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    Israël ben Joseph Aln'kaoua ישראל בן יוסף אלנקאוה

    1310–1391

    Tolède

    Auteur canonique du corpus

    Notice

    Rôles
    • Rabbin
    • Kabbaliste
    Famille
    Aln'kaoua (Encaoua, Ankawa…)
    Lieux d’activité
    Tolède
    Floruit
    ca. 1310-1391

    Vie

    Né probablement vers 1310 dans une famille rabbinique de Castille, Israël ben Joseph Aln’kaoua est l’un des grands maîtres de la communauté juive ibérique au XIVᵉ siècle. Selon la notice du rabbin Achel Hadas-Lebel (Tlemcen, 1954, conservée par Morial.fr), il portait le titre de Grand Rabbin de Tolède — cohérent avec son rang d’auteur du Menorat ha-Ma’or.

    La même notice évoque un ancêtre prestigieux, Samuel Elnkaoua, ministre à la cour d’Alphonse IX de Castille au XIIIᵉ siècle, et fondateur prétendu de l’Université de Palencia. La fondation de cette université étant traditionnellement attribuée à Alphonse VIII (vers 1208-1212), l’attribution à Samuel Elnkaoua doit être confirmée sur sources primaires — elle reflète probablement une mémoire familiale plus diffuse de l’intégration ancienne des Aln’kaoua dans l’élite politico-intellectuelle castillane.

    Frères attestés : selon la même tradition transmise par Ephraïm Alfred Enkaoua (Morial.fr), Israël avait au moins deux frères : Salomon, exécuté en martyr peu après lui dans la même vague de persécutions, et Samuel, décédé antérieurement en 1345.

    Il meurt martyr en 1391, victime des pogroms qui ravagent les communautés juives ibériques. La même tradition rapporte que la persécution fit plus de 4 000 victimes à Séville en trois mois et qu’environ 70 communautés furent anéanties durant cette vague de violence.

    Tradition retenue : Écija, 6 juin 1391

    Selon la tradition la plus circonstanciée — rapportée par Didier Nebot dans Le Manuscrit Sacré (2026) et adoptée par le projet MMJMM —, Israël ben Joseph Aln’kaoua est brûlé vif le 6 juin 1391 dans la synagogue d’Écija (près de Séville), alors qu’il était en train de prier. Il périt en tenant un Sefer Torah à la main, et fait partie des tout premiers martyrs des massacres de l’été 1391. La cause directe de son martyre aurait été étroitement liée à son œuvre : il venait d’achever le Menorat ha-Ma’or, livre destiné à rendre la Torah accessible à tous — ce qui constituait, aux yeux de ses persécuteurs, une subversion dangereuse.

    Traditions concurrentes

    Trois traditions historiographiques cohabitent :

    • Écija, 6 juin 1391, synagogue (en pleine prière) — tradition Nebot, Le Manuscrit Sacré (2026), retenue par MMJMM ;
    • Tolède, 5 août 1391, sur le bûcher avec le Grand Rabbin Juda ben Asher — tradition gmpl26.org (mars 2026) ;
    • Tolède sans date précise — Encyclopaedia Judaica.

    Les trois témoignent de la brutalité extrême des pogroms castillans de l’été 1391, qui détruisent en quelques semaines l’essentiel de la judéité urbaine d’Andalousie et de Castille. Le débat sur le lieu (Écija ou Tolède) est ancien dans l’historiographie : il reflète probablement la circulation, après 1391, d’une mémoire orale partagée entre les communautés survivantes.

    Œuvre

    Son œuvre maîtresse est le Menorat ha-Ma’or — « Le Chandelier de la Lumière » —, recueil moral encyclopédique rassemblant des enseignements éthiques tirés du Talmud, du midrash et des écrits des Geonim. À distinguer de l’œuvre homonyme d’Isaac Aboab (fin XIVᵉ s.), avec laquelle elle est parfois confondue.

    L’édition critique de référence est due au rabbin Hillel Hyman Gerson Enelow (Bloch Publishing, New York, 1929-1932, 4 volumes), établie sur l’unique manuscrit complet connu au monde : MS. Hunt. 161 de la Bodleian Library d’Oxford (entré par la collection Huntington en 1693, soit 176 ans avant le Fonds Luzzatto).

