MMJMM

Maroc

Tétouan תיטואן

Depuis 1492

La ville des « Megorashim »

Tétouan est une ville du nord du Maroc, sur le versant méditerranéen, à courte distance de Ceuta. Elle est refondée à la fin du XVᵉ siècle, autour de 1492, par les juifs et musulmans expulsés d’Espagne — particulièrement de Grenade et d’Andalousie. Pour le judaïsme, c’est l’une des fondations sépharades les plus pures : presque toute la communauté descend directement des Megorashim, les « expulsés » d’Espagne.

Une langue particulière

Cette filiation directe explique une particularité majeure : à Tétouan, on parle pendant cinq siècles le Ḥaketía, dialecte judéo-espagnol unique au Maghreb, distinct du Ladino des Sépharades orientaux. C’est un castillan ancien, conservé par insularité culturelle, enrichi d’arabe et d’hébreu. Au moment de l’indépendance du Maroc, le Ḥaketía est encore parlé par plusieurs milliers de personnes ; aujourd’hui il est en voie d’extinction, transmis par une poignée d’érudits et passionnés.

La judería et son minhag

La judería de Tétouan se développe à partir du XVIᵉ siècle. La communauté établit ses propres synagogues, son tribunal rabbinique, son cimetière (qui existe toujours et fait l’objet d’efforts patrimoniaux). Elle dialogue régulièrement avec Fès — la grande métropole rabbinique marocaine — mais conserve une identité propre, plus directement sépharade.

Le minhag de Tétouan est particulièrement riche en piyyutim. Le manuscrit mentionné au numéro 52 du catalogue Joseph Luzzatto 1868 décrit 231 piyyutim de 70 auteurs différents — un corpus liturgique exceptionnel par son ampleur, dont la localisation actuelle reste à déterminer.

XIXᵉ siècle

La guerre hispano-marocaine de 1859-1860 marque un tournant. L’armée espagnole occupe Tétouan pendant deux ans (1860-1862). C’est lors de cet épisode que l’Alliance Israélite Universelle, fondée en 1860, intervient pour la première fois en faveur de la communauté juive du Maroc — l’école AIU de Tétouan est créée en 1862, c’est la première école AIU au monde après celle de Paris.

Cette intervention marque le début d’une modernisation rapide de la communauté, qui adopte progressivement le français et l’espagnol comme langues de culture parallèles à l’hébreu et au Ḥaketía.

Le XXᵉ siècle et la diaspora

Sous protectorat espagnol (1912-1956), Tétouan reste un centre culturel sépharade actif. Les juifs y prospèrent — commerçants, professions libérales, écrivains.

L’indépendance du Maroc en 1956, suivie des tensions des décennies 1960-1970, déclenche une émigration massive et particulière : contrairement aux autres communautés marocaines qui se dirigent vers la France ou Israël, beaucoup de Tétouanais partent vers le Venezuela, l’Argentine et l’Espagne, en raison de la langue commune. La diaspora tétouanaise contemporaine est ainsi disséminée entre Caracas, Buenos Aires, Madrid, Tel-Aviv, et plus marginalement Paris et Montréal.

Aujourd’hui

Quelques dizaines de juifs vivent encore à Tétouan. Le cimetière, les synagogues principales et le mellah sont en partie restaurés. Les associations de Tétouanais à travers le monde travaillent activement à la transmission de la mémoire et de la langue. Le projet MMJMM voit dans cette diaspora bilingue et culturellement très consciente d’elle-même un partenaire naturel pour la documentation du patrimoine manuscrit de la ville.

Repères

Diaspora moderne

Principaux lieux où vivent aujourd’hui les descendants de la communauté :

  • Caracas
  • Madrid
  • Israël
  • France
  • Argentine

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