à **Netanya** (Israël), maintenant vivante la mémoire conjointe des deux fondateurs de la halakha algéroise du XVᵉ siècle."
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      "body": "\n## Vie\n\nNé à **Alger en 1438**, mort après 1510. Frère cadet de **[Tzemaḥ ben Shlomo Duran](/personnes/tzemah-ben-shlomo-duran)**, fils du **[Rashbash](/personnes/shlomo-duran)** et petit-fils du **[Rashbatz](/personnes/shimon-bar-tzemah-duran)** — troisième génération de la dynastie rabbinique Duran d'Alger.\n\nSon surnom *ha-Sheni* (« le Second ») le distingue de son grand-père, le Rashbatz (Shimon ben Tzemaḥ Duran), dont il porte le prénom.\n\n## Œuvre — *Yakhin u-Voaz*, seconde partie\n\nCo-auteur, avec son frère aîné, du recueil de responsa **Yakhin u-Voaz** publié à **Livourne en 1782**. La **seconde partie est de sa main** et inclut, fait remarquable, **51 responsa du Rashbatz** lui-même (génération I) — ce qui en fait un recueil familial transgénérationnel précieux pour l'histoire halakhique algéroise du XVᵉ siècle.\n\nL'inclusion de 51 responsa de son grand-père manifeste la conscience qu'avait la troisième génération Duran de constituer une chaîne de transmission cohérente, à préserver et à transmettre.\n\n## Importance pour le projet MMJMM\n\nSa contribution éditoriale au *Yakhin u-Voaz* — en compagnie de son frère et beau-frère par alliance des Aln'kaoua — fait de lui l'un des **garants de l'archive halakhique algéroise du XVᵉ siècle**. C'est notamment grâce à cette compilation tardive que les responsa du Rashbatz, parfois éparpillées dans des cahiers manuscrits, ont été préservées et imprimées.\n\n## Sources\n\n- *Yakhin u-Voaz*, Livourne, 1782 — recueil de responsa, seconde partie de sa main.\n- Encyclopaedia Judaica, art. « Duran, Simeon ben Solomon ».\n- H. Z. Hirschberg, *A History of the Jews in North Africa*, 2 vol., Brill, 1974-1981.\n- Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, [docs/encaoua-sources/](/) (2026) — *Note_Rashbash_Alnaqua*.\n"
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      "body": "\n## Vie\n\nShlomo (Salomon) Buber (1827-1906), né et mort à **Lemberg** (aujourd'hui Lviv, Ukraine) dans une famille rabbinique galicienne, est l'**un des plus grands bibliographes hébraïques du XIXᵉ siècle**. Issu de la tradition rationaliste maïmonidienne (mitnaggdim de Galicie), il consacre sa vie à l'édition critique de **midrashim médiévaux** restés à l'état manuscrit dans les grandes bibliothèques européennes.\n\nIl est aussi **le grand-père du philosophe Martin Buber** (1878-1965), qui sera élevé à Lemberg par ses grands-parents après le divorce de ses parents.\n\n## Œuvre — l'éditeur classique des midrashim\n\nBuber est l'éditeur de référence d'un nombre considérable de midrashim, principalement à partir de manuscrits qu'il identifie dans les grandes collections européennes (Vatican, Parme, Munich, Oxford, Florence) :\n\n- *Pesikta de Rav Kahana* (1868, Lyck) — édition princeps depuis les manuscrits.\n- *Midrash Tehillim* (Vilna, 1891).\n- *Midrash Tanḥuma* (Vilna, 1885).\n- *Midrash Echa Rabba* (Vilna, 1899).\n- *Midrash Shmuel*, *Midrash Mishle*, *Midrash Aggada*, etc.\n\nSa méthode — collation systématique des témoins manuscrits, introduction historico-philologique, notes critiques, index — fait de ses éditions des **références obligées** dans la recherche rabbinique moderne.\n\nSa **connaissance encyclopédique des fonds manuscrits hébreux** dispersés dans les bibliothèques européennes lui vaut une **autorité bibliographique unique** : on s'adresse à lui pour identifier la localisation de tel ou tel manuscrit, ce qui le situe au centre du réseau savant juif européen de la fin du XIXᵉ siècle.