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    Abraham ben Mordekhaï Ankawa אברהם בן מרדכי אנקאוה

    1810–1890

    Salé · Livourne · Tlemcen · Oran

    Auteur canonique du corpus

    Notice

    Rôles
    • Rabbin
    • Kabbaliste
    • Philosophe
    Famille
    Aln'kaoua (Encaoua, Ankawa…)
    Lieux d’activité
    Salé · Livourne · Tlemcen · Oran
    Floruit
    1810-1890

    Vie

    Né à Salé (Maroc) en 1810, Abraham ben Mordekhaï Ankawa est, selon la Jewish Encyclopedia (1906), descendant de la famille Alnaqua — confirmation explicite du lien de filiation avec la lignée fondée à Tlemcen par Ephraïm Aln’kaoua au tournant des XIVᵉ-XVᵉ siècles. La famille, probablement d’origine castillane, s’était installée à Tlemcen et à Salé après l’exode séfarade.

    Son père, Mordekhaï Ankawa (1779-1840), était dayan à Salé et président de la communauté. Son grand-père, Moshé Ankawa (Alger 1758 – Salé 1820), avait été lui-même dayan à Salé — la famille était donc déjà solidement implantée dans le rabbinat marocain quand naît Abraham.

    Abraham reçoit dans cette ville sa formation talmudique et y exerce comme dayan (juge rabbinique). Il est par ailleurs shoḥet (sacrificateur rituel) — spécialité halakhique qui marquera plusieurs de ses œuvres écrites.

    Selon David Encaoua (Généalo-J n° 135, automne 2018), Abraham fait partie des « quatre passeurs de pensée juive d’origine hispano-maghrébine » de la lignée Encaoua, aux côtés d’Israël Aln’kaoua (XIVᵉ s.), Ephraïm Aln’kaoua (XIVᵉ-XVᵉ s.) et Raphaël Encaoua (XIXᵉ-XXᵉ s.).

    Voyages et académie de Tlemcen

    Son parcours géographique témoigne de l’étendue du réseau séfarade-maghrébin au XIXᵉ siècle :

