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    Raphaël ben Mordekhaï Encaoua (Ankawa) רפאל בן מרדכי אנקאוה

    1848–1935

    Salé · Rabat

    Auteur canonique du corpus

    Notice

    Rôles
    • Rabbin
    Famille
    Aln'kaoua (Encaoua, Ankawa…)
    Lieux d’activité
    Salé · Rabat
    Floruit
    1848-1935

    Vie

    Né à Salé (Maroc) le 9 décembre 1848 et mort dans la même ville le 2 août 1935 à l’âge de 88 ans, Raphaël ben Mordekhaï Encaoua — souvent translittéré Ankawa — est descendant d’une « illustre famille séfarade » (Encyclopedia.com), rattachée à la lignée des Alnaqua par la branche marocaine installée à Salé après l’exode séfarade.

    Filiation :

    • Père : Mordekhaï Encaoua (1827-1880), dayan à Salé.
    • Grand-père : Amram Encaoua (Gibraltar 1804 – Salé 1874), lui-même dayan à Gibraltar.
    • Mère : Vida Bibas, fille du rabbin Raphaël Bibas (ancêtres remontant à la Castille).
    • Neveu d’Abraham ben Mordekhaï Ankawa (Salé 1810 – Oran/Mascara 1890), figure rabbinique majeure de la génération précédente — Amram (grand-père de Raphaël) et Abraham étant frères.

    Formation :

    • Éducation rabbinique jusqu’à 20 ans auprès du rabbin Issachar Asseraf, grand-rabbin de Salé, dont il épouse la fille Saadia.
    • Activité commerciale parallèle (boutique de tissus, rue des Consuls à Rabat), avec voyages en Algérie et en Espagne.

    Selon David Encaoua (Généalo-J n° 135, automne 2018), Raphaël fait partie des « quatre passeurs de pensée juive d’origine hispano-maghrébine » de la lignée Encaoua, aux côtés d’Israël Aln’kaoua (XIVᵉ s.), Ephraïm Aln’kaoua (XIVᵉ-XVᵉ s.) et Abraham Ankawa (XIXᵉ s.).

    Carrière rabbinique

    • 1870 (à 22 ans) : nommé rabbin à Salé aux côtés de son beau-père Issachar Asseraf.
    • 1880 : Asseraf, en partance pour la Palestine (où il sera nommé grand-rabbin de Jérusalem), confie le tribunal rabbinique de Salé à trois membres : Isaac Amzallag, Messod Encaoua (Salé 1826-1886, oncle de Raphaël), et Raphaël Encaoua. Quelque temps après, Raphaël succède à son oncle Messod et devient le chef spirituel de la communauté juive de Salé. À 33 ans, il abandonne totalement le commerce pour se consacrer à ses activités de juriste et d’écrivain.
    • 1912 : nommé Grand Rabbin du Maroc.
    • 1918 : devient président du Haut Tribunal Rabbinique de Rabat (Supreme Rabbinical Court), cour suprême du judaïsme marocain — institution créée par dahir de mai 1918 dans le cadre de la réorganisation des communautés juives par le Protectorat français. Selon la tradition familiale et plusieurs témoignages contemporains, c’est le maréchal Hubert Lyautey lui-même qui le sollicite ; Raphaël accepte malgré une grande réticence initiale due à son humilité.
    • Il maintient ce poste jusqu’à sa mort en 1935 — soit dix-sept années à la tête de la juridiction rabbinique marocaine.

    Yeshiva et disciples : Raphaël Encaoua forme à Salé plusieurs élèves qui deviennent eux-mêmes juges de tribunaux rabbiniques marocains :

    • Abraham Revah — rabbin et dayan à Settat, auteur du Léabraham Lemekné.
    • Mikhaël Issakhar Encaoua (1895-1972) — son propre fils, qui lui succédera comme Président du Haut Tribunal Rabbinique de Rabat (1966), magistrat à la Cour suprême après l’indépendance du Maroc, puis Grand Rabbin du Maroc jusqu’à son décès le 16 février 1972.
    • Ephraïm Encaoua — son petit-fils, Président du Tribunal Rabbinique de Marrakech puis de Tanger.
    • Mordéchai Encaoua (autre petit-fils) — Président du Tribunal Rabbinique de Tanger.

    Distinction et postérité

    • 1929 : fait Chevalier de la Légion d’honneur par le Résident général Lucien Saint.
    • De son vivant, il est désigné comme « l’Ange Raphaël » (המלאך רפאל) en raison de sa douceur, de sa compassion et de son empathie envers Juifs et Musulmans. Sa popularité dépasse largement le cadre communautaire — autorités marocaines et chefs religieux musulmans le consultent régulièrement. Lors de la mimouna (veille de la fin de Pessah), tous les habitants de Salé et Rabat — Juifs et Musulmans — viennent à son domicile recevoir sa bénédiction, dans un défilé qui dure jusqu’au petit matin.
    • Maladie et mort : le vendredi soir 25 Tamouz 5695 (26 juillet 1935), il subit une congestion cérébrale. Selon la tradition rapportée par son fils Mikhaël, citant le verset « heureux l’homme qui meurt sous la tente » (qu’il traduisait par « heureux l’homme qui a la chance de mourir dans la synagogue »), son décès intervient une semaine plus tard, le vendredi soir 4 AB 5695 = 2 août 1935. Les radios du monde entier annoncent son décès.
    • Funérailles : environ 40 000 personnes venues de tout le Maroc assistent aux obsèques. Le cortège, suivi par les hautes autorités françaises et marocaines, traverse Salé à pied depuis le domicile jusqu’au cimetière. Le grand rabbin Yéhouchoua Berdugo entonne en pleurant le verset « Et Moïse s’éleva vers Dieu, je vous ai transporté sur les ailes des aigles… ». Il est pleuré comme le « Ner Hamaarav » (נר המערב) — la Lumière de l’Occident.
    • Mausolée : sa tombe au cimetière juif de Salé devient un sanctuaire pour les pèlerins juifs marocains. Un mausolée est érigé autour de la tombe. La hiloula, autrefois célébrée à Ouezzen sur la tombe de Rabbi Amram Bendiouane, est désormais fêtée à Salé — environ 50 000 personnes y viennent chaque année, certaines campant pendant une semaine.