\n\n## Rôle pour MMJMM — l'intermédiaire de l'édition Tunis 1902\n\nLe rôle de Shlomo Buber dans le corpus MMJMM est précisément celui d'**identificateur bibliographique** : à la fin du XIXᵉ siècle, le **dayan de Tlemcen [Hayim Bliah](/personnes/hayim-bliah)** souhaitant rééditer le *Sha'ar Kevod Hashem* d'[Ephraïm Aln'kaoua](/personnes/ephraim-alnkaoua) — œuvre devenue rare depuis sa première impression à Livourne en 1820 — envoie ses disciples **R. Abraham ben Samon et R. Samuel Tsoultan** consulter Buber à Lemberg.\n\nSelon le récit transmis par la réédition jérusalémite de 1986 (citée par Y. Bentura, *Rapport d'étude*, avril 2026) :\n\n> « *Rabbi Hayim Bliah envoya ses chers disciples, R. Abraham ben Samon et R. Samuel Tsoultan, consulter le grand chercheur Rabbi Shlomo Buber, qui connaissait les trésors de nombreuses bibliothèques dans le monde, pour qu'il leur indique si un manuscrit du Sha'ar Kevod Hashem du Rav al-Naqawa existait. La réponse fut que le Sha'ar Kevod Hashem se trouvait à la bibliothèque de la ville d'Oxford.* »\n\nBuber identifie le manuscrit comme étant à la **Bodleian Library d'Oxford** — vraisemblablement [MS. Opp. 241](/corpus/catalogue/bodleian-neubauer-939-2) (exemplaire complet de 77 feuillets), plutôt que [MS. Hunt. 559](/corpus/catalogue/bodleian-neubauer-1258-2) dont la fin est manquante. Sur la base de cette identification, Bliah obtient de la Bodleian une **copie photographique** du manuscrit, qui sert de base à l'**édition Tunis 1902**.\n\nSans Buber, l'édition princeps moderne du *Sha'ar Kevod Hashem* n'aurait probablement pas eu lieu — ou aurait été retardée d'une génération.\n\n## Importance pour MMJMM\n\nShlomo Buber illustre concrètement le rôle des **bibliographes européens de la fin du XIXᵉ siècle** dans la transmission du corpus juif médiéval. Sans appartenir au monde maghrébin (il est galicien, ashkénaze), il en est, par sa fonction d'expert bibliographique, **un acteur indirect majeur** : c'est par lui que circule l'information sur la localisation des manuscrits, et donc que se déclenchent les éditions modernes.\n\nSa trajectoire éclaire aussi la **dimension transrégionale** des réseaux savants juifs du XIXᵉ siècle : un dayan tlemcénien (Bliah) s'adresse à un bibliographe galicien (Buber) pour atteindre un manuscrit conservé à Oxford par un chapelain anglais (Huntington, 1693). C'est ce type de réseau que le projet MMJMM cherche à reconstituer pour l'ère numérique.\n\n## Sources\n\n- *Sefer Pesikta de Rav Kahana*, éd. Salomon Buber, Lyck, 1868.\n- *Midrash Tehillim*, *Midrash Tanḥuma*, *Midrash Echa Rabba* — éditions Vilna, 1885-1899.\n- Réédition Jérusalem 1986 du *Sha'ar Kevod Hashem* — préface citant la lettre de Bliah.\n- Bentura, Yves, *Rapport d'étude du manuscrit Sha'ar Kevod Hashem*, avril 2026 (dossier interne GMPL, [docs/encaoua-sources/](/)).\n- Encyclopaedia Judaica, art. « Buber, Solomon ».\n- Wikipedia français/anglais, art. « Solomon Buber » et « Martin Buber » (consultés mai 2026).\n"
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      "url": "https://mmjmm.org/personnes/shlomo-duran",
      "body": "\n## Vie\n\nNé vers **1400 à Alger**, fils unique connu du **Rashbatz** (Shimon ben Tzemaḥ Duran, 1361-1444) — lui-même réfugié de Majorque après les pogroms de 1391. Shlomo ben Shimon Duran — acronyme **Rashbash** (רשב״ש) — succède à son père comme **Av Beit Din** (président du tribunal rabbinique) d'Alger en **1444**, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort en **1467**.\n\nIl devient l'une des autorités halakhiques majeures du judaïsme nord-africain au XVᵉ siècle, dans le réseau dense des échanges rabbiniques entre **Alger, Tlemcen, Mostaganem, Honein, Tenes, Constantine** et **Oran**.\n\n## Œuvres\n\n### *Sefer ha-Rashbash* — Livourne, 1742\n\nRecueil de **plus de six cents responsa** (téchouvot), publié pour la première fois à **Livourne en 1742**. Source historique de premier plan sur la vie juive en Afrique du Nord au XVᵉ siècle : organisation communautaire, rapports entre *toshavim* (Juifs autochtones) et *megorashim* (exilés d'Espagne), questions de droit commercial, statut des femmes, relations avec les autorités musulmanes, rachat des captifs.