    L’identification du MS. Hunt. 161 comme témoin unique repose sur la concordance Steinschneider n° 5447 (1852) = Neubauer n° 1485 (1886, Tableau I p. xiv) — voir la fiche manuscrit pour les détails de la chaîne de validation (Schechter 1885, Enelow 1929-32, Beit-Arié & May 1994, Lasri 2010s).

    Innovation linguistique

    Selon les travaux de Ron Lasri (Université Ben-Gourion du Néguev, années 2010), le Menorat ha-Ma’or d’Israël Aln’kaoua constitue la première anthologie hébraïque à traduire systématiquement de larges portions de l’aggadah talmudique de l’araméen vers l’hébreu — geste éditorial révolutionnaire visant un public capable de lire l’hébreu mais non l’araméen. C’est une véritable politique linguistique de transmission de la tradition orale, qui fait d’Aln’kaoua un précurseur non seulement de l’éthique sépharade mais d’un mouvement plus large de littérature religieuse non-élitiste en Castille au XIVᵉ siècle.

    Historiographie — d’Aboab à Sefaria

    Pendant cinq siècles après 1391, l’œuvre d’Aln’kaoua a été éclipsée par son adaptation populaire — le Menorat ha-Ma’or d’Isaac Aboab (fin XIVᵉ s.) —, qui en reprend des matières identiques sous une forme plus brève et plus pédagogique (division en sept ner, kelalim, halakim). L’œuvre d’Aboab fut imprimée dès Constantinople 1514 et devint l’un des livres juifs les plus lus.

    Ce n’est qu’en 1885 que Solomon Schechter — futur découvreur de la Gueniza du Caire — publie, à partir du manuscrit transmis par Neubauer, la première étude savante moderne (« Über Israel Alnaqua’s Menorat ha-Maor », Monatsschrift für Geschichte und Wissenschaft des Judentums, vol. 34). C’est l’acte de naissance de la recherche moderne sur l’œuvre.

    L’édition Enelow 1929-1932 démontrera ensuite, contre Zunz (qui croyait Aboab antérieur), que c’est bien Aln’kaoua l’auteur premier — Aboab n’étant qu’une adaptation tardive.

    S. D. Goitein (orientaliste, 1900-1985), dans Davar (Tel-Aviv, 1932-1933), inscrit Aln’kaoua dans une chaîne littéraire « d’Al-Naqaoua à Agnon » — du martyr de Tolède au prix Nobel hébreu 1966 — et souligne sa portée dans l’histoire du Drash. Il cite notamment la kina hébraïque sur les martyrs de Tolède :

    « Et le Rab Israël, le poète, sur lui je clame une lamentation, Devant tous les fils d’Israël il fut élevé sur le bûcher, l’oppresseur cruel ; Émissaire fidèle de la communauté, il s’immola lui-même de ses propres mains, De cela je crierai en hurlant, vers le Sheol et vers la Maison d’Israël. »

    Cette kina (publiée par Cecil Roth, « A Hebrew Elegy of the Martyrs of Toledo, 1391 », JQR 1948) atteste qu’Israël Aln’kaoua fut hazzan et baal tefilla (officiant) — ce qui éclaire le chapitre Tefillah (440 pages) qui occupe le centre de son livre.

    L’œuvre est aujourd’hui intégrée à la bibliothèque numérique Sefaria (sefaria.org/Menorat_HaMaor), définitivement reconnue comme l’un des classiques de l’éthique juive — aux côtés du Shenei Luchot ha-Brit du Shelah et du Rema, qui la citaient déjà au XVIᵉ siècle.

    Sources fragmentaires antérieures

    Avant Enelow, des fragments substantiels du Menorat ha-Ma’or d’Aln’kaoua avaient continué de circuler par des canaux indirects :

    • Élie ben Moïse de Vidas, Reshit Hokhmah (Venise, 1579) — cinq chapitres entiers d’Aln’kaoua intégrés ; circuleront séparément sous le titre Menorat Zahav (Cracovie 1593, Jérusalem 1864).
    • Jacob Emden (Yaavetz), Migdal Oz (Altona, 1748) — dernier chapitre d’Aln’kaoua sur le Derekh Eretz.
    • Isaac ben Eliakim de Posen (Prague, 1620) — traduction judéo-allemande de ce même chapitre.