    • Vers 1838, voyage à Livourne pour superviser l’impression de ses premières œuvres. Il y publie Zekhor le-Avraham, exposé des lois alimentaires en vers avec son commentaire.
    • À son retour, il visite plusieurs villes du Maroc et de la région d’Oran, à la recherche de matériaux pour ses œuvres halakhiques.
    • 1834 : premier voyage en Algérie, à Oran — quatre ans après l’occupation française d’Alger (Marglin 2014).
    • 1843 : pèlerinage à Jérusalem, où il publie son second livre, Hukkat ha-Pesah (« La Loi de la Pâque ») — une haggada avec traduction et commentaire mystique en judéo-arabe.
    • 1846, incident au Maroc : Abraham Ankawa convainc une jeune femme juive convertie à l’islam de revenir au judaïsme. L’intervention est dévoilée, il est brièvement emprisonné. Il quitte le Maroc définitivement pour s’installer en Algérie (Marglin 2014 corrige la datation « vers 1850 » des sources internes).
    • Séjour de trois ans à Tlemcen où il fonde une académie talmudique qui prolongeait, quatre siècles après, la tradition du Rab Ephraïm Aln’kaoua. Selon David Encaoua (Généalo-J 2018), il y constate la décrépitude de la communauté locale et y restaure un enseignement rabbinique structuré.
    • Second voyage à Livourne en 1858 pour l’impression du Zevaḥim Shelamim et du Yutsa la-Rabbim. Rencontre décisive avec Elijah Benamozegh (1823-1900) — imprimeur, rabbin, kabbaliste et philosophe livournais d’origine marocaine, qui deviendra l’éditeur de tous les livres ultérieurs d’Ankawa sauf un, et l’un de ses plus fermes soutiens.
    • 1858/59 : nomination officielle comme « rabbin indigène » par le gouvernement français à Mascara (100 km au sud-est d’Oran), avec salaire modeste plus indemnité de logement de la communauté juive (Marglin 2014).
    • 1858-1859 : affaire du Zevaḥim Shelamim — conflit avec le rabbin Moshé Sebaoun (ou Tsiv’on) d’Oran. La cause profonde, selon Ankawa lui-même : un cas de divorce d’un couple de Figuig à l’automne 1855 où Sebaoun et Ankawa s’étaient retrouvés sur des positions opposées. Sebaoun lance une campagne vitriolique contre le livre. Un sermon dans une synagogue d’Oran appelle à l’emprisonnement d’Ankawa. Des pages du livre sont déchirées, utilisées comme éventails, pour emballer poisson et viande, et — insulte suprême — comme papier à cigarettes.
    • 22 janvier 1859 : lecture publique des lettres de soutien à Ankawa dans les synagogues d’Oran. Soutiens mobilisés : le grand-rabbin d’Alger Michel Aron Weill (Strasbourg, en poste Alger 1847-1863), les rabbins de Tétouan (notamment Yitshak Bengualid, une des plus grandes autorités halakhiques marocaines), de Tunis (trois av beit din), et de Jérusalem (qui prononcent même un herem — sorte d’excommunication — contre quiconque manquerait de respect au livre). Le préfet d’Oran apporte la force de police pour assurer la lecture.
    • 8 février 1859 : pétition des adversaires d’Ankawa envoyée directement au prince Jérôme Napoléon (Napoléon-Jérôme Bonaparte), Ministre de l’Algérie et des colonies. Les pétitionnaires attaquent à la fois Ankawa personnellement et le caractère « étranger » des soutiens (« lettres de rabbins étrangers sans autorité légale en territoire français »). Le prince Jérôme demande une enquête, le préfet d’Oran soutient Ankawa, et le ministre conclut formellement qu’« Ankawa méritait satisfaction pour la disgrâce injuste dont son livre et sa personne ont été l’objet ».
    • Soutiens clés : son beau-frère Hayim Benichou (notable d’Oran, lien Palestine via Abraham Señor) mobilise les rabbins de Jérusalem. Jacob Lasry, juif marocain devenu l’un des plus riches d’Oran et président du Consistoire, soutient Ankawa. La réfutation publiée par Elijah Benamozegh à Livourne inclut une lettre du chef-rabbin du Consistoire central de France, Soloman Ulmann.
    • 10 octobre 1876 (Shemini Atseret) : l’incident Benéli — début de la chute. Lors de l’office du matin, Shelomoh Benéli, rabbin local de Mascara, objecte à la coutume de vendre aux enchères les honneurs synagogaux et déclare « tous les rabbins, vivants et morts, qui ont permis la vente [des honneurs] sont des criminels ! ». Ankawa, dans un moment de colère, excommunie publiquement quiconque oserait appeler Benéli rabbin. La foule sort Ankawa de la synagogue, le poursuit dans la rue, lui tire la barbe, lui crache au visage avec des insultes (« Chien ! Fils de pute ! Barbe de vache ! »). En une semaine, 150 signatures demandent sa démission.
    • 1876-1878 : conflit « Marocains vs natifs » — environ un quart de Mascara (immigrés marocains principalement de Tétouan) soutient Ankawa. Ses détracteurs se réinventent comme « juifs natifs/français » porteurs de la civilisation, opposés à des Marocains présentés comme arriérés et superstitieux. Ankawa est accusé d’avoir obtenu frauduleusement la citoyenneté française par sept faux témoignages prétendant qu’il était né à Tlemcen et non à Salé.
    • 1878 : démission forcée du poste de rabbin de Mascara sous la pression du Consistoire d’Oran. Pension de 1 500 francs par an jusqu’à la fin de sa vie (Chaumont et Lévy, Dictionnaire biographique, p. 282).

    Il meurt en 1890 — les sources divergent sur le lieu : Oran (PDF Histoire famille Ankaoua, tradition orale) ou Mascara (David Encaoua 2018). Selon la tradition familiale, toute la branche Enkaoua/Encaoua d’Oran descendrait d’un certain Ephraïm Enkaoua né à Alger en 1761, fils de Samuel et époux de Simha Sultan, décédé à Oran le 11 mars 1855 à l’âge de 94 ans — détail à recouper sur l’état civil oranais.

    Doctrine — le passeur entre traditions et modernité

    Selon Jessica Marglin (« Mediterranean Modernity through Jewish Eyes: The Transimperial Life of Abraham Ankawa », Jewish Social Studies, vol. 20 n° 2, hiver 2014) — étude académique de référence sur sa biographie —, la variété des questions traitées dans les ouvrages d’Ankawa reflète les conséquences des changements culturels sur la jurisprudence juive au XIXᵉ s. au Maghreb.

    Sa position doctrinale, exemplifiée par sa pratique de Mascara, s’appuie sur le principe halakhique « dina de-malkhuta dina » (le droit de l’État dans lequel le Juif réside s’impose à lui). Il donne ainsi souvent la priorité au droit civil français sur le droit halakhique — par exemple pour adapter la législation rabbinique du divorce et de l’héritage à la loi française en vigueur en Algérie après le décret Crémieux de 1870 (qui accorda la citoyenneté française aux Juifs algériens).