\n\nL'édition princeps de Livourne 1742 est consultable à la BnF (Paris), à la JTS Library (New York) et à la Bodleian Library (Oxford). Numérisation partielle disponible sur HebrewBooks.org (recherche : שו״ת הרשב״ש). Voir aussi la notice Sefaria « Shlomo ben Shimon Duran ».\n\n### *Milḥemet Ḥovah* — 1437\n\n« Guerre obligatoire » — défense du Talmud rédigée en **1437** contre les attaques du converti **Geronimo de Santa Fé** (figure majeure de la disputation de Tortosa, 1413-1414). Texte polémique inscrit dans la longue tradition d'apologétique juive face aux conversions forcées d'Espagne.\n\n### Lettre à Nathan Nagara de Constantine\n\nÉcrite **dans la langue du Talmud** (mélange d'hébreu rabbinique et d'araméen), elle a été republiée séparément avec un index dans la revue **Kerem Ḥemed, vol. IX, p. 110 sqq.** Témoignage du rayonnement intellectuel inter-communautaire du Rashbash à travers tout le Maghreb central.\n\n## Doctrine — rationaliste anti-kabbaliste\n\nTrait distinctif et **remarquable pour son temps** (où la mystique lourianique commençait à gagner du terrain dans le monde séfarade) : **le Rashbash s'oppose résolument à la Kabbale**. Cette position rationaliste-philosophique le situe dans la lignée intellectuelle de **Maïmonide** — précisément la lignée qu'avait défendue [Ephraïm Aln'kaoua](/personnes/ephraim-alnkaoua) dans son *Sha'ar Kevod Hashem*, écrit en réponse aux critiques de Nahmanide contre le *Guide des égarés*.\n\nCette **convergence doctrinale entre Aln'kaoua et Duran de la deuxième génération** n'est pas accidentelle : elle constitue l'arrière-plan intellectuel qui explique la **correspondance halakhique** entre [Yehouda ben Ephraïm Aln'kaoua](/personnes/yehuda-alnkaoua) et le Rashbash, ainsi que l'**alliance matrimoniale** qui suivit. Dans le paysage rabbinique nord-africain du XVᵉ siècle, où coexistaient courants rationalistes et tendances kabbalistiques, les deux familles appartenaient au même camp doctrinal.\n\n## Responsum n°89 — la position la plus généreuse sur les conversos\n\nDans son **responsum n°89** du *Sefer ha-Rashbash*, le Rashbash adopte **la position la plus généreuse de toute la littérature rabbinique médiévale** sur le statut des descendants d'apostats :\n\n- les enfants nés d'une lignée maternelle juive **restent juifs à perpétuité**, quelles que soient les générations écoulées dans le christianisme ;\n- **aucun bain rituel ni aucun acte formel ne devrait être exigé d'eux** à leur retour au judaïsme — afin, écrit-il explicitement, **de ne pas décourager ce retour**.\n\nCette position, étudiée notamment par **Dora Zsom** (*Conversos in the Responsa of Sephardic Halakhic Authorities in the 15th Century*, 49 responsa de cinq rabbins dont quatre Duran), constitue le **précédent halakhique direct** invoqué par les **Encaoua après 1492** dans leurs propres décisions sur la question marrane. Le lien doctrinal entre les deux familles n'est donc pas seulement intellectuel : il est explicitement assumé dans la chaîne des responsa Encaoua.\n\n## Alliance matrimoniale Aln'kaoua-Duran\n\nLe Rashbash est le **père de Tzemaḥ ben Shlomo Duran et de Shimon ben Shlomo Duran ha-Sheni** (génération III des Duran d'Alger), qui co-signeront le recueil de responsa *Yakhin u-Voaz* (Livourne, 1782).\n\nÀ la génération suivante, **l'une des filles de [Yehouda ben Ephraïm Aln'kaoua](/personnes/yehuda-alnkaoua) épouse [Tzemaḥ ben Shlomo Duran](/personnes/tzemah-ben-shlomo-duran)** — petit-fils du Rashbatz et fils du Rashbash. Cette alliance scelle l'union des deux dynasties rabbiniques fondatrices du judaïsme algérien post-1391, dans une logique d'entrelacement des deux écoles : celle d'Alger autour des Duran, celle de Tlemcen autour des Aln'kaoua.\n\nLe Rashbash devient ainsi le ***mehoutan*** (co-beau-père) de Yehouda Aln'kaoua : leurs enfants respectifs s'épousent à la génération suivante.