    Citée comme autorité par le Rema (Moïse Isserles, c. 1520-1572) et le Shenei Luchot ha-Brit (Shelah, Isaïe Horowitz, c. 1565-1630).

    Sources

    Sources primaires :

    • Salomon Ibn Verga, Shevet Yehuda (Andrinople, c. 1550) — première source narrative étendue sur la lignée Aln’kaoua : datation des pogroms au Rosh Hodesh Tamouz 5151 (6 juin 1391), récits sur les martyrs toledans du XIIIᵉ s. (Yehouda et Shmuel Aln’kaoua) et leurs descendants du XIVᵉ s. (Abraham, Yossef, Shlomo Aln’kaoua, dont Abraham notaire d’Alphonse XI, exécuté à Tolède le 30 sept. 1341).
    • Kina hébraïque sur les martyrs de Tolède (éditée par Cecil Roth, JQR 1948) — atteste qu’Israël Aln’kaoua fut hazzan/baal tefilla.

    Sources secondaires :

    • Didier Nebot, Le Manuscrit Sacré (Erick Bonnier, 2026) — tradition Écija / 6 juin 1391 / synagogue, retenue par MMJMM.
    • Hadas-Lebel, Achel (rabbin). Rebi Ephraim Elnkaoua — Rab de Tlemcen (1359-1442), livret de huit pages, Tlemcen, 1954 (numérisé par Morial.fr) — titre de « Grand Rabbin de Tolède », ancêtre Samuel Elnkaoua, fratrie Salomon/Samuel.
    • Enkaoua, Ephraïm AlfredLes dimensions de l’héritage du Rab de Tlemcen (Morial.fr, consulté mai 2026) — tradition familiale sur la fratrie et le martyre.
    • gmpl26.org (mars 2026) — tradition Tolède / 5 août 1391 / bûcher avec Juda ben Asher.
    • Encyclopaedia Judaica, 2e éd., vol. 20, p. 517, art. « Al-Nakawa, Israel ben Joseph ».
    • Encaoua.org (mai 2026), chapitre 7 « Israël ben Yossef Al-Naqua (†1391) » et chapitre 22.

    Édition critique et historiographie :

    • Enelow, Hillel H. G. (éd.), Menorat Ha-Maor by R. Israel Ibn Al-Nakawa. From a Unique Manuscript in the Bodleian Library, 4 vol., New York, Bloch Publishing, 1929-1932 — édition princeps intégrale, sur le manuscrit unique MS. Hunt. 161.
    • Schechter, Solomon, « Über Israel Alnaqua’s Menorat ha-Maor », MGWJ vol. 34, 1885, p. 114-126 et 234-240 — première étude savante moderne.
    • Goitein, S. D., articles dans Davar (Tel-Aviv), 1932 et 1933 (« d’Al-Naqaoua à Agnon »).
    • Lasri, Ron, thèse Université Ben-Gourion (années 2010) et articles JQR — innovation linguistique araméen→hébreu, littérature non-élitiste castillane.
    • Yerushalmi, Yosef Hayim, Sefardica, Chandeigne, 1998 — contexte sur le Shevet Yehuda comme première analyse socio-politique de la condition juive en exil.

    Sources documentaires internes :

    • Dossier de recherche Encaoua (Bernard Bensaïd, docs/encaoua-sources/, 2026) — notamment la Notice Shevet Yehuda Al-Naqua, la traduction française de Goitein 1932, et l’étude bodléienne Les manuscrits Al-Naqawa et leurs trajectoires possibles jusqu’à Oxford.

    Postérité

    Son fils Ephraïm, qui survit aux pogroms, emporte avec lui le manuscrit du Menorat ha-Ma’or et fuit vers l’Algérie, où il fondera la communauté juive de Tlemcen. La transmission du Menorat a donc été assurée par la fuite et l’exil — ce qui en fait l’un des documents les plus emblématiques du basculement de 1391.

    Voir le récit : De Tolède à Tlemcen, 1391.

    Contributions communautaires

    Notes, sources et corrections soumises par les membres et validées par l'équipe scientifique.

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