Ḥida
Ḥayyim Yosef David Azoulai חיים יוסף דוד אזולאי
1724–1806
Jérusalem · Hébron · Tunis · Livourne · Pise
Auteur canonique du corpus
Notice
- Rôles
-
- Rabbin
- Kabbaliste
- Collectionneur
- Bibliographe
- Lieux d’activité
- Jérusalem · Hébron · Tunis · Livourne · Pise
- Floruit
- 1724-1806
Vie
Né à Jérusalem en 1724 dans une vieille famille rabbinique, Ḥayyim Yosef David Azoulai — connu sous l’acronyme Ḥida (חיד״א) — descend de Rabbi Avraham Azoulay, kabbaliste originaire de Fès émigré en Erets Israël vers 1620. Cette ascendance marocaine est importante : elle inscrit le Ḥida, dès l’origine, dans le continuum Jérusalem-Maghreb-Italie qu’il parcourra lui-même toute sa vie.
Il étudie à Jérusalem auprès de plusieurs maîtres prestigieux, parmi lesquels Ḥayim ibn Attar (l’Or ha-Ḥayim), Shalom Sharabi (le Rashash) et Isaac HaKohen Rapoport. Dès l’âge de douze ans, il commence à rédiger des nouveautés halakhiques. À 29 ans, il est désigné comme shadar — émissaire des communautés de Jérusalem et d’Hébron — pour parcourir les communautés juives du monde afin d’y collecter des fonds.
Deux grands voyages
Contrairement à ce que rapportent parfois les notices populaires (qui évoquent trois voyages), les sources scientifiques actuelles établissent deux grandes missions :
- Première mission, 1753-1757 : Italie, terres allemandes, Europe occidentale, jusqu’à Londres et Amsterdam.
- Seconde mission, 1772-1778 : Tunisie, Italie, France (où il est reçu à Versailles par Louis XVI), Hollande.
Lors de la seconde mission, le Ḥida est retenu huit mois à Tunis entre 1773 et 1774, contre son gré, dans la maison du Qaïd Tanuji (représentant juif officiel auprès du gouvernement musulman). Pendant ce séjour forcé, il devient témoin et arbitre d’un grave conflit interne entre l’élite locale conservatrice — les Tuansa — et la minorité d’influence européenne — les Livournais (Grana). Il y rencontre les principaux rabbins tunisois, parmi lesquels Tzemaḥ Tzarfati, Avraham Cohen (Baba Rebbi), Avraham Taïeb (Baba Sidi), Yitzḥak Lumbroso et Messaoud Elfassi — tous ultérieurement mentionnés dans le Shem ha-Gedolim. Il distingue particulièrement, parmi les jeunes étudiants, le futur Rabbi Ḥaï Taïeb (1760-1837), dont il dit : « Des trois jeunes étudiants que j’ai remarqués, celui du milieu est entier, parfait. »
Le Ḥida n’a pas franchi la frontière algérienne et n’a donc pas visité Tlemcen, Alger ou Oran. Ses contacts avec le judaïsme algérien et marocain ont donc dû passer par correspondance, par les rabbins maghrébins de passage à Tunis ou Livourne, et par les livres des bibliothèques qu’il consultait partout où il passait.
Après les voyages — Livourne, 1778-1806
À partir de 1778, le Ḥida ne retourne plus à Jérusalem. Il s’installe à Livourne, où il vivra ses vingt-huit dernières années. Il y épouse Rachel en seconde noce à Pise le 28 octobre 1778. Il y publie l’essentiel de son œuvre. Il y meurt le 11 Adar 5566 (1ᵉʳ mars 1806), un vendredi soir, Shabbat Zakhor.
Pourquoi Livourne ? Parce que la ville est alors le pivot du commonwealth sépharade-maghrébin. C’est là qu’arrive l’imprimerie hébraïque destinée au Maghreb. C’est là qu’on accède aux correspondances de Fès, Alger, Tunis, Salé. C’est là, en somme, qu’un savant peut continuer à tout savoir sans s’épuiser à voyager. Livourne est aussi, et ce n’est pas un hasard, le port d’arrivée des manuscrits du Maghreb vers l’Europe — c’est par Livourne qu’arriveront chez Shadal, trente ans plus tard, le Maḥzor d’Oran et plusieurs autres pièces maghrébines majeures.