\n\n## Postérité\n\nL'œuvre du Rashbash exerce une influence durable sur la halakha nord-africaine. Le *Sefer ha-Rashbash* sera abondamment cité par les décisionnaires marocains et algériens des XVIIᵉ-XIXᵉ siècles. Sa position rationaliste sur les conversos est explicitement reprise par les Encaoua, et plus largement par la tradition halakhique sépharade-maghrébine post-1492 — l'une des traditions les plus accueillantes de toute l'histoire juive vis-à-vis des descendants de juifs forcés à la conversion.\n\n## Sources\n\n- *Sefer ha-Rashbash*, Livourne, 1742 (et rééditions ultérieures, notamment Jérusalem XXᵉ s.).\n- *Kerem Ḥemed*, vol. IX, p. 110 sqq. — lettre du Rashbash à Nathan Nagara de Constantine.\n- Encyclopaedia Judaica, art. « Duran, Solomon ben Simeon ».\n- Dora Zsom, *Conversos in the Responsa of Sephardic Halakhic Authorities in the 15th Century* — étude des 49 responsa séfarades sur les conversos, dont 13 du Rashbash et de ses fils.\n- Isidore Epstein, *The Responsa of Simon ben Zemah Duran as a Source of the History of the Jews in North Africa*, Londres, 1930.\n- H. Z. Hirschberg, *A History of the Jews in North Africa*, 2 vol., Brill, 1974-1981.\n- David Encaoua, « Les Encaoua : une famille rabbinique de Tlemcen », *Généalo-J*, n° 135, automne 2018 — atteste la correspondance halakhique Rashbash–Yehouda Aln'kaoua.\n- Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, [docs/encaoua-sources/](/) (2026) — notamment *Note_Rashbash_Alnaqua* et *Encadre_Rashbash_Alnaqua*.\n"
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      "body": "\n## Vie\n\nTzemaḥ ben Shlomo Duran est le **fils du [Rashbash](/personnes/shlomo-duran)** (Shlomo ben Shimon Duran, ~1400-1467) et **petit-fils du [Rashbatz](/personnes/shimon-bar-tzemah-duran)** (Shimon ben Tzemaḥ Duran, 1361-1444) — troisième génération de la dynastie rabbinique Duran d'Alger. Il succède à son père à la tête du rabbinat algérois et clôt la phase fondatrice du judaïsme algérien post-1391.\n\n**Note sur les dates** : la tradition fixait jusqu'ici Tzemaḥ ben Shlomo à 1438-1510, mais ces dates correspondent en réalité à son **frère cadet [Shimon ben Shlomo Duran ha-Sheni](/personnes/shimon-ben-shlomo-duran-ha-sheni)** d'après l'Encyclopaedia Judaica (art. « Duran, Simeon ben Solomon »). Les dates exactes de Tzemaḥ lui-même restent à confirmer ; il est probablement l'aîné des deux frères, donc né **avant 1438**.\n\n## Alliance matrimoniale Aln'kaoua-Duran\n\nSon acte généalogique le plus marquant est son **mariage avec une fille de [Yehouda ben Ephraïm Aln'kaoua](/personnes/yehuda-alnkaoua)** (Tlemcen, Mostaganem, Oran) — alliance matrimoniale qui scelle, à la **troisième génération post-1391**, l'union des deux dynasties rabbiniques fondatrices du judaïsme algérien : les Duran d'Alger (halakha et droit) et les Aln'kaoua de Tlemcen (spirituel et kabbale).\n\nÀ travers cette union, son père le Rashbash devient le ***mehoutan*** (co-beau-père) de Yehouda Aln'kaoua.\n\nC'est cette alliance qui explique en grande partie la **cohérence interne du judaïsme algéro-tlemcénien** sur les trois siècles suivants : ce n'est pas un agrégat de communautés isolées, c'est une **toile rabbinique** dont les mailles se sont nouées dès la troisième génération post-1391.\n\n## Œuvre — *Yakhin u-Voaz*, première partie\n\nCo-auteur, avec son frère cadet **[Shimon ben Shlomo Duran ha-Sheni](/personnes/shimon-ben-shlomo-duran-ha-sheni)** (1438 – post-1510), du recueil de responsa **Yakhin u-Voaz** publié à **Livourne en 1782** (trois siècles après sa rédaction — délai fréquent pour les responsa maghrébines).\n\nLa **première partie est de la main de Tzemaḥ** ; la seconde, de son frère, inclut également **51 responsa du Rashbatz** (génération I). Le titre, emprunté aux deux colonnes du Temple de Salomon, revendique métaphoriquement le statut d'achèvement architectural d'un édifice halakhique transmis sur trois générations.