    Cette souplesse — adaptation aux lois du pays d’accueil au service de la pérennité de la loi juive — est précisément ce qui fait d’Ankawa un « passeur transimpérial » au sens de Marglin : ses réseaux s’étendent du Maroc à l’Algérie, à Jérusalem (voyage en 1843), à Livourne et à la France. Mais cette même souplesse alimente aussi les controverses qui marqueront la dernière partie de sa carrière.

    Œuvre

    Son corpus halakhique imprimé est exceptionnellement riche. Deux œuvres majeures encadrent sa carrière :

    • Le Zevaḥim Shelamim (Livourne, 1858) — destiné aux shoḥatim d’Afrique du Nord, c’est un commentaire sur Maïmonide et ses commentateurs (Rambam avec Kessef Mishneh, Maggid Mishneh, plus le super-commentaire d’Ankawa). Important comme source généalogique : la préface évoque la lignée tlemcénienne et la descendance d’Ephraïm Aln’kaoua.
    • Le Kerem Ḥemer (Livourne, 1869-1871, 2 vol.) — recueil des takkanot des sages castillans et toledans venus au Maroc après l’expulsion de 1492. Compilation sans équivalent dans la littérature rabbinique séfarade, c’est une source de référence pour la halakha communautaire post-1492.

    Autres œuvres imprimées : Ḥukkat ha-Pesaḥ (1843), Kol Teḥinnah (1843), Ḥomer ha-Dat he-Attik (1844), Ḥesed le-Avraham / Sha’ar ha-Shamayim (1845), Yutsa la-Rabbim (1858).

    Œuvres restées manuscrites (non publiées) : Otsar Ḥokhmah, Afra de-Avraham, Millel le-Avraham, Seivat Avraham, une paraphrase arabe du Seder liturgique, une traduction hébraïque d’une paraphrase arabe du Décalogue, et diverses éditions et révisions de liturgies avec élégies personnelles.

    Sources

    Études académiques de référence :

    • Marglin, Jessica, « Mediterranean Modernity through Jewish Eyes: The Transimperial Life of Abraham Ankawa », Jewish Social Studies, vol. 20 n° 2, hiver 2014, p. 34-68 — étude biographique majeure.
    • Encaoua, David, « Des passeurs de pensée juive d’origine hispano-maghrébine : la lignée Encaoua », Généalo-J, n° 135, automne 2018, p. 4-17 — synthèse familiale par un descendant direct (économiste, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne).
    • Hirschberg, H. Z. A History of the Jews in North Africa, Brill, 1974-1981.
    • Schwarzfuchs, Simon, Les Juifs d’Algérie et la France (1830-1855), Institut Ben Zvi, Jérusalem, 1981.
    • Allouche-Benayoun, Joëlle & Dermenjian, Geneviève, Les Juifs d’Algérie, une histoire de ruptures, Presses Universitaires de Provence, 2015.

    Sources biographiques :

    • Encyclopedia.com — Ankawa, Abraham ben Mordecai (consulté mai 2026).
    • Jewish Encyclopedia (1906) — ANKAVA, ABRAHAM BEN MORDECAI (consulté mai 2026).
    • Zedner, dans Steinschneider, Hebr. Bibl. vol. i, n° 327.
    • Chaumont et Lévy, Dictionnaire biographique, p. 282 — pension de 1 500 fr/an après 1878.

    Sources mémorielles :

    • Encaoua.org (mai 2026), Chapitre 9 « Abraham Ankawa, troisième passeur de pensée juive ».
    • Enkaoua, Ephraïm Alfred, Les dimensions de l’héritage du Rab de Tlemcen, Morial.fr (consulté mai 2026) — séjour à Tlemcen vers 1850 et filiation Encaoua d’Oran.

    Documentation interne :

    • Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, docs/encaoua-sources/ (2026) — Histoire famille Ankaoua (généalogie manuscrite dactylographiée, branches mondiales), traduction française de la préface du livre Paamon Verimone de Rebbi Raphaël Encaoua (Jérusalem 1977) par Marc Encaoua, et arbre généalogique étendu (~28 000 individus).

    Œuvres et témoins manuscrits

    • Zekhor le-Avraham (Livourne, 1838-1839) — lois alimentaires en vers avec commentaire

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    • Ḥukkat ha-Pesaḥ (1843)

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    • Kol Teḥinnah (1843)

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    • Ḥomer ha-Dat he-Attik (1844)

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    • Ḥesed le-Avraham / Sha'ar ha-Shamayim (1845)

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    • Zevaḥim Shelamim (Livourne, 1858) — destiné aux shoḥatim, lois de l'abattage rituel

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    • Yutsa la-Rabbim (1858)

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    • Kerem Ḥemer (Livourne, 1869-1871, 2 vol.) — takkanot des sages castillans et toledans

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    Contributions communautaires

    Notes, sources et corrections soumises par les membres et validées par l'équipe scientifique.

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