    Œuvre — sept livres signés « REM »

    L’acronyme REM (רא”ם) sous lequel signait Raphaël Encaoua a un double sens : c’est à la fois le nom hébreu de l’aurochs/buffle (créature dotée d’une force puissante) et l’acronyme de sa propre identité — Raphaël Encaoua fils de Mordekhaï (Raphaël = ר, Ankaoua = א, Mordekhaï = ם).

    Ouvrages identifiés (édité aux frais de l’auteur et distribués gratuitement) :

    1. Karné Rem (קרני רא”ם), tome IChoulhan Aroukh avec commentaires, Jérusalem, 1910.
    2. Paamoni Zahab (פעמוני זהב) — commentaires sur Hossen Mishpat, 4ᵉ section de l’Arbaa Tourim, Jérusalem, 1912.
    3. Toafot Reem — traité sur les 4 volumes du Choulhan Aroukh, Casablanca, 1930.
    4. Hadad Vetima (חדד ותימה) — commentaires sur les 12 traités du Talmud, Jérusalem, 1977 (édition posthume).
    5. Likouté Massechtott (ליקוטי מסכתות) — encore en manuscrit en 1977.
    6. Paamon Vérimon (פעמון ורמון), tome II de Paamoni Zahab, Jérusalem, 1977 (édition posthume, préface de Hanania Dahan / Marc Encaoua).
    7. Karné Rem, tome II — encore en manuscrit en 1977.

    De nombreux écrits restent détenus par des rabbins du Maroc, d’Israël et d’ailleurs qui le consultaient sur des points juridiques.

    Sources

    Études académiques :

    • Encaoua, David, « Des passeurs de pensée juive d’origine hispano-maghrébine : la lignée Encaoua », Généalo-J, n° 135, automne 2018, p. 4-17 — synthèse familiale par un descendant direct (économiste, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne), avec dates précises et bibliographie complète.
    • Hirschberg, H. Z. A History of the Jews in North Africa, Brill, 1974-1981.

    Sources primaires et biographiques :

    • Encyclopedia.com — Ankawa, Raphael ben Mordecai (consulté mai 2026).
    • Le Petit Marocain, n° 7359, samedi 3 août 1935, p. 1 — « Mort du Grand Rabbin Raphael Encaoua ».
    • Le Journal du Maroc, 3 août 1935 — récit des funérailles à Salé.
    • Dahan, Hanania, « Harab Raphael Encaoua », revue Orot, Brit Yotzé Marocco Béisrael, avril 1979 (en hébreu) — bio détaillée avec photos.
    • Dahan, Hanania, préface du livre Paamon Verimon de Rebbi Raphaël Encaoua, Jérusalem 1977 — biographie officielle de la famille, traduite en français par Marc Encaoua (fils du Grand Rabbin Mikhaël Encaoua, petit-fils de Raphaël).

    Sources mémorielles :

    • Encaoua.org (mai 2026), Chapitre 10 « Raphaël Encaoua, quatrième passeur de pensée juive » et Chapitre 15 « Le Mellah de Salé ».
    • Brown, Kenneth, « Une ville et son mellah : Salé (1880-1930) », in Juifs du Maroc, Identité et Dialogue, La Pensée sauvage, 1980, p. 187-201 — description du mellah de Salé et de l’« Impasse du Grand Rabbin ».
    • Schroeter, Daniel & Chetrit, Joseph, « Emancipation and Its Discontents : Jews at the Formative Period of Colonial Rule in Morocco », Jewish Social Studies, vol. 13 n° 1, automne 2006 — contexte du protectorat et création du HTR.

    Documentation interne :

    • Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, docs/encaoua-sources/ (2026) — incluant Histoire famille Ankaoua (généalogie complète des branches), photographies de la tombe et du mausolée, scans du Petit Marocain du 3 août 1935.
    • Tradition familiale Encaoua transmise par David Encaoua et Bernard Bensaïd (arbre généalogique étendu, ~28 000 individus).

    Œuvres et témoins manuscrits

    • Karnei Re'em (1910)

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    • Pa'amonei Zahav (1912)

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    • To'afot Re'em (1930)

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    • Ḥadad ve-Teima — gloses talmudiques (manuscrit)

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    Contributions communautaires

    Notes, sources et corrections soumises par les membres et validées par l'équipe scientifique.

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