\n\n**Note critique** : la tradition tlemcénienne attribue parfois (à tort) le *Yakhin u-Voaz* à Yehouda Aln'kaoua lui-même — confusion qui s'explique par la proximité dynastique entre Tzemaḥ Duran et son beau-père Yehouda. Les attributions exactes ont été clarifiées par l'Encyclopaedia Judaica (articles « Duran, Simeon ben Solomon » et « Duran, Solomon ben Simeon »).\n\n## Importance pour le projet MMJMM\n\nTzemaḥ ben Shlomo Duran est un **pivot généalogique majeur** du judaïsme maghrébin médiéval. Avec lui s'achève la **dynastie des trois Duran** qui a structuré la halakha algéroise sur près de cent vingt ans (1391-1510). C'est la fin de la phase fondatrice du rabbinat post-1391 — s'ouvre alors la période des héritiers et des élargissements géographiques vers Fès, Tlemcen et Tétouan, où d'autres dynasties prendront le relais.\n\nMais à travers son mariage avec la fille de Yehouda Aln'kaoua, il pose aussi la première pierre du **réseau familial entre Alger et Tlemcen** qui structurera la halakha maghrébine pendant plus d'un siècle.\n\n## Sources\n\n- *Yakhin u-Voaz*, Livourne, 1782 — recueil de responsa, première partie de sa main.\n- Encyclopaedia Judaica, art. « Duran, Simeon ben Solomon » et « Duran, Solomon ben Simeon ».\n- David Encaoua, « Les Encaoua : une famille rabbinique de Tlemcen », *Généalo-J* n° 135, automne 2018 — atteste le mariage avec la fille de Yehouda Aln'kaoua.\n- H. Z. Hirschberg, *A History of the Jews in North Africa*, 2 vol., Brill, 1974-1981.\n- Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, [docs/encaoua-sources/](/) (2026) — *Note_Rashbash_Alnaqua* et *Encadre_Rashbash_Alnaqua*.\n"
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      "body": "\n## Vie\n\n**Yaakov ben Ḥayyim ibn Adoniyah** (Tunis vers 1470 — Venise vers 1538), philologue et massorète **né à Tunis** dans le judaïsme maghrébin oriental. Formé dans les yeshivot tunisiennes, il quitte le Maghreb à la suite des persécutions de la fin du XVᵉ siècle, transite par Rome, et s'installe à **Venise** au début du XVIᵉ siècle.\n\nÀ Venise, il entre au service du grand imprimeur chrétien **Daniel Bomberg**, qui dirige depuis 1515 la première imprimerie hébraïque vénitienne de grande ampleur. Ibn Adoniyah est chargé du travail philologique et éditorial le plus exigeant : préparer une **édition critique du *Tanakh*** accompagnée de la massorah, des targums et des grands commentaires médiévaux.\n\n## Œuvre\n\nLa ***Mikra'ot Gedolot ha-Sheniyah*** — **Seconde Bible Rabbinique de Bomberg** (Venise, 1524-1525) — est le fruit principal de ce travail. Pour l'établir, ibn Adoniyah :\n\n- collationne **plus d'une douzaine de manuscrits** bibliques médiévaux ;\n- rédige un apparat **massorétique** systématique sur les variantes ;\n- rassemble les commentaires médiévaux (Rashi, Ibn Ezra, Radak, Nahmanide) et le *targum* (Onqelos, Jonathan, etc.) ;\n- écrit une introduction technique, le ***Mevo ha-Massoret*** (« Introduction à la Massorah »), qui restera un texte de référence pour la philologie biblique jusqu'au XXᵉ siècle.\n\nCette édition fixe pour quatre siècles le **texte massorétique standard** du *Tanakh*. Toutes les Bibles hébraïques imprimées entre 1525 et le début du XXᵉ siècle en sont, directement ou indirectement, des descendantes.\n\n## Importance pour le corpus MMJMM\n\nIbn Adoniyah documente concrètement la trajectoire d'un **savant maghrébin oriental** (Tunis) devenu pilier d'une entreprise éditoriale chrétienne (Bomberg-Venise) qui a fixé le texte hébreu de la Bible pour la modernité. Sa figure incarne l'**axe Maghreb-Italie** que MMJMM cherche à reconstituer, dans une variante moins connue que les axes occidentaux (Maroc-Espagne-Livourne) ou italo-padouan (Padoue-Bodleian).\n\n## Sources\n\n- Encyclopaedia Judaica, article « Jacob ben Ḥayyim ibn Adonijah ».\n- Penkower, J. S. *Jacob ben Ḥayyim and the Rise of the Biblia Rabbinica*, Hebrew University, 1982 (thèse).\n- Ginsburg, C. D. (éd. et trad.). *Jacob ben Chajim ibn Adonijah's Introduction to the Rabbinic Bible*, Londres, 1867.\n"
