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    Rashbash

    Shlomo ben Shimon Duran שלמה בן שמעון דוראן

    1400–1467

    Alger

    Auteur canonique du corpus

    Notice

    Rôles
    • Rabbin
    • Philosophe
    Famille
    Duran (de Duran…)
    Lieux d’activité
    Alger
    Floruit
    1400-1467

    Vie

    Né vers 1400 à Alger, fils unique connu du Rashbatz (Shimon ben Tzemaḥ Duran, 1361-1444) — lui-même réfugié de Majorque après les pogroms de 1391. Shlomo ben Shimon Duran — acronyme Rashbash (רשב״ש) — succède à son père comme Av Beit Din (président du tribunal rabbinique) d’Alger en 1444, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1467.

    Il devient l’une des autorités halakhiques majeures du judaïsme nord-africain au XVᵉ siècle, dans le réseau dense des échanges rabbiniques entre Alger, Tlemcen, Mostaganem, Honein, Tenes, Constantine et Oran.

    Œuvres

    Sefer ha-Rashbash — Livourne, 1742

    Recueil de plus de six cents responsa (téchouvot), publié pour la première fois à Livourne en 1742. Source historique de premier plan sur la vie juive en Afrique du Nord au XVᵉ siècle : organisation communautaire, rapports entre toshavim (Juifs autochtones) et megorashim (exilés d’Espagne), questions de droit commercial, statut des femmes, relations avec les autorités musulmanes, rachat des captifs.

    L’édition princeps de Livourne 1742 est consultable à la BnF (Paris), à la JTS Library (New York) et à la Bodleian Library (Oxford). Numérisation partielle disponible sur HebrewBooks.org (recherche : שו״ת הרשב״ש). Voir aussi la notice Sefaria « Shlomo ben Shimon Duran ».

    Milḥemet Ḥovah — 1437

    « Guerre obligatoire » — défense du Talmud rédigée en 1437 contre les attaques du converti Geronimo de Santa Fé (figure majeure de la disputation de Tortosa, 1413-1414). Texte polémique inscrit dans la longue tradition d’apologétique juive face aux conversions forcées d’Espagne.

    Lettre à Nathan Nagara de Constantine

    Écrite dans la langue du Talmud (mélange d’hébreu rabbinique et d’araméen), elle a été republiée séparément avec un index dans la revue Kerem Ḥemed, vol. IX, p. 110 sqq. Témoignage du rayonnement intellectuel inter-communautaire du Rashbash à travers tout le Maghreb central.

    Doctrine — rationaliste anti-kabbaliste

    Trait distinctif et remarquable pour son temps (où la mystique lourianique commençait à gagner du terrain dans le monde séfarade) : le Rashbash s’oppose résolument à la Kabbale. Cette position rationaliste-philosophique le situe dans la lignée intellectuelle de Maïmonide — précisément la lignée qu’avait défendue Ephraïm Aln’kaoua dans son Sha’ar Kevod Hashem, écrit en réponse aux critiques de Nahmanide contre le Guide des égarés.

    Cette convergence doctrinale entre Aln’kaoua et Duran de la deuxième génération n’est pas accidentelle : elle constitue l’arrière-plan intellectuel qui explique la correspondance halakhique entre Yehouda ben Ephraïm Aln’kaoua et le Rashbash, ainsi que l’alliance matrimoniale qui suivit. Dans le paysage rabbinique nord-africain du XVᵉ siècle, où coexistaient courants rationalistes et tendances kabbalistiques, les deux familles appartenaient au même camp doctrinal.

    Responsum n°89 — la position la plus généreuse sur les conversos

    Dans son responsum n°89 du Sefer ha-Rashbash, le Rashbash adopte la position la plus généreuse de toute la littérature rabbinique médiévale sur le statut des descendants d’apostats :

    • les enfants nés d’une lignée maternelle juive restent juifs à perpétuité, quelles que soient les générations écoulées dans le christianisme ;
    • aucun bain rituel ni aucun acte formel ne devrait être exigé d’eux à leur retour au judaïsme — afin, écrit-il explicitement, de ne pas décourager ce retour.

    Cette position, étudiée notamment par Dora Zsom (Conversos in the Responsa of Sephardic Halakhic Authorities in the 15th Century, 49 responsa de cinq rabbins dont quatre Duran), constitue le précédent halakhique direct invoqué par les Encaoua après 1492 dans leurs propres décisions sur la question marrane. Le lien doctrinal entre les deux familles n’est donc pas seulement intellectuel : il est explicitement assumé dans la chaîne des responsa Encaoua.

    Alliance matrimoniale Aln’kaoua-Duran

    Le Rashbash est le père de Tzemaḥ ben Shlomo Duran et de Shimon ben Shlomo Duran ha-Sheni (génération III des Duran d’Alger), qui co-signeront le recueil de responsa Yakhin u-Voaz (Livourne, 1782).

    À la génération suivante, l’une des filles de Yehouda ben Ephraïm Aln’kaoua épouse Tzemaḥ ben Shlomo Duran — petit-fils du Rashbatz et fils du Rashbash. Cette alliance scelle l’union des deux dynasties rabbiniques fondatrices du judaïsme algérien post-1391, dans une logique d’entrelacement des deux écoles : celle d’Alger autour des Duran, celle de Tlemcen autour des Aln’kaoua.

    Le Rashbash devient ainsi le mehoutan (co-beau-père) de Yehouda Aln’kaoua : leurs enfants respectifs s’épousent à la génération suivante.

    Postérité

    L’œuvre du Rashbash exerce une influence durable sur la halakha nord-africaine. Le Sefer ha-Rashbash sera abondamment cité par les décisionnaires marocains et algériens des XVIIᵉ-XIXᵉ siècles. Sa position rationaliste sur les conversos est explicitement reprise par les Encaoua, et plus largement par la tradition halakhique sépharade-maghrébine post-1492 — l’une des traditions les plus accueillantes de toute l’histoire juive vis-à-vis des descendants de juifs forcés à la conversion.

    Sources

    • Sefer ha-Rashbash, Livourne, 1742 (et rééditions ultérieures, notamment Jérusalem XXᵉ s.).
    • Kerem Ḥemed, vol. IX, p. 110 sqq. — lettre du Rashbash à Nathan Nagara de Constantine.
    • Encyclopaedia Judaica, art. « Duran, Solomon ben Simeon ».
    • Dora Zsom, Conversos in the Responsa of Sephardic Halakhic Authorities in the 15th Century — étude des 49 responsa séfarades sur les conversos, dont 13 du Rashbash et de ses fils.
    • Isidore Epstein, The Responsa of Simon ben Zemah Duran as a Source of the History of the Jews in North Africa, Londres, 1930.
    • H. Z. Hirschberg, A History of the Jews in North Africa, 2 vol., Brill, 1974-1981.
    • David Encaoua, « Les Encaoua : une famille rabbinique de Tlemcen », Généalo-J, n° 135, automne 2018 — atteste la correspondance halakhique Rashbash–Yehouda Aln’kaoua.
    • Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, docs/encaoua-sources/ (2026) — notamment Note_Rashbash_Alnaqua et Encadre_Rashbash_Alnaqua.

    Œuvres et témoins manuscrits

    • Sefer ha-Rashbash (responsa)

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    • Milḥemet Ḥovah

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    Contributions communautaires

    Notes, sources et corrections soumises par les membres et validées par l'équipe scientifique.

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