Œuvre
Le Ḥida est, avec environ 71 ouvrages, l’un des auteurs les plus prolifiques de l’histoire rabbinique sépharade.
Son œuvre majeure est le Shem ha-Gedolim (« Le Nom des Grands »), publié pour la première fois à Livourne en 1774 et augmenté plusieurs éditions. C’est la première bibliographie raisonnée de toute la littérature rabbinique depuis ses origines. L’ouvrage est organisé en deux volumes :
- Shem ha-Gedolim proprement dit : dictionnaire des auteurs, par ordre alphabétique du prénom hébraïque (environ 1 500 noms).
- Va’ad la-Ḥakhamim : dictionnaire des œuvres rabbiniques, par ordre alphabétique des titres.
Autres œuvres principales : Birkei Yosef (commentaire du Shulḥan Aroukh), Ḥayim Sha’al (responsa), Maagal Tov (journal de voyages, demeuré inédit de son vivant, publié à Berlin en 1921 par Aron Freimann).
Rapport au judaïsme maghrébin et place dans le projet MJMM
Le Ḥida est, dans la généalogie intellectuelle du projet MJMM, un ancêtre direct à plusieurs titres.
Bibliographique : son Shem ha-Gedolim contient les premières notices imprimées rassemblant des informations sur les grands rabbins maghrébins médiévaux et pré-modernes — y compris les Aln’kaoua de Tlemcen (dont la notice mérite un dépouillement précis dans le cadre du projet). C’est, dans bien des cas, le premier témoignage extérieur fiable sur ces auteurs.
Méthodologique : il est le premier à avoir eu l’idée qu’on pouvait — et qu’on devait — tout cataloguer. Toutes les grandes bibliographies postérieures (Steinschneider, Neubauer, Benjacob, Beit-Arié, Ktiv) sont des prolongements partiels de cette intuition.
Géographique : sa trajectoire personnelle (origines marocaines, naissance à Jérusalem, séjour forcé à Tunis, installation à Livourne) incarne le continuum Jérusalem-Maghreb-Italie qui structure le judaïsme méditerranéen pré-moderne. Sa correspondance et ses recueils de responsa contiennent presque certainement des traces de questions envoyées par des rabbins algériens et marocains — y compris potentiellement par des descendants Aln’kaoua de Tlemcen ou d’Alger, qui auraient été ses contemporains à la quatrième ou cinquième génération après le Rab fondateur.
Le dépouillement systématique du Shem ha-Gedolim, du Maagal Tov et des responsa du Ḥida pour identifier toutes les mentions explicites des familles maghrébines médiévales (Aln’kaoua, Duran, Berdugo, ibn Tzur, Toledano, Cansino, ben Malka) est l’une des tâches prioritaires de l’année 1 du projet MJMM.
Sources et bibliographie
- Maagal Tov ha-Shalem, édition Aron Freimann, Berlin, 1921 (réédition CreateSpace, 2016).
- Shem ha-Gedolim, Livourne, 1774 ; rééditions successives.
- Lehmann, Matthias B. Emissaries from the Holy Land : The Sephardic Diaspora and the Practice of Pan-Judaism in the Eighteenth Century. Stanford University Press, 2014.
- Cohen, Oded. « The Freedom of Editing : Isaac Benjacob’s Re-Editing of Hida’s Shem Ha-Gedolim. » Zutot, vol. 10, n° 1, 2013, p. 71-86.
- Étude récente (2025) sur le séjour forcé du Ḥida à Tunis, Et-Mol, n° 294, p. 22-25 (en hébreu).
- Notice bibliothèque AIU : https://www.bibliotheque-numerique-aiu.org/records/item/15989
Œuvres et témoins manuscrits
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Shem ha-Gedolim (Livourne, 1774)
Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.
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Birkei Yosef (Livourne, 1774-1776)
Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.
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Maagal Tov (journal de voyages, posthume, Berlin 1921)
Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.
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Ḥayim Sha'al (responsa)
Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.