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      "body": "\n## Vie\n\nYehuda Aln'kaoua est l'un des fils d'**[Ephraïm Aln'kaoua](/personnes/ephraim-alnkaoua)**, fondateur de la communauté juive de Tlemcen. Il vit au XVᵉ siècle, successivement à **Oran, Mostaganem et Tlemcen** (David Encaoua, *Généalo-J* n°135, 2018).\n\nSa place dans la fratrie reste discutée par les sources généalogiques. Les sources tlemcéniennes traditionnelles le situent comme l'un des deux fils principaux, aux côtés d'Israël (l'aîné, à qui le *Sha'ar Kevod Hashem* a été dédié par leur père). Certaines sources évoquent également un troisième frère, Salomon, voire un quatrième.\n\n## Correspondance halakhique avec le Rashbash\n\nYehouda Aln'kaoua entretenait une **correspondance halakhique régulière** avec le **[Rashbash](/personnes/shlomo-duran)** (Shlomo ben Shimon Duran, ~1400-1467), Av Beit Din d'Alger, attestée par David Encaoua dans *Généalo-J* n°135 (2018).\n\nCette correspondance — d'autant plus précieuse que la deuxième génération Aln'kaoua à Tlemcen est la **moins bien documentée** par les sources internes au projet — témoigne :\n\n- du **rayonnement intellectuel** de Yehouda, suffisamment reconnu comme autorité rabbinique pour échanger avec le chef du tribunal d'Alger ;\n- de l'inscription de Tlemcen dans le **réseau dense des échanges** entre Alger, Constantine, Honein, Tenes, Mostaganem et Oran au XVᵉ siècle ;\n- d'une **convergence doctrinale** entre les deux dynasties — toutes deux ancrées dans le **rationalisme maïmonidien**, opposé à la Kabbale lourianique alors en plein essor à Safed.\n\nSi certaines de ces lettres figurent dans le *Sefer ha-Rashbash* (Livourne, 1742), elles constitueraient une **source primaire de premier ordre** pour documenter la vie de la communauté de Tlemcen dans la génération qui suit immédiatement Rav Ephraïm. Une recherche ciblée sur les occurrences de תלמסאן (Tlemcen), הוניין (Honein), אלנקאוה (Aln'kaoua) et אפרים (Ephraïm) dans le recueil imprimé permettrait d'identifier les responsa pertinentes.\n\n## Alliance matrimoniale Aln'kaoua-Duran\n\nÀ la génération suivante (génération III post-1391), **l'une des filles de Yehouda Aln'kaoua épouse [Tzemaḥ ben Shlomo Duran](/personnes/tzemah-ben-shlomo-duran)** — **petit-fils** du Rashbatz et **fils** du Rashbash, futur co-auteur du recueil *Yakhin u-Voaz* (Livourne, 1782).\n\nCette alliance scelle l'union des deux dynasties rabbiniques fondatrices du judaïsme algérien post-1391, dans une logique d'**entrelacement des deux écoles** : celle d'Alger autour des Duran (halakha et droit), celle de Tlemcen autour des Aln'kaoua (spirituel et kabbale).\n\n**Correction généalogique** (mai 2026) — les sources internes au projet ont parfois rapporté deux versions erronées :\n\n| Erreur fréquente | Fait établi |\n|---|---|\n| « le gendre de Yehouda est *fils du Ribash* » (Yitzhak ben Sheshet Perfet) | Le Ribash et le Rashbatz n'ont **aucun lien de parenté** — simple succession au poste d'Av Beit Din d'Alger sans filiation. |\n| « le gendre de Yehouda est *fils du Rashbatz* » (génération II) | Le gendre est *fils du Rashbash* — donc **petit-fils** du Rashbatz, à la génération III. |\n\nSource d'autorité pour la généalogie Duran sur trois générations : Encyclopaedia Judaica, articles *Duran, Simeon ben Solomon* et *Duran, Solomon ben Simeon*. Cf. également la note de recherche *Note_Rashbash_Alnaqua* du dossier [docs/encaoua-sources/](/).\n\n## Question œuvre — *Yakhin u-Voaz* est-il de Yehouda ?\n\nLa tradition tlemcénienne attribue à Yehouda Aln'kaoua le ***Yakhin u-Voaz***. **Cette attribution est très probablement fautive** : le *Yakhin u-Voaz* est un recueil de responsa publié à **Livourne en 1782**, dont la première partie est due à **Tzemaḥ ben Shlomo Duran** et la seconde à son frère **[Shimon ben Shlomo Duran ha-Sheni](/personnes/shimon-ben-shlomo-duran-ha-sheni)** — tous deux **petits-fils du Rashbatz et fils du Rashbash**.\n\nLa confusion provient probablement de la proximité dynastique entre les deux familles (Tsemah Duran est le gendre de Yehouda Aln'kaoua), ainsi que d'une lecture mal-attribuée des responsa qui circulaient sous des noms voisins dans le monde rabbinique algéro-tlemcénien.\n\nAucune œuvre écrite de Yehouda lui-même n'est donc à ce jour fermement attribuée — sauf, potentiellement, les lettres halakhiques au Rashbash dispersées dans le *Sefer ha-Rashbash* (Livourne, 1742) qui restent à identifier.\n\n## Postérité\n\nSelon les généalogies traditionnelles, c'est de Yehuda et de son frère Israël que descendent toutes les branches Aln'kaoua, Encaoua, Ankawa, Ancaoua, Enkaoua, N'kaoua, Elnekave et autres graphies attestées aujourd'hui en Algérie, au Maroc, en Israël et dans la diaspora mondiale. Parmi les descendants illustres figurent **Rabbi Refael Encaoua de Salé** (1848-1935), grand rabbin du Maroc moderne.\n\n## Sources et bibliographie\n\n**Sources primaires** :\n- *Sefer ha-Rashbash* (Livourne, 1742) — recueil des responsa du Rashbash, susceptible de contenir les lettres échangées avec Yehouda Aln'kaoua. Identification ciblée à conduire.\n- Abraham Encaoua, *Zevaḥim Shelemim*, Oran, XIXᵉ s. (source généalogique sur la branche oranaise).\n\n**Sources secondaires** :\n- David Encaoua, « Les Encaoua : une famille rabbinique de Tlemcen », *Généalo-J* n° 135, automne 2018 — atteste la correspondance halakhique Yehouda Aln'kaoua – Rashbash et le mariage de la fille de Yehouda avec Tzemaḥ ben Shlomo Duran.\n- Encyclopaedia Judaica, articles « Duran, Simeon ben Solomon » et « Duran, Solomon ben Simeon » — généalogie complète des Duran sur quatre générations.\n- Site Morial (descendants oranais), notice biographique du Rab de Tlemcen.\n- Wikipédia français, « Ephraim Al-Naqawa » (consulté mai 2026).\n- H. Z. Hirschberg, *A History of the Jews in North Africa*, 2 vol., Brill, 1974-1981.\n\n**Documentation interne** :\n- Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, [docs/encaoua-sources/](/) (2026) — notamment *Note_Rashbash_Alnaqua* et *Encadre_Rashbash_Alnaqua* (clarification de la généalogie Duran-Aln'kaoua sur trois générations).\n- Notice à compléter par dépouillement du *Shem ha-Gedolim* du Ḥida (probable mention).\n"
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      "body": "\n## Notice\n\n**Yitzhak ben Choushan Encaoua** est, selon les travaux du collectif Encaoua, **la figure rabbinique Encaoua la plus marquante du Moyen Âge ibérique**, antérieure à la grande césure de 1391. Actif au **XIIIᵉ siècle**, il s'inscrit dans le réseau séfarade-provençal de son temps.\n\nSes responsa exercèrent une **influence considérable** au XIIIᵉ siècle, et témoignent de son insertion dans l'élite rabbinique méditerranéenne :\n\n- il était **disciple du Meïri de Perpignan** (Menahem Meïri, 1249-1315) ;\n- il **correspondait avec le Rashba de Barcelone** (Shlomo ben Aderet, 1235-1310), l'une des plus grandes autorités halakhiques séfarades de son siècle.\n\n## Importance pour le corpus MMJMM\n\nL'attestation d'un Encaoua actif au XIIIᵉ siècle, **antérieur de plus d'un siècle à Israël ben Joseph Aln'kaoua de Tolède (†1391)**, indique que la lignée Encaoua était **déjà ancienne et intégrée à l'élite rabbinique ibérique avant les pogroms de 1391**. Cette antériorité éclaire l'ancrage castillano-andalou de la famille avant l'exode vers le Maghreb.\n\n## Manuscrits attribués\n\nSelon les sources rapportées par encaoua.org (chapitre 4) :\n\n- une partie de ses responsa serait conservée à la **Bibliothèque nationale de France** (fonds hébreu, ms. 389) ;\n- une autre partie serait conservée à la **Bibliothèque nationale d'Espagne**.\n\nLe dépouillement direct de ces deux fonds et la confirmation des cotes exactes restent à conduire — c'est l'un des chantiers ouverts par cette intégration.\n\n## Sources\n\n- Encaoua.org (mai 2026), chapitre 4 « Les grandes figures rabbiniques médiévales » et chapitre 5.\n- Encyclopaedia Judaica, articles connexes sur le Meïri et le Rashba.\n- Sources primaires à consulter : Bibliothèque nationale de France, fonds hébreu, ms. 389 (à confirmer) ; Bibliothèque nationale d'Espagne (à confirmer).\n"
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      "name": "Yitzhak ben Sheshet Perfet",
      "nameHebrew": "יצחק בן ששת פרפט",
      "acronym": "Rivash",
      "dates": {
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      "url": "https://mmjmm.org/personnes/yitzhak-ben-sheshet",
      "body": "\n## Vie\n\nNé à **Barcelone en 1326** dans une grande famille rabbinique catalane, **Yitzhak ben Sheshet Perfet** — connu sous l'acronyme **Rivash** (ריב״ש) — est l'un des plus grands posekim séfarades du XIVᵉ siècle. Disciple de **Nissim de Gérone** (le Ran) et de **Perez ha-Cohen**, il exerce comme dayan à Saragosse puis à **Valence**.\n\nLors des **pogroms ibériques de 1391**, il subit la persécution comme le reste de la judéité espagnole. Il s'enfuit avec d'autres réfugiés vers le Maghreb et **s'installe à Alger**, où il devient l'autorité rabbinique reconnue de la communauté reconstituée par les exilés séfarades. Il y est rejoint, peu après, par **[Shimon ben Tzemaḥ Duran](/personnes/shimon-bar-tzemah-duran)** (Rashbatz) avec qui il fonde la dynastie halakhique algéroise du XVᵉ siècle.\n\nIl meurt à **Alger en 1408**.\n\n## Œuvre\n\nL'œuvre majeure du Rivash est son recueil de **responsa** (***She'elot u-Teshuvot ha-Rivash***) — environ **518 réponses** rédigées sur l'ensemble de sa carrière, depuis l'Espagne pré-1391 jusqu'à Alger post-1391. C'est l'un des **monuments du droit halakhique séfarade médiéval**, abondamment cité par Joseph Karo dans le *Beit Yosef* et par toute la littérature halakhique séfarade ultérieure.\n\nL'édition princeps des responsa paraît à **Constantinople en 1546-1547**, et l'œuvre est régulièrement rééditée depuis (Vienne 1793, Vilna 1879, Jérusalem 1968 par H. Y. Z. Metzger qui produit l'édition critique de référence).\n\n## Mausolée et mémoire\n\nLa tombe du Rivash, comme celle du Rashbatz son successeur, se trouve au **cimetière israélite de Saint-Eugène** (aujourd'hui Bologhine, à l'ouest d'Alger). Le **Mausolée des Rabbanim Ribash et Rashbats** y est documenté par l'[INSSEF](https://www.inssef.com/cimetieres/) et par l'[Association des Amis des Cimetières de Saint-Eugène Bologhine (ACSE)](http://www.cimetiere-steugene.judaismealgerois.fr/).\n\nDans la diaspora algéroise, une **synagogue Ribach et Rachbats** existe à **Netanya** (Israël), maintenant vivante la mémoire des deux maîtres.\n\n## Importance pour le corpus MMJMM\n\nAvec [Shimon ben Tzemaḥ Duran](/personnes/shimon-bar-tzemah-duran) (Rashbatz), le Rivash est l'un des **deux fondateurs de la halakha algéroise post-1391**. Son œuvre, contemporaine et complémentaire de celle des [Aln'kaoua](/familles/alnkaoua) à Tlemcen, constitue le **socle juridique séfarade-maghrébin** sur lequel se construit la transmission halakhique des cinq siècles suivants. Voir le récit [*Le Tashbetz — Alger après 1391*](/histoires/le-tashbetz-alger-apres-1391).\n\n## Sources\n\n- *She'elot u-Teshuvot ha-Rivash*, éd. princeps, Constantinople, 1546-1547.\n- Metzger, H. Y. Z. (éd.), *Sefer She'elot u-Teshuvot ha-Rivash*, Jérusalem, 1968 (édition critique de référence).\n- [INSSEF — Cimetières](https://www.inssef.com/cimetieres/) (consulté mai 2026) — Mausolée Ribash-Rashbatz.\n- [Cimetière israélite de Saint-Eugène](http://www.cimetiere-steugene.judaismealgerois.fr/) — site dédié.\n- Hirschberg, H. Z. *A History of the Jews in North Africa*, Brill, 1974-1981.\n- Encyclopaedia Judaica, art. « Isaac ben Sheshet Perfet